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La Chine et le textile
La chine est le pays qui profite le plus de la mondialisation. Elle est le pays le plus peuplé de la Terre et son développement industriel sort de la misère des centaines de millions de paysans. Il faut s?en réjouir. Le monde entier sera plus sûr et plus riche d?une Chine prospère. Mais cet avantage donne des devoirs que Pékin, par égoïsme, voire par morgue, ignore trop souvent.
L?impact qu?a la croissance chinoise sur le reste du monde est à la mesure de la taille du pays. La Chine déstabilise tous les équilibres des marchés où elle s?engage. Grâce à ses bas coûts de production, elle devient sans rival pour certaines productions qui vont des jouets aux téléviseurs en passant par l?habillement.
Le cas se présente dans le textile avec les deux enquêtes ouvertes pour dumping aux Etats-Unis et en Europe. Les deux plus grands marchés du monde sont sous le coup d?une déferlante de T-shirts et de chemises confectionnés dans les milliers d?ateliers de Shanghaï à Canton. Au 1er janvier, les quotas qui contingentaient les importations depuis des décennies ont été supprimés dans le cadre de l?OMC (Organisation mondiale du commerce). La Chine a décidé de taxer ses exportateurs pour les freiner, mais cela n?a visiblement pas suffi. Sur le premier trimestre, les montants en provenance de Chine, tels que comptabilisés par l?association des producteurs européens Euratex, sont impressionnants : + 534 % pour les pull-overs, + 413 % pour les pantalons pour hommes, + 186 % pour les chemises, + 63 % pour les soutiens-gorge.
La Commission a raison de vouloir vérifier ces chiffres avant de décider d?éventuelles mesures de sauvegarde. L?appel des industriels européens au protectionnisme doit être entendu avec circonspection. Car les producteurs européens ont eu des années pour se préparer, pour fusionner, pour évoluer vers le haut de gamme et les textiles dits techniques, pour investir. Ce sont ceux qui sont restés immobiles qui sont touchés les premiers. Il semble d?ailleurs qu?ils soient finalement assez peu nombreux en Europe de l?Ouest.
Néanmoins, beaucoup se sont organisés en délocalisant une partie de leur production en Europe de l?Est, autour de la Méditerranée ou dans l?océan Indien. De même pour les fabricants américains qui sont allés au Mexique. La Chine déstabilise brutalement ces filières que les industriels avaient montées en imaginant qu?elles seraient assez pérennes. Dès lors, ce sont ces pays de proximité qui sont les plus affectés par les arrivées directes en provenance de Chine, où les salaires sont encore beaucoup plus faibles. Des millions d?emplois sont en jeu dans ces pays qui auront du mal à trouver une autre insertion dans la division internationale du travail.
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