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?Konsekans? : l?utopie du prestige social

15 août 2004, 20:00

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Tout se passe dans un salon. Velours grenat, profond et moelleux. Confort trompeur dans lequel se vautre Jacob. Son moteur : l?ambition. Dès les premières répliques, on s?en rend compte. Le ver est dans le fruit. La vie de famille aisée et soudée n?est qu?une façade.

Derrière, se cache l?étroitesse d?esprit. Une série d?interdits. Défense de faire du sport pour Robert. Fils qui bien que chéri, évolue en terrain miné. La verve de Rockerston Perrine ? Best Actor en 2000 ? suffit à faire oublier que son physique ne correspond pas à celui d?un ado sportif. ?Avek sport pas gagn larzan,? lui serine son père, du bout de son accent chantant. Question d?appréciation.

Petit écart de la vérité. ?Rodrigues, sport bien apresie,? soutient le comédien récompensé, sous l??il approbateur de Luc Clair, le metteur en scène. La magie du théâtre n?est-elle pas aussi dans le ré-agencement de la réalité ?

Luc Clair ne s?en cache pas. Participant de la première heure au Port-Louis Theatre Festival, chacun de ses passages est assorti d?un leitmotiv, ?pena lasal teat Rodrigues.? Dans ces conditions, comment avancer ? En jouant avec les moyens du bord, évidemment. Y croire à fond, au point de prélever des membres de cinq troupes différentes pour constituer l?équipe de huit comédiens de la Rodrigues Drama Association.

La débrouillardise, il connaît, le peintre en bâtiment. Cela fait bien quarante ans depuis que Luc Clair met des couleurs dans sa vie, en faisant coexister pinceaux et scènes improvisées dans son emploi du temps. ?Mo fer teat an plein air depi laz 8 an.?

A l?époque, le gamin de Lataniers est fasciné par les sketches montés par le père O?Reilly, prêtre écossais. Timidement d?abord, puis avec cette hardiesse caractéristique de l?enfance, l?enfant s?approche. Il a beau jouer des coudes, il ne peut pas assister à la représentation. Il lui manque un maudit 10 sous pour pouvoir aller s?asseoir sur les bancs, avec les autres.

Jamais à court de ressources, Luc Clair trouve la parade. Se transformer en petit marchand de goyaves. Armé de seaux et de tentes, il va lui-même les cueillir, les trier, les laver et les vendre, pour gagner ces 10 sous, qui sont devenus une nécessité.

Une représentation. Dix représentations. Luc Clair y prend goût, au point de ne plus rater un seul de ces rendez-vous. ?Un jour, on m?a demandé de remplacer quelqu?un au pied levé. Depuis, je n?ai jamais arrêté de jouer la comédie.?

A partir de 1996, le comédien s?émancipe. Il ne se contente plus des mots des autres. Sa plume s?envole, avant de revenir poser le fruit d?une observation assidue du quotidien, sur le papier.

?Sak foi nou finn partisip dan festival, mo pa finn bisin al ekrir enn pies. Mo ti zis ena pou ouver mo tiroir.? Luc Clair et sa troupe Dark Crystal le fera une première fois avec Fami Beber en 2002. Savoureuse tranche de vie locale, la pièce a fait rire et réfléchir en dramatisant la vie d?un père ivrogne, d?une mère mégère, d?une aînée malmenée et d?une benjamine trop futée pour son âge. ?Nou finn gagn boukou lankourazman.? Notamment des réunionnais de Nektar.

Après la leçon d?authenticité, Luc Clair reviendra avec des interrogations sur ce qu?un père peut laisser de plus précieux à son fils. L?an dernier, Dark Crystal nous servait Heritaz, ou l?opposition parcelle de terre ? valeur morale.

On ne quitte pas si aisément le sillon qu?on a creusé soi-même. Dans la même veine, impossible de faire taire sa conscience sociale. ?Kan kontan, ena de dimounn. Kan gagn problem, zot tom touzour lor tifi.? Konsekans est aussi un constat sans tabous des repercussions des grossesses précoce et non désirées sur les jeunes Rodriguaises. ?Ena boukou ki finn perdi zot sans.? La Rodrigues Drama Association a su saisir la sienne.

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