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La Chambre de commerce prévient contre les risques de récession

15 avril 2005, 00:00

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Gare à la récession économique ! C?est l?avertissement donné hier par le président sortant de la Chambre de commerce et d?industrie (CCI), Marday Venkatasamy, lors de l?assemblée générale annuelle de cette institution. Comparant l?économie du pays à un véhicule, Marday Venkatasamy fait ressortir que les principaux moteurs qui le propulsent perdent de leur puissance. Un tiers des revenus du sucre est menacé, le textile-habillement a perdu 20 000 emplois en trois ans et le tourisme stagne.

Cette défaillance intervient à un moment où l?économie aborde une pente raide. C?est pour cela qu?on a enregistré un ralentissement de la croissance du produit intérieur brut (PIB) ces dernières années. ?En fait, pour la première fois depuis 25 ans, nous avons enregistré un taux de croissance de moins de 5 % pendant trois années consécutives. Le taux moyen de croissance pour ces trois années a été inférieur à 3,5 % comparativement à une moyenne de 5,6 % au siècle dernier ?, déclare Marday Venkatasamy.

L?année dernière, l?économie a enregistré une croissance de 4,2 % et cette année les premières estimations annoncent une hausse de 5,1 %. Toutefois, il n?est pas impossible que ce chiffre soit revu à la baisse comme en 2003 et 2004. ?Le point central est que, quand un véhicule ralentit alors qu?il grimpe une pente, ce ne sont pas quelques bricolages qui vont le faire accélérer. Au contraire, à mesure qu?il ralentit, il y a des risques réels que son élan ne soit pas suffisant pour le tirer jusqu?en haut de la colline. Les lois de la physique peuvent le stopper et le faire redescendre. Et c?est ce que nous devons craindre le plus car cela voudrait dire que l?économie serait en récession comme d?autres pays, beaucoup plus robustes que nous, en ont fait l?expérience récemment ?, prévient Marday Venkatasamy.

Le président sortant de la MCCI précise que ce scénario n?est ni pour cette année ni pour l?an prochain. On peut s?attendre à une croissance économique même ralentie. ?Mon message est : quand le véhicule s?arrêtera, il sera trop tard. On ne pourra pas empêcher l?économie d?entrer en récession.? Marday Venkatasamy précise que ce scénario risque de se produire si Maurice se complaît dans le statu quo.

L?essoufflement des principaux piliers économiques était prévisible. Vers la fin des années 80, la Banque mondiale avait recommandé une diversification hors du textile-habillement. C?est ainsi que, dans les années 90, le pays s?est lancé dans les services financiers internationaux (offshore) et le port franc.

Consensus pour une nouvelle stratégie

?Toutefois une décennie plus tard, les nouveaux moteurs n?ont toujours pas pu fournir la même puissance que les anciens?, commente Marday Venkatasamy. Le secteur des technologies de l?information et de la communication a connu un meilleur départ que l?offshore et le port franc, mais il reste à confirmer si, à lui seul, il peut faire la différence.

Il y a consensus pour un changement stratégique afin de faire de Maurice une plate-forme de services. Mais cela implique des bouleversements qui risquent d?être au détriment des secteurs existants. Ainsi, l?idée de faire de Maurice un paradis du shopping duty free est excellente car elle s?inscrit dans la logique d?un nouveau modèle de développement économique, reconnaît Marday Venkatasamy.

Le président sortant de la MCCI déplore toutefois que la baisse des droits de douane décidée dans le cadre du budget 2005-2006 n?ait pas été discutée préalablement avec les parties concernées, notamment l?industrie domestique qui sera affectée par cette mesure.

Sans vouloir défendre le statu quo, Marday Venkatasamy soutient que, dans la difficile conjoncture économique, Maurice ne peut se permettre de se passer d?un secteur ou sous-secteur de l?économie. ?Alors que nous adoptons une nouvelle stratégie nous devons aussi effectuer une révision complète des secteurs existants car nous en aurons toujours besoin, au moins sur le moyen terme.?

Les préférences fondent comme neige au soleil

La contraction de l?industrie du textile-habillement a déjà occasionné la perte de 20 000 emplois. Cela a aussi causé une réduction du taux de croissance et une détérioration de la balance commerciale. L?affaiblissement du secteur domestique aura aussi de sérieuses conséquences pour l?emploi, la croissance et les revenus, constate Marday Venkatasamy.

Lui donnant la réplique, le ministre de l?Industrie et des Services financiers, Sushil Khushiram, fait ressortir qu?une des principales composantes de la politique économique a été la libéralisation et l?ouverture vers l?extérieur. Lorsque le pays bénéficiait de préférences commerciales sur des marchés protégés, il pouvait se permettre un certain degré d?inefficience. Mais tel n?est plus le cas car les préférences fondent comme neige au soleil. ?Les protections externes disparaissent. L?heure de vérité est venue pour l?industrie domestique. On ne peut plus se permettre l?inefficience.?

Le ministre récuse également l?accusation qu?il n?y a pas eu de dialogue et de consultations. Il déclare que, depuis qu?il occupe le porte-feuille de l?Industrie, il a à chaque occasion réitéré la nécessité de se préparer à la libéralisation du commerce. Il ajoute que c?est à la demande expresse de la Mauritius Export Processing Zone Association (Mepza) que les droits de douane ont été enlevés sur le textile, les vêtements et la bijouterie.

Sushil Khushiram assure que le ministère de l?Industrie à travers Enterprise Mauritius accordera tout le soutien voulu aux entreprises pour les aider à s?adapter à l?ouverture du marché local. Il fait ressortir que les discussions avaient été initiées pour l?élaboration d?un plan d?action afin d?aider l?industrie domestique non- zone franche. ?Alors que nous étions en train de discuter de ce plan d?action, certaines personnes continuaient à penser que l?échéance de la libéralisation allait être repoussée?, déplore le ministre. Il faisait sans doute allusion à la libéralisation programmée pour 2008 sous le protocole d?accord de la Southern African Development Community. L?Association of Mauritian Manufacturers militait pour une extension du délai.

Par ailleurs, l?assemblée générale de la CCI a élu hier Lloyd Coombes comme nouveau président de la chambre.

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