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La boutique d?antan
Ils sont nombreux les habitants de Camp-La-Boue, Montagne-Longue qui gardent encore un bon souvenir des premières années de la boutique Ah-Fat du village. Cette année, cette boutique fête ses 50 ans d?existence. How Ken Fat, l?actuel propriétaire de la boutique est fier du parcours de son commerce. D?autant qu?il estime que sa famille et lui ont beaucoup contribué pour l?avancement des habitants de la localité.
C?est en 1920 que le père d?Ah-Fat, aussi connu comme Paul, arrive à Maurice. Comme la majorité des Chinois, il importe des marchandises de son pays d?origine. Quelques années, plus tard, il ouvre une boutique à Beau-Bassin, tout en voyageant entre les deux pays.
C?est en 1950 que le jeune Paul, (âgé de 11 ans) arrive à Maurice. Trois ans plus tard, il va travailler dans une boutique appartenant à son oncle à Rivière-du-Rempart. Deux ans plus tard, il suit son père qui décide d?ouvrir une boutique à Montagne-Longue. Cette boutique sera transférée dans la localité connue comme Camp-La-Boue. ?C?était une des rares boutiques du village. Elle était construite en bois et en tôle.?
Paul se souvient encore de ses clients. ?Dimoun vin aste comission par quart ek demi-livre. Met dan cornet papie ki nou arranze.?
Très tôt son père et lui-même doivent se réveiller tôt pour aller chercher les pains de la boulangerie du village. Il souligne qu?à cette époque, il vendait environ 250 pains. Beaucoup venaient acheter les pains et les sardines (y compris les piments confits) , qui coûtaient 7 à 8 sous.
Paul se rappelle que l?argent se faisait rare. Il fallait parfois attendre une journée pour voir un billet de Rs 5 entrer dans le tiroir-caisse. Les recettes s?élevaient à Rs 100-125 par jour.
Dans les années 60, les prix de certaines commodités étaient comme suit : la farine 22 sous, le riz 30 sous, l?huile 28 sous le quart, le pétrole 4 sous le quart et le savon 35 sous la barre.
Les conserves étaient le Glenryk et les sardines à l?huile.
Chaque consommateur avait un carnet de ration. ?Dimoun ti pe pran credit. Pey ene moi et repran credi pou lot moi?, souligne-t-il. Souvent les comptes restaient impayés. ?Ena dimoun pa trouv zot ditou.? Mais quoi qu?il en soit, il était prêt à aider les gens du village, surtout lorsqu?ils avaient un mariage à célébrer.
La famille Ah-Fat est passée par de grosses difficultés. A deux reprises, leur boutique a été partiellement endommagée par des cyclones Carol (1960) et Gervaise (1975). Mais elle a pu relever la tête à chaque fois.
La boutique Ah-Fat est une de ces boutiques chinoises qui est prise d?assaut pour sa vente des boissons alcoolisées. ?Ici na pena gajak. Mo servi par topet et avan pas ti ena boisson gazeuse, ti pe ajout limonade.? Une topette de rhum se vendait 30 sous à cette époque.
Le propriétaire de la boutique Ah-Fat prépare lui-même les chypeck et autres gâteaux canettes, cocos et pistaches. Aujourd?hui encore il prépare les cornets en papier.
Paul se souvient qu?autrefois, il descendait à Port-Louis une fois par semaine pour acheter les marchandises en gros. Il devait louer un van pour les transporter. Aujourd?hui, ces articles sont acheminés chez lui, à l?exception de quelques-uns.
A la veille du nouvel an, Paul remettait des cadeaux à ses fidèles clients : Ils recevaient entre autres, des chopines de limonade, des bouteilles de vin ou de rhum, des boîtes de conserve et un calendrier. Mais ce n?est plus le cas aujourd?hui.
Paul travaille tous les jours de la semaine même les 1er et 2 janvier. Il prend un congé pendant la fête du Printemps seulement.
Comme la plupart de ces boutiques d?antan, celle d?Ah-Fat a de moins en moins de clients. L?arrivée des supermarchés et des hypermarchés leur fait du tort. Mais elles seront encore là pendant encore des années. Comme il n?y a pas de relève, est-ce que ce ne sera pas la fin d?un pan de l?histoire d?un village, et sans doute du pays aussi ?
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