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Kubaka : chercheurs d?or en Russie
Ouverte il y a dix ans par des Américains puis rachetée par la société canadienne Kinross, la mine d?or et d?argent de Kubaka est située près du cercle polaire, au nord de l?Extrême-Orient russe, à huit fuseaux horaires de Moscou. L?hiver, la température descend à ? 55 °C. À part quelques troupeaux, les seules richesses sont dans le sous-sol.
Ron Mobley, un blond trapu de 47 ans, souriant et chaleureux, toujours en blue-jeans et bottes de cow-boy, fait partie du groupe d?« expats » américains qui ont créé la mine. En 1996, on lui propose une mission de contrôle de deux semaines dans une mine en construction dans un coin de Russie dont il n?a jamais entendu parler : « Quand je suis arrivé, tout était à faire. Les deux semaines se sont transformées en six mois, puis en deux ans. Onze ans plus tard, j?y suis encore. »
Le site tourmenté de la mine à ciel ouvert tranche avec la beauté immaculée des alentours. En dix ans, les mineurs ont éventré toute une montagne. Le sol bouleversé est sillonné de pistes boueuses qui contournent de gigantesques trouées, des falaises artificielles et des entassements de rochers.
Juste à côté, la base où vivent et travaillent les employés se compose de quatre bâtiments verdâtres. Ils ont été construits en 1996. À l?intérieur, au fil des ans, les conditions de vie ont beaucoup varié. Quand la mine était en pleine production, la base accueillait 250 personnes, dont une grande majorité d?hommes, qui s?entassaient à cinq par chambrée, dans des lits superposés.
Ici, on travaille sept jours sur sept, douze heures par jour. En période d?exploitation intensive, la mine fonctionnait 24 heures sur 24, produisant jusqu?à 30 kg d?or par jour. Pour fonctionner en semi-autarcie, Kubaka a dû se doter d?installations inhabituelles pour une mine d?or. Il a fallu construire un garage, pour pouvoir réparer sur place tous les véhicules et les engins. La mine produit aussi son électricité, grâce à deux minicentrales.
Autre particularité due à l?isolement : la mine possède son propre laboratoire de chimie, pour analyser les échantillons de minerai. Et plutôt que de transporter des meubles, la direction a installé un atelier de menuiserie.
Plusieurs campagnes d?exploration
Tout en continuant d?exploiter le gisement principal, Kinross a lancé plusieurs campagnes d?exploration dans la région, et repéré trois filons supplémentaires. De nouvelles mines pourraient ouvrir prochainement, mais Kinross envisage de revendre sa concession. Les mineurs sont donc confrontés à un nouveau défi : l?assainissement et la réhabilitation de la zone exploitée depuis dix ans. Le grand trou central de la carrière sera inondé et transformé en lac artificiel. Les eaux contaminées par les produits chimiques seront pompées, filtrées, puis stockées dans un bassin de décantation avant d?être rejetées dans la nature.
Ron ne verra sans doute pas la fin de ce chantier, son contrat expire en août. Il hésite entre le retour aux États-Unis, l?installation dans une région de Russie moins isolée, ou une fin de carrière dans un pays chaud. Don, un Anglais, a quitté Kubaka à l?été 2006 pour aller travailler au Ghana. Terry, un Texan, quitte la Russie pour de bon. Avant de signer un nouveau contrat, il a décidé d?aller s?amuser à Cancún, la grande station balnéaire mexicaine. Ron va profiter de sa prochaine rotation pour aller le rejoindre là-bas pendant une semaine, en célibataire. Mais parfois, il semble gagné par le fatalisme russe : « C?est la troisième fois que je quitte Kubaka ?pour toujours?, et à chaque fois je me suis retrouvé ici. Alors il ne faut jurer de rien? »
@ 2 007 Le Monde ? Yves EUDES ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
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