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A. Jeetun : ?Dévaluation bis néfaste à la relance?
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A. Jeetun : ?Dévaluation bis néfaste à la relance?
Le plan de relance de Rama Sithanen occupe, à juste titre, une place prépondérante dans l?actualité de ce début de septembre 2005. Il y a 25 ans, en juin 1980, la probabilité d?une nouvelle dévaluation de la roupie préoccupe les esprits. ?l?express? demande à Azad Jeetun de la MEF son avis sur la question. Il n?écarte guère cette possibilité car il sait cette épée de Damoclès toujours suspendue sur nos têtes. Une seconde dévaluation nous serait pourtant défavorable, estime-t-il, car elle peut engendrer un climat d?incertitude, nuisible à l?investissement. Il est formel : une dévaluation n?est pas une panacée. Elle doit être soutenue par d?autres mesures si elle veut stimuler l?investissement et la production. Ce qui malheureusement n?est pas, selon lui, l?objectif visé par la dévaluation du 23 octobre 1979.
Le FMI pourrait imposer à Maurice une seconde dévaluation si le déséquilibre économique, prévalant en octobre 1979, perdure. Pas possible donc d?écarter absolument la probabilité d?une seconde dévaluation qui se concrétisera d?ailleurs mais un an après, en septembre 1981.
Azad Jeetun analyse d?abord la probabilité d?une seconde dévaluation. Elle pourrait avoir lieu, selon lui, si le gouvernement et le FMI ont déjà décidé une dévaluation en deux étapes. Elle deviendrait inévitable si Maurice doit encore recourir à l?aide étrangère pour financer ses importations ou pour empêcher l?épuisement de ses réserves étrangères. Un autre facteur de dévaluation serait l?accroissement des dépenses publiques et du déficit budgétaire.
L?évolution des indicateurs économiques entre 1974 et 1980 est significative. La balance des paiements passe d?un surplus de Rs 375 m. à un déficit de Rs 700 m., la balance commerciale d?un surplus de Rs 28 m. (dû au boom sucrier) à un déficit de Rs 1 275 m. Les prêts bancaires sont, en 1974, de Rs 128,8 m. pour le secteur public et de Rs 527, 2 m. pour le secteur privé. Ils passent, en 1979, à Rs 1,4 milliard et Rs 1,7 milliard pour ces deux secteurs respectivement. Le ratio dépenses publiques/PNB passe de 46.8% en 1974 à 51.7% en 1980. Les réserves en devises est de Rs 776.1 m. en 1976, à la fin du boom sucrier. Ils tombent à Rs298.2m. en mai 1980. Mais, en 1979, ces réserves sont de Rs 248.9 m. en mai et de seulement Rs 54.5m. trois mois plus tard. Le nombre de chômeurs passe de 22 024 en 1975 à 30 472 en 1980. Les dépenses publiques sont de Rs 2,4 milliards en 1978/79, de Rs 3 milliards en 1979/80 et atteindront Rs 3,6 milliards en juin 1981, soit 51.7% du PNB. Le déficit budgétaire est de Rs 1 074 millions en 1979/80, soit 18.6% du PNB. Azad Jeetun conclut que l?équilibre de la balance extérieure passe par une réduction du déficit budgétaire.
Il y a aussi des lueurs d?espoir de pouvoir échapper à une seconde dévaluation de la roupie. Le FMI peut penser que Maurice fait de son mieux pour redresser ses déséquilibres financiers et se montrer plus flexible. Une des mesures prises pouvant apaiser les exigences du FMI concerne l?augmentation du prix de vente au détail du riz et de la farine. Si la situation économique ne s?est pas améliorée autant qu?on l?aurait voulu pendant le premier semestre de 1980 cela est dû en grande partie aux conditions climatiques (cyclones et inondations). Azad Jeetun n?a pas de peine à démontrer que, n?était-ce ce mauvais temps, la balance des paiements aurait été rééquilibrée. Mais une économie insulaire et tropicale ne doit-elle pas tenir compte des risques climatiques inévitables ?
Le FMI n?a pas de règles générales concernant le redressement des économies déséquilibrées. Il agit davantage au cas par cas, après concertation avec les pays concernés. La note pétrolière est pour beaucoup dans l?épidémie mondiale de balance des paiements déficitaires. Azad Jeetun déplore l?importance démesurée accordée à l?industrie par rapport à l?agriculture, d?autant plus que celle-là est plus gourmande en importations (matières premières, équipements, besoins énergétiques et pétroliers) que celle-ci. La note pétrolière de Maurice augmente de 738 % entre 1972 et 1979 (Rs 50 m et Rs 425 m respectivement). Il conclut que notre balance des paiement continuera à être affectée aussi longtemps que nous n?investirons pas davantage dans la production locale de ce que nous consommons.
Azad Jeetun reproche à la dévaluation de 30 % de la roupie du 23 octobre 1979 d?être une mesure trop monétaire et pas assez de relance. On a davantage voulu contrôler la demande que relancer l?investissement. La situation aurait été meilleure si parallèlement des mesures avaient été prises pour stimuler l?épargne, l?investissement et offrir des incitations à la création d?emplois productifs. Il fallait innover, comme au Brésil où des entreprises sont invitées à verser 50 % de leurs ?tax liabilities? à des fins d?investissements dans des projets approuvés par le gouvernement. Les investisseurs se manifestent s?ils sont attirés par des incitations intéressantes. Et si Maurice dédaigne celles-ci, les pays concurrents s?y intéressent. Voilà pourquoi des investisseurs étrangers nous passent sous le nez.
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