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Keep? cool ?
L?implosion qui menace le textile est aussi dramatique que bien des explosions. Dans cette guerre des nerfs, la pression est aussi grande sur l?employeur que sur l?employé. Il faut craindre des éclats. C?est le rôle de l?Etat qui a l?avantage de la neutralité, de jouer de diplomatie, de ?keep cool?, pour reprendre l?expression favorite du moment du Premier ministre, afin d?empêcher tout débordement. Il a des intérêts dans les deux parties et a le devoir de les sauvegarder. Si les autorités elles-mêmes se mettent à flancher, à ?surréagir?, on est mal parti.
Dans l?affaire Rossana, le ministre n?a pas assuré. Il n?a d?abord pas su garder en ligne de mire les intérêts de l?Etat, qu?il représentait au sein de l?échange tripartite. N?est-ce pas compromettre ces intérêts que de faire sentir à un investisseur avec un chiffre d?affaires de Rs 450 millions et 30 années de présence que ses possibilités de poursuivre ses activités sont fortement compromises ? Qu?il faut qu?il s?attende à être délibérément privé des facilités auxquelles il peut s?attendre, de se restructurer pour survivre ? Autrement dit que l?environnement ne lui est plus favorable ? Le ministre, qui n?a pas dit autre chose que cela en menaçant l?industriel, s?est sans doute laissé emporter, mais quand la plus grande menace pour le pays est l?option désormais offerte aux industriels d?aller voir ailleurs, on apprend à mesurer la portée de ses paroles.
Le ministre est certainement plein de bonne volonté mais il ne devrait pas se laisser gagner par la tentation de jouer au héros. Il en a souvent donné l?impression. A l?entendre se targuer dans une interview à ?l?express dimanche? d?avoir réussi à prévenir la fermeture de Floréal Knitwear et sauvé 4 000 emplois, on peut craindre qu?il se complaise dans le rôle du champion de la cause du travailleur mauricien. Mais cette tentation risque de mener à un comportement irrationnel. On est interpellé par la remarque du directeur Lee qui se demande si le ministre n?a pas mal digéré de n?avoir pas été prévenu au préalable de son intention de licencier ? une réaction aussi violente s?expliquerait en effet mieux par un orgueil égratigné. Cette démarche administrative a certainement son importance mais maintenant que le problème est posé, les efforts ne devraient-ils pas être plutôt concentrés à tenter de trouver une solution pour ces employés licenciés ?
?Overreaction? également face au projet de l?industriel qui limoge, de recruter par ailleurs de la main-d?oeuvre étrangère. Bien sûr, il faut, lorsqu?on permet une certaine marge de manoeuvre aux industriels pour se restructurer, que l?on se méfie qu?ils ne tentent de donner une fausse indication de leurs besoins réels en main-d?oeuvre. Mais il semble clair ici que ce sont les fabriques de t-shirts qui souffrent, comme ailleurs. Tara, qui a d?autres activités textiles, doit projeter de développer celles-ci et requiert pour cela une main-d?oeuvre spécifique. Si le groupe a le tort de ne pas exposer clairement sa stratégie, le ministre ne se sera pas montré suffisamment flexible. Ses convictions, somme toute personnelles, que tout technicien mauricien vaut un étranger, devraient être contenues dans ces négociations. Ce n?est pas par la force que l?on peut parvenir à convaincre un industriel qu?il peut trouver ce qu?il cherche ici.
En somme, ce ne devrait pas être au ministre lui-même de mener ces débats tripartites. On voit bien que face aux arguments rationnels sur lesquels s?appuie l?industriel, le ministre utilise un langage politique. L?un a plaidé les dispositions de la loi et a accepté quelques concessions. L?autre, lui, justifie son positionnement en évoquant ?l?impossibilité dans laquelle il est d?accepter que l?on insulte le travailleur mauricien? qualifié de paresseux. Un ministre est un élu animé d?intérêts particuliers et soumis à des pressions. Il devrait être chargé de politique générale. C?est un expert en dialogue social, une équipe de techniciens rodés aux méthodes de négociation qu?il faut au pays. On ne peut pas en faire l?économie en cette période de crise.
On se demande d?ailleurs pourquoi ce n?est pas le ?Termination of Contracts of Service Board? qui dirige ces négociations. C?est cette instance qui devrait juger si oui ou non les raisons de diminuer le personnel de Tara sont bonnes, et non au ministre de soumettre l?employeur à un interrogatoire. Pendant que la justesse du licenciement et ces conditions auraient été discutées devant ce ?board?, le ministre confierait à un autre département la responsabilité de jauger les possibilités existantes et les conditions offertes par les repreneurs potentiels de ces licenciés. Entre-temps, lui, s?occuperait de la politique générale du ministère. C?est sa responsabilité.
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