Publicité
A. Jugnauth explique sa vive réaction
Par
Partager cet article
A. Jugnauth explique sa vive réaction
La campagne d?explication entre frères ennemis au sein du gouvernement MMM-PSM se poursuit de plus belle, en février 1983, à travers des prises de position dans les colonnes hospitalières de notre presse écrite. Campagne d?explications est, bien sûr, un euphémisme, signifiant «jeter de l?huile sur le feu», autrement dit mette tchou-là, enfoncer le clou et même le river. Passons la parole à Anerood Jugnauth. Il ajoute d?autres précisions à ses indications déjà fort révélatrices. Il dit essayer jouer les rassembleurs mais cela devient de plus en plus difficile. Il s?absente pour le nouvel an, ce qui permet à Harish Boodhoo de recevoir le corps diplomatique chez lui à Belle-Terre et de leur offrir du thé à la menthe au lieu de la sempiternelle coupe de champagne, s?ajoutant à des réveillons bien arrosés. De retour à Paris, Jugnauth comprend qu?une campagne anti-police (incapable d?assurer le law and order), pour ne pas dire une campagne anti-Jugnauth, ministre de l?Intérieur, prend de l?ampleur.
Arrive l?adjoint de Fidel Castro. Bérenger offre un déjeuner en son honneur au Touessrok. Il s?amène à la fin du repas alors que Jugnauth est là à l?heure convenue. Il apprend, plus tard, que le retard de son ministre des Finances est dû à une réunion du comité central du MMM cum jeunes militants, ne cessant de le critiquer et réclamant la mise sur pied d?une milice populaire pour faire ce que ne peut faire la police de Jugnauth, SMF comprise, à croire leurs allégations. Ce qui inquiète le plus ce dernier, c?est que bon nombre de ces jeunes militants sont des proches de récidivistes notoires, au casier judiciaire lourdement chargé. Jugnauth précise qu?en disant cela, il ne pense pas à l?attentat de Magenta.
En tant que ministre de l?Intérieur, discutant quotidiennement avec le commissaire de police, Jugnauth est obligé de prendre cela d?autant au sérieux que de telles propositions atterrissent sur la table du comité central du MMM et en son absence, alors qu?il est, au sein du parti, sensé parler au nom du law and order.
A une réunion du Bureau politique, il fait comprendre à Bérenger que, à ses yeux, il est impliqué dans cette campagne de dénigrement anti-Jugnauth. Bérenger le dément. Le Premier ministre se dit satisfait que Bérenger n?a rien à voir avec l?émission de télé sur la drogue.
Après le 11 juin 1982, Jugnauth déborde d?enthousiasme et de confiance à l?égard de tous ses ministres et back benchers de la majorité parlementaire 60-4. Après la crise d?octobre, il se voit contraint de réviser son jugement et commence à craindre les peaux de banane, sinon les couteaux, que de proches collaborateurs pourraient cacher dans leur dos. Sa confiance à l?égard de beaucoup de politiciens est ébranlée. Il ne cède pas pour autant au pessimisme.
Le problème surgit fondamentalement d?une divergence de perception de la fonction d?un Premier ministre. Certains voudraient que ce dernier continue à agir, en toutes choses, en tant que membre du MMM, autrement dit accepte de soumettre à l?approbation du politburo et éventuellement du comité central, sinon de l?assemblée des délégués, les innombrables décisions qu?il doit prendre quotidiennement en tant que Premier ministre et responsable d?innombrables départements gouvernementaux et semi-gouvernementaux. Jugnauth fait comprendre qu?il n?est pas de ceux à accepter qu?un parti politique puisse l?emporter sur le gouvernement d?un pays et même sur la Constitution de Maurice. De par ses fonctions, il doit être l?arbitre neutre entre les deux composants de son gouvernement, à savoir le MMM et le PSM. Il ne peut oublier qu?un Premier ministre n?a jamais le droit d?être celui de la moitié majoritaire de l?électorat et même de la population mais qu?il doit mériter le titre de Premier ministre de chaque Mauricien quels que soient ses origines ethniques, ses convictions religieuses, ses traditions culturelles, son rang social, ses opinions politiques.
En octobre 1983, Jugnauth doit choisir entre la Constitution de Maurice et celle du MMM. Il tranche, bien sûr, en faveur de celle-là au détriment de celle-ci. Il ne se sent pas moins proche du MMM pour autant. Sur le plan idéologique, il n?a rien à se reprocher. Ce qui n?est pas le cas pour certains, se montrant trop souples à l?égard du FMI et de la Banque mondiale, pour ne pas parler de lobbies sud-africains. Il demeure toujours actif au sein du MMM et participe à des réunions de militants à tous les niveaux. Mais ce n?est pas parce qu?il est membre du MMM qu?il doit, en tant que Premier ministre, se soumettre aveuglement et par avance à tous les diktats du MMM.
Publicité
Publicité
Les plus récents