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Jean Bill Clinton, le petit martyr de l?insouciance

4 septembre 2004, 20:00

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Il est 14 heures, mercredi à cité La Ferme, Bambous. Un bébé sur la hanche, une fillette se tient sur le seuil de sa case en tôle et regarde avec envie les enfants qui jouent gaiement dans les rues poussiéreuses.

À peine plus âgée qu?eux, elle ne peut pourtant pas les rejoindre, car elle doit s?occuper de ses petits frères et s?urs.

La vie s?écoule ainsi pour de nombreux enfants de la cité, souvent issus de familles monoparentales ou éclatées. Pauvres, laissés à eux-mêmes, ils ne connaissent pas les bonheurs d?une vie d?enfant. Leur quotidien se résume à s?occuper des petits pendant que les parents triment matin et soir pour ramener un peu d?argent.

La mère travaille chez des particuliers

Une responsabilité souvent trop grande pour de frêles et jeunes épaules. Sarah-Jane L?Éveillé, 14 ans en a fait la triste expérience lundi. Voilà plus d?un an qu?elle s?occupe du benjamin, Jean Bill Clinton Plaignant, 14 mois, pendant que sa mère Desirela Laventure, 29 ans, fait le ménage chez des particuliers à Tamarin et La Preneuse.

Mère de cinq enfants nés de trois pères différents, séparée de son dernier concubin, Desirela navigue dans les eaux tumultueuses de la vie. « Mo premie mari inn kit moi. Segon-la ferme pou enn case viol. Mo séparé avek papa dernie-la. Li aide inpe me kan mem oblize travay de plas », avoue-t-elle.

Comme à l?accoutumée, le benjamin est laissé aux soins de Sarah-Jane et de Géraldo, son frère de 12 ans qui ne va plus à l?école. La faim tenaille bientôt les deux adolescents. Comme il n?y a rien à manger à la maison, ils décident d?aller cueillir quelques « c?urs de brèdes » dans le voisinage pour en faire un bouillon.

Ils tirent le paravent et laissent Jean Bill Clinton seul dans la case, sur le lit. Il dort à poings fermés. La porte principale et la fenêtre sont restées ouvertes, d?après Sarah-Jane. Pour elle, le petit n?encourait aucun danger. « Ena foi kan li dormi, mo abitie al asiz kot mo granmer, apre mo retourn lakaz », dit-elle d?une voix presque inaudible. Calée sur une chaise, chez sa grand-mère la jeune fille a l?air perdu. « Li finn bien affekte », explique Desirela.

D?après leurs dires, ils étaient à peine sortis de la maison que Wendy, une cousine, est accourue pour leur annoncer le terrible drame. Leur case en tôle et bois est la proie des flammes. Le feu se propage rapidement dans le salon, la cuisine et la chambre. Les sapeurs-pompiers ne pourront que constater l?étendue des dégâts. Pris au piège, l?enfant n?en réchappera pas, et succombera à ses brûlures. En apprenant la nouvelle, Desirela s?effondre devant le spectacle de désolation : la demeure n?est plus qu?un amas de tôles tordues. Les meubles, la télévision, les ustensiles de cuisine sont transformés en un tas de ferraille.

« Mo tuzur pa kompran. Mi tifi pa ti kit dife alime dan la kuizin », assure Desirela Laventure. L?idée qu?une bougie soit à l?origine du sinistre est aussi écartée. On comprend à demi-mot qu?elle soupçonne une « méchanceté », parce qu?à son arrivée, portes et les fenêtres étaient verrouillées? En attendant de connaître les circonstances de ce drame, elle a trouvé refuge avec ses quatre enfants chez sa mère, qui habite à quelques pas de là.

La pauvreté, dénominateur commun

Ce triste événement rappelle le cas de Sunil, l?enfant qui traînait les rues et qui avait été brûlé vif pas ses camarades, il y a un an. Le travailleur social Cadress Rungen ne cache pas son appréhension face à ces tragédies qui touchent de plus en plus d?enfants. « La pauvreté est le dénominateur commun de chacune de ces histoires. Les enfants manquent d?encadrement parental, sont laissés à eux-mêmes et naturellement courent davantage de risques. Ce problème demande l?engagement de tout un chacun ».

L?association Les enfants d?un rêve et la National Prevention Unit ont déjà pris les devants et créant le projet « Résidences Flamboyant ».

Sept enfants venant de milieux défavorisés de Cité Richelieu y sont pris en charge. Des parents de substitution veillent sur eux, ils vont maintenant à l?école et bénéficient d?une aide financière. Un suivi est effectué chaque mois pour déterminer la progression de chacun.

« Plisier pe travay bien. Kan nou zoin se ene lazwa. » Le projet pourrait être reproduit à Cité La Ferme. « Les forces vives et les ONG de Bambous peuvent prendre contact avec nous. Nous pourrons les aider à encadrer ces enfants afin de leur donner une seconde chance? »

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