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Kinshasa concentre toute la ranc?ur des Congolais

23 mai 2005, 00:00

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Deux années de ?paix? en République démocratique du Congo (RDC), n?ont rien changé au sort de sa capitale. Naguère surnommée ?Kin-la-belle?, l?ex-Léopoldville n?a jamais autant mérité qu?aujourd?hui son sobriquet moins flatteur de ?Kin-la-poubelle?.

Or il ne s?agit pas seulement des chaussées défoncées, des amas de détritus dans les rues, ou de l?absence de transports publics. La vie même des six à neuf millions d?habitants de Kinshasa est chaque jour plus difficile. Et le déclin amorcé de longue date par la capitale de l?ancien Zaïre n?a en rien été corrigé par la fin officielle, en 2003, d?une guerre régionale qui a fait quatre millions de morts en cinq ans.

Les experts de l?Afrique centrale pensent que la situation est désormais explosive à Kinshasa, où la déception de la population est aussi grande qu?étaient ses attentes au sortir de la guerre. Et l?amertume se nourrit du sentiment de stagnation, qu?illustre le report des premières élections démocratiques en 40 ans. ?Cela fait quelque temps que les choses sont difficiles. Mais nous sombrons un peu plus chaque jour dans la misère?, témoigne Mbwebwe Kabamba, le responsable des urgences du principal hôpital de la ville. ?Les gens ne viennent à l?hôpital que lorsqu?ils n?ont plus d?autre solution. Il faut payer dix dollars rien que pour voir une infirmière et faire les papiers?, explique-t-il. Dehors, des malades attendent à l?ombre qu?un membre de leur famille ait réuni la somme.

Sur les rives du Congo, beaucoup vivent sans électricité et sans eau. L?ironie veut que les plus pauvres soient mobilisés pour nettoyer les rues avant que ne passe le cortège présidentiel, ou celui de ses ministres. ?On en a assez de tout cela?, explique Annie, une habitante. ?Le gouvernement devrait s?occuper de nous. Or le président et tous les autres ne font que piller ce qu?ils peuvent.?

Les rapports sur le gaspillage des autorités entretiennent le ressentiment contre des élites perçues comme corrompues. Dans un rapport sur les dépenses publiques diffusé en mars, le Parlement a montré du doigt des dépassements ?exorbitants? de budget de la part des services de Joseph Kabila et de ses vice-présidents. En même temps, les députés ont observé des dépenses inférieures de 50 % aux prévisions budgétaires dans des domaines clés comme l?organisation des élections, les infrastructures et l?éducation. Pour la population, ces dirigeants semblent intouchables, expliquait récemment Mabi Malumba, un des auteurs du rapport. ?Ils sont davantage préoccupés par leur trajectoire politique que par la résolution des problèmes économiques.?

L?argument du regain de violence et des rallonges du budget de la défense pose problème. Les contingents dépêchés dans le nord-est s?y sont livrés à des pillages généralisés. Beaucoup se demandent où passent les rallonges budgétaires votées pour l?armée, et l?Onu a à plusieurs reprises exhorté la RDC à payer ses militaires.

A Kinshasa, c?est contre l?inflation et les bas salaires que les habitants livrent un combat au quotidien. ?Les gens travaillent mais ne reçoivent pas un salaire normal. Ils ne peuvent pas nourrir leurs familles, payer les loyers et se permettre un traitement.? Cette année, les médecins de l?hôpital de Kabamba ont fait grève pour demander un triplement de leur salaire, qui était de 50 dollars par mois. Les infirmières, elles, ont mis un terme à leur mouvement quand elles ont obtenu un doublement de leurs émoluments de 15 dollars par mois.

Il y a peu, beaucoup continuaient de croire que le scrutin prévu en juin ouvrirait une ère nouvelle. Maintenant qu?il va être repoussé, plus personne n?est sûr de rien. Tous les pronostics sont de mise sur les éventuels bouleversements qui surviendront passé le 30 juin, fin de la transition. ?L?hystérie autour du 30 juin a été créée par ceux qui sont persuadés que tout s?écroulera?, confiait Malumba. ?Mais aucun plan concret n?existe. Cela pourrait être explosif.?

David LEWIS

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