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L?école écumoire
A Maurice, on ne se prive d?aucun moyen pour créer une nation d?abrutis. Depuis son accession au pouvoir, l?Alliance sociale s?est ainsi lancée dans la folle entreprise d?une grossière «marchandisation» de l?éducation. A+ donc pour des C+, soit des citoyens supposés surdoués. Il est heureux que le gouvernement, semble-t-il, «pe gete saki dimoun pe pense». Ouf, il était temps ! Mais il ne faut pas se réjouir trop vite parce qu?il est seulement question de voir comment «kapav rann li meyer». Il faudrait donc savoir ce qu?on entend par «meilleur». Serait-ce une manière déguisée pour le gouvernement de reculer sans perdre la face ou l?hypertrophie annoncée de cette infection qu?est la réforme Gokhool ? Il faudra voir l?évolution des choses. En attendant, rappelons bêtement quelques traits caractéristiques d?une éducation universelle. Celle qu?on oublie trop souvent de pratiquer à Maurice.
Le système économique ne commande pas la formation de la jeunesse d?une nation. S?il est vrai que l?école doit être adaptée aux exigences économiques de la société dans laquelle elle fonctionne, il n?en demeure pas moins qu?elles ne peuvent pas être l?unique déterminant du système éducatif. A Maurice, nous nous signalons par notre particularité à vaciller entre les deux systèmes. Après avoir eu une école inadaptée à nos impératifs socio-économiques, on se retrouve aujourd?hui avec une classe de sectaires obsessifs dont le seul objectif est de tout ramener à une simple question de réussite ethno-sociale. C?est la valeur de l?enfant mauricien pour eux. Et cela en dit long sur leurs ambitions pour les générations à venir. Au nom d?une légitimité historique, nous avons eu tendance à relativiser cet élément. Pourtant, c?est le ver qui est susceptible de pourrir tout le fruit. Mais enfin, s?il faut encore assouvir la soif de symboles de certains? quitte à ce que l?école ne forme plus des citoyens mais des «ethnotypes».
L?école est le fondement même du principe de la démocratie et de l?égalité des chances. Autant les réalités économiques peuvent commander un cursus spécifique, autant l?école spécialisée n?a aucun droit de réserver ses locaux à une poignée d?élus seulement. Le critère de sélection à l?entrée, que ce soit au primaire, secondaire ou au tertiaire, est le signe d?un ostracisme à l?égard d?une majorité d?enfants. C?est cela la «réforme» que se proposait de mettre en place Dharam Gokhool. C?est ce qu?il y a de plus contraire au sens premier même de l?éducation.
Aujourd?hui, nous nous éloignons de plus en plus de ces objectifs. L?école est redevenue un fantasme. Elle ne serait qu?un lieu symbolique réservé à quelques «happy-few» et à quelques élus. Les autres enfants-citoyens de ce pays qui ne sont pas A+ pourront toujours se satisfaire d?une éducation destinée aux parias. Et après, on se demandera pourquoi la criminalité est en hausse ? Pourquoi notre véritable élite, celle qui après avoir été nourrie à la cuillère aura su en autodidacte développer le contenu de la cuillère dont il va se servir, cherche-t-elle à quitter le pays ? On s?interrogera aussi, en toute innocence, sur les raisons pour lesquelles nos jeunes s?intéressent si peu aux filières de formation vocationnelles et non académiques ?
L?école mauricienne est-elle donc condamnée à caricaturer l?universalité de l?enseignement au profit d?un projet socio-éducatif ségrégationniste ? C?est la question qu?on se pose en écoutant les propos de nouveaux idéologues de l?éducation mauricienne. Il faut seulement espérer aujourd?hui que le bon sens finira pas l?emporter. Le Premier ministre aura également intérêt à prendre en compte la portée électorale d?un retour à l?élitisme pur et dur. Après l?euphorie d?un groupuscule, il lui faudra affronter les forces de raison de ce pays. A ce jeu, la folie de Gokhool ne fera pas le poids. A coup sûr !
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