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Jodie Evans : La couleur de la paix

19 août 2007, 00:00

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Quand elle ne manifeste pas à Washington ou ailleurs, Jodie Evans vit dans une maison du quartier de Venice (Californie) repeinte en rose, la couleur de l?organisation qu?elle a cofondée, Code Pink for Peace. « Une couleur qui rend les gens heureux », dit cette activiste pour la paix et la justice sociale, qui a toujours baigné dans l?action politique.

Les pacifistes roses de Code Pink sont apparues pour la première fois en novem-bre 2002, alors que la guerre en Irak semblait imminente. « Avec mon amie Medea Benjamin, elle aussi cofondatrice de Code Pink, on était atterrées, on s?est demandé quoi faire. » Pour se moquer du code d?alerte antiterroriste, jaune, orange, rouge, annon-cé par le gouvernement américain, elles donnent la couleur rose à leur alerte pour la paix, malgré des réticences initiales de ces féministes qui craignent la connotation, mièvre et fillette, du rose.

« Lisez bien mes seins :Pas de guerre en Irak »

En vingt-quatre heures, Code Pink est lancé, avec un site Web ouvert dans la nuit, des communiqués à la presse, et des draps roses. Ce 17 novembre, leur tout premier jour, elles ne sont que six à déployer leur bannière contre la guerre en Irak, sur laquelle elles ont dessiné leurs oiseaux de paix ? des oiseaux de paradis ?, à l?entrée de la Maison Blanche.

Croyant à un geste terroriste, les caméras, qui couvrent une réception dans le Rose Garden, accourent, et voilà la bannière rose sur toutes les chaînes d?information. « Mais quand les médias se sont rendu compte que c?était une manifestation contre la guerre, ils ont cessé leur couverture, sans donner d?explication. » Une manifestante est alors arrêtée.

Un après-midi, elles se rendent sur les marches du Congrès, avec leurs « oi-seaux de paix » agrafés à leur soutien-gorge, et une pancarte sur le ventre où les élus qui reviennent de déjeuner peuvent lire : « Lisez bien mes seins : Pas de guerre en Irak. » Puis elles entrent dans les salles des débats ? ouvertes au public. « Toutes les caméras étaient braquées sur nous, car ils croyaient qu?on allait ouvrir notre chemisier, alors nous avons déployé la bannière. » Une autre militante est arrêtée.

Mettre la pression sur certains élus

En août 2005, Jodie Evans a rendu visite à Cindy Sheehan, cette mère californienne dont le fils Casey est mort en Irak, dès que celle-ci a entamé son sit-in à l?extérieur du ranch du président Bush, à Crawford dans le Texas. Cindy, devenue une héroïne de la lutte antiguerre, a même un bureau dans la maison rose de Jodie. Et les militantes de Code Pink continuent de manifester au Congrès. Elles mettent aussi la pression sur certains élus, qu?elles appellent chez eux (les wake-up calls) quand il le faut, ainsi que sur les candidats à l?élection présidentielle. « Sur le sujet de la guerre, nous devançons les médias, et les candidats eux-mêmes, c?est ça la différence que nous apportons. »

Les modes d?intervention de Code Pink rappellent les happenings ou le théâtre politique des années 1960 : « Mais nous sommes des années 1960 !, dit Jodie Evans en riant. Nous refaisons ce que nous avons su faire ! » Elle poursuit, amusée : « Sauf que, dans les années 1960, le mouvement antiguerre était dirigé par des hommes, et les femmes faisaient tout le boulot. Au-jourd?hui, les femmes sont aux commandes. »

Cet été, Code Pink lance une campagne pour le rapatriement des troupes d?ici Noël. Puisque leur alerte rose n?a pas pu empêcher cette guerre-là, les pacifistes de Code Pink cherchent à déjouer la prochaine, avec ce slogan : « Stop The Next War Now ! » (Arrêtez la prochaine guerre maintenant !) « Nous avons ravivé le sens de l?engagement, à l?échelle mondiale. J?ai le sentiment d?avoir accompli quelque chose, mais puis-je transformer la destinée humaine? qui sait ? »

@ 2 007 Le Monde ? Claudine MULARD ? (Distribué par The New York Times Syndicate)

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