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Six ans après l’échouement du MV Wakashio
Une catastrophe toujours enfouie sous les mangroves
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Six ans après l’échouement du MV Wakashio
Une catastrophe toujours enfouie sous les mangroves
Le pétrole ne tapisse plus les eaux turquoise de Pointe-d’Esny et de la côte sud-est. Les images des milliers de Mauriciens confectionnant, à la hâte, des barrages de fortune avec des cheveux, de la paille et des morceaux de tissu appartiennent désormais aux archives. Les plages ont retrouvé leurs couleurs, les hôtels ont rouvert leurs portes et le lagon semble, à première vue, avoir repris son souffle. Pourtant, six ans après l’échouement du MV Wakashio sur les récifs de Pointe-d’Esny, le 25 juillet 2020, la catastrophe écologique la plus grave de l’histoire de Maurice continue de laisser son empreinte. Si le fioul est désormais invisible, il est enfoui sous les sédiments des mangroves, piégé dans les vasières de VieuxGrand-Port et du Sud-Est. Il reste au cœur des travaux des scientifiques et des préoccupations des défenseurs de l’environnement.
Le 6 août 2020, la coque brisée du MV Wakashio a déversé près de 3 900 tonnes de carburants, dont environ 1 000 tonnes de Very Low Sulphur Fuel Oil (VLSFO), affectant les écosystèmes marins les plus sensibles de Maurice, notamment Pointe-d’Esny, Blue-Bay, l’Île-auxAigrettes, les herbiers marins, les récifs coralliens et les mangroves de Vieux-Grand-Port. Pendant des semaines, les opérations de nettoyage se sont poursuivies. Si le pétrole visible a été retiré, les scientifiques rappellent aujourd’hui que la pollution ne disparaît pas nécessairement avec le nettoyage des plages. Plusieurs travaux scientifiques internationaux sont venus confirmer les soupçons : une partie des hydrocarbures est toujours présente dans l’environnement.
Fin 2024, une équipe de chercheurs de la Curtin University (Australie), en collaboration avec la Woods Hole Oceanographic Institution, a publié une étude dans le Marine Pollution Bulletin démontrant que des résidus de carburant subsistent dans les sédiments des mangroves.
Les chercheurs ont analysé des prélèvements de deux mangroves du Sud-Est à l’aide de techniques de chromatographie et de spectrométrie de masse. Les signatures chimiques retrouvées correspondent à celles du Very Low Sulphur Fuel Oil transporté par le vraquier échoué.
Si les mangroves, pauvres en oxygène, ralentissent fortement les processus naturels de dégradation du pétrole, les scientifiques pensent que les hydrocarbures peuvent demeurer emprisonnés dans la vase pendant des années, selon les conditions environnementales.
Autrement dit, même si la pollution est invisible à la surface, elle continue d’exister sous les pieds de ceux qui parcourent ces mangroves. Cela ne signifie pas que ces hydrocarbures présentent des niveaux dangereux de toxicité. Les chercheurs disent que les effets écologiques à long terme demeurent encore grandement méconnus et nécessitent un suivi scientifique de longue durée.
⚫ «Il reste toujours des traces»
Pour Sébastien Sauvage, Chief Executive Officer d’Eco-Sud, organisation qui avait joué un rôle majeur dans les opérations de terrain après le naufrage, «il y a toujours des traces d’hydrocarbures à Vieux-Grand-Port». Selon lui, les analyses scientifiques des dernières années confirment ce que les observations de terrain laissaient entrevoir.
Au-delà de ces résidus, il souligne que plusieurs interrogations restent sans réponse. «On nous dit qu’il n’y a pas de traces d’hydrocarbures dans les poissons. Mais qu’en est-il des crustacés, des coquillages, des huîtres ou encore des crabes que les habitants récoltent et consomment dans cette région ?» Pour de nombreuses familles vivant dans les régions affectées, leur collecte est une pratique traditionnelle ainsi qu’une activité économique.
Sans remettre en cause les analyses disponibles sur les poissons, le responsable d’Eco-Sud trouverait légitime d’étendre les recherches à ces espèces benthiques, qui vivent directement au contact des sédiments. «C’est une question de principe de précaution.»
Pour lui, une autre interrogation se pose. «Après six ans, quand évaluera-t-on les effets éventuels sur la santé des personnes qui consomment régulièrement, voire quotidiennement ces produits ?» Aucune étude ne l’a encore établi. Mais pour Sébastien Sauvage, il est légitime que les autorités sanitaires et scientifiques poursuivent les recherches afin d’apporter des réponses claires à la population.
⚫ Une catastrophe toujours étudiée
Le MV Wakashio représente un cas d’école pour la communauté scientifique internationale car c’était le premier déversement majeur impliquant du Very Low Sulphur Fuel Oil, un carburant introduit au niveau mondial quelques mois auparavant afin de réduire les émissions atmosphériques des navires.
Les chercheurs tentent encore de comprendre son comportement sur les écosystèmes tropicaux. Une enquête publiée cette année par Mongabay indique que plusieurs chercheurs pensent qu’il faudra encore des années avant de mesurer pleinement les effets chroniques de cette catastrophe écologique.
Les mangroves continuent ainsi de faire l’objet de programmes de restauration, de replantation et de suivi scientifique.
Pour Sébastien Sauvage, les questions environnementales ne peuvent être dissociées de la question des responsabilités. «La population est en droit de savoir quelle stratégie poursuit désormais l’État vis-à-vis des responsables de cette catastrophe ?» Pour lui, la réparation ne se limite pas au nettoyage des plages mais passe aussi par une restauration durable des écosystèmes, un accompagnement des personnes dont les activités économiques ont été affectées et la poursuite des recherches scientifiques.
Car si les images du pétrole noir appartiennent désormais au passé, les séquelles, elles, demeurent bien présentes.
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Procédures judiciaires et enquêtes techniques
L’échouement du MV Wakashio a donné lieu à plusieurs procédures judiciaires et enquêtes techniques, à Maurice et à l’étranger. En décembre 2021, la Cour intermédiaire a condamné le capitaine indien Sunil Kumar Nandeshwar et le second officier sri-lankais Hitihanillage Subhoda Janendra Tilakaratna à 20 mois d’emprisonnement, avec sursis, après qu’ils eurent plaidé coupable.
Le rapport de la Japan Transport Safety Board (JTSB) a mis en évidence une série d’erreurs humaines, un défaut de surveillance et une mauvaise appréciation des risques.
À Maurice, la Court of Investigation a pointé du doigt plusieurs insuffisances dans la préparation du pays à une marée noire de cette ampleur.
Cette année, dans l’affaire opposant le propriétaire du vraquier, l’Okiyo Maritime Corporation à l’Etat, la Cour suprême a estimé que les demandes d’indemnisation liées à la pollution par hydrocarbures ne peuvent bénéficier du mécanisme de limitation de responsabilité prévu par la Merchant Shipping Act alors que le propriétaire du navire tentait de limiter sa responsabilité financière à environ Rs 720 millions. Jugement qui ouvre la voie à des demandes d’indemnisation potentiellement plus importantes pour les atteintes causées à l’environnement.
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