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La Chemiserie mauricienne se met aux chemises importées
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La Chemiserie mauricienne se met aux chemises importées
?BONNE année Monsieur Juddoo?, lancent à tour de rôle des ouvrières à la mine déconfite. A la Chemiserie mauricienne Ltée, l?heure n?est pas aux réjouissances. Radha Juddoo, le patron, vient d?apprendre à ces jeunes femmes que leur unité de production fermera ses portes en mars, après plus de cinquante ans d?opération.
Ce sont les prix défiant toute concurrence auxquels se vendent les chemises importées qui poussent Juddoo Fils & Co. Ltd, propriétaire de la Chemiserie mauricienne, à mettre la clef sous le pail- lasson. La compagnie n?abandonne pas pour autant la chemiserie. Elle se recycle dans l?importation des chemises en provenance de l?Inde, de Madagascar et de Chine pour le marché local.
17 h 15 à Chebel, vendredi : c?est le dernier jour de travail pour 2003. Les 96 ouvrières viennent de toucher leur paie dans une atmosphère lourde. Leur habituelle hâte de rentrer après une dure journée s?est évanouie. Elles se rassemblent dans l?enceinte de l?usine. Alors que certaines font la bise au Managing Director pour lui souhaiter une bonne année, d?autres, assommées par la mauvaise nouvelle, préfèrent l?éviter.
?Je n?ai pas envie de rentrer chez moi. Depuis ce matin, j?ai la migraine. Je sais que ma carrière est brisée car je n?arriverai pas à trouver un emploi à cause de mon âge?, déclare Josiane, une ouvrière d?une cinquantaine d?années. Le dés?uvrement et la tristesse se lisent sur les visages. Les ouvrières retiennent leurs larmes en songeant à une mince consolation : la courte reprise qui se fera à partir du 7 janvier. Elles auront, à partir de là, trois mois pour trouver un emploi alternatif.
Jane Ragoo et Reaz Chuttoo, syndicalistes qui se trouvent dans l?enceinte de l?usine, invitent les ouvrières à réagir. ?Ce n?est pas le moment de faire la bise à votre directeur. Il vous met à la porte et c?est comme ça que vous réagissez ?? Le message est reçu d?emblée : les ouvrières se mettent à critiquer les conditions dans lesquelles elles opèrent.
Les employées affichent leur désapprobation lorsque Reaz Chuttoo leur parle des reproches de la direction quant au travail insuffisant de leur part pour maintenir la bonne santé de l?entreprise. Elles parlent d?insalubrité et de toilettes défectueuses. De loin, Radha Juddoo suit la scène et laisse entendre que ses ouvrières sont de nature calme et que ce sont les syndicalistes qui les excitent.
Insalubrité alléguée
Mais Reaz Chuttoo n?en reste pas là. Dans un discours improvisé, il les informe qu?elles peuvent, dès maintenant, en toute légalité, chercher un emploi ailleurs car l?entreprise a déjà fait publier un avis de fermeture. Les ouvrières sont convoquées pour un rassemblement le 10 janvier au siège de la Federation of Progressive Union (FPU). Les dirigeants de la fédération rencontreront, eux, le ministre du Travail et des Relations industrielles, le 7 janvier, pour tenter de trouver une solution.
Interrogé hier, Radha Juddoo explique que cette mesure est imputable à la performance des travailleurs et à la situation dans laquelle se trouve l?entreprise : ?Elles ne veulent pas travailler plus dur.? Il affirme, en outre, que la rude concurrence menée par les importateurs de chemises a contribué à diminuer sensiblement le chiffre d?affaires de l?entreprise.
?Il n?y a qu?à voir à côté du marché de Port-Louis pour comprendre de quoi je parle. Nous roulons à perte depuis ces trois dernières années. Nous faisons en moyenne une perte de Rs 150 000 à Rs 200 000 par mois et ne pouvons plus continuer à opérer dans ces conditions.? Pour le Managing Director de l?entreprise, importer une chemise coûtera 25 % moins cher que de la produire. A la Chemiserie mauricienne Ltée, le coût de production d?une chemise est d?environ Rs 50. Radha Juddoo rejette, par ailleurs, les allégations faites par les ouvrières à propos de l?insalubrité prévalant à l?usine.
La Chemiserie mauricienne emploie actuellement 92 ouvrières contre sept, au début de ses opérations. Sa production a chuté de 1500 à 500 pièces par mois ces trois dernières années en raison de la rude concurrence menée par les chemises importées. Celles-ci se vendent à environ 50 % moins cher.
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