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3 juillet 2005, 00:00

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<B>PAR JEAN-CLAUDE DE l?ESTRAC</B>

Il n?y a pas de raison d?être angoissé. Depuis plus d?un siècle, les Mauriciens votent et se choisissent des gouvernements qui ont tous, plus ou moins, fait avancer le pays. Les remarquables progrès accomplis, au cours des quatre dernières décennies, sont attribuables, pour l?essentiel, à la poursuite cohérente de la même stratégie économique et des mêmes orientations sociales. Ces élections ne feront pas exception. Ce ne sont pas celles « de la dernière chance », comme l?affirme l?Alliance sociale, ni l?apocalypse annoncée par le MSM-MMM.

Certes, les principaux partis politiques qui briguent nos suffrages ont des particularités qui émanent de leur histoire propre, de leur expérience, et un peu ? pour ce qu?il en reste ? de leurs traditions idéologiques. Même s?ils cultivent leur base historique, tous cherchent à l?élargir et brassent large. À vrai dire, ces partis de gouvernement se ressemblent comme des clones.

Bien entendu, il existe aussi des divergences. Mais elles sont plutôt superficielles. Il y a des différences d?emphase, il y a des styles, des méthodes personnelles mais les approches des principaux blocs restent globalement très convergentes. C?est peut-être pour cela que les dirigeants politiques n?incitent pas leurs sympathisants à étudier les manifestes électoraux. Ces documents n?aident aucunement à différencier entre des projets de société ? il n?y en a pas ? ils soulignent donc au contraire leur proximité de vues. Les mouvements de l?extrême gauche qui critiquent ces « grands » partis en les renvoyant dos à dos en matière de réflexion économique et de propositions programmatiques ne se trompent pas. Les six changements de gouvernement intervenus depuis l?Indépendance n?ont en effet jamais provoqué de rupture idéologique, même pas d?ailleurs en 1983, malgré la légende politique qui prétend le contraire.

C?est ce contexte qui autorise l?électeur à choisir avec calme et sérénité. Il n?est pas devant un dilemme de vie ou de mort. Il est seulement confronté à une décision qui aura certainement un impact sur ses conditions de vie, mais il ne devrait rien craindre d?irréversible et de définitif. S?il a été attentif aux discours des chefs politiques, il n?aura pas manqué de noter combien, en fin de campagne, les propos se modèrent et se ressemblent. Les dirigeants politiques, en tout cas, ne masquent plus la réalité de la situation : les temps qui viennent seront durs, personne ne possède de remède miracle, la question centrale est de savoir laquelle des deux équipes est mieux à même de gérer l?inévitable crise. Et par quels moyens ?

L?alliance gouvernementale a terminé sa campagne comme elle ne l?a pas commencée. Moins de grandiloquence, un peu plus de modestie. Maintenant il n?est plus question que de la gravité des problèmes en suspens et à venir. Elle prend bien soin néanmoins d?attribuer ces problèmes à des facteurs exogènes ? ce qui n?est pas faux ? mais elle se positionne comme la mieux placée, au vu de son « bilan » et de son expérience pour y faire face. C?est le propos de fin de campagne que Paul Bérenger n?a pas cessé de marteler : face à la crise, le pays, dit-il, « n?a pas droit à l?erreur ». Le leader de l?alliance MSM-MMM appuie sur le levier de la peur : on sait que ça marche.

Jouer la carte de la peur peut aussi avoir un effet pervers. Si la situation s?annonce à ce point difficile, autant privilégier un gouvernement de « compassion », proche des préoccupations ordinaires des citoyens et capable de les protéger des effets d?une trop grande rigueur et d?une austérité annoncée. L?opposition, de ce point de vue, a sans doute développé une image plus « sociale ». Une propagande dont on verra combien elle a été productive a cherché à enfermer le gouvernement dans les automatismes d?un robot économique froid et sans c?ur, protecteur seulement des gros intérêts. On voit bien que cette campagne n?a pas vraiment accroché, mais elle peut avoir été suffisamment sournoise pour détourner des voix jusqu?ici acquises au MSM-MMM, jadis conscience sociale de la politique nationale.

Il est probable que c?est sur ces questions-là que les indécis ? les vrais ? se détermineront. Il ne me semble pas faire de doute que le gouvernement sortant a une plutôt bonne image en termes de capacité gestionnaire, malgré les faiblesses et les manquements dénoncés par l?opposition. Il ne semble pas faire de doute également que l?opposition a réussi à ravir à l?alliance MSM-MMM son « monopole du c?ur » longtemps conservé. Efficacité contre compassion, c?est peut-être le choix de dernière heure capable de mobiliser les retardataires du devoir civique.

Un devoir d?autant plus exigeant qu?il paraît représenter un choix difficile pour la nation très divisée politiquement. C?est une bonne nouvelle.

Elle annonce la fin de tous les « dépôts fixes » et au-delà des préférences anciennes, la montée continue d?une citoyenneté plus forte que ne se l?imaginent la plupart des chefs politiques.

Quel que soit le choix des Mauriciens ce dimanche, il y aura des raisons de se réjouir. Si le Premier ministre obtient un renouvellement de son mandat, dans les circonstances d?une compétition électorale franche et directe comme celles de ce dimanche, la nation aura administré une leçon rare au reste du monde. Si le leader de l?opposition revient à l?hôtel du gouvernement à la tête d?une alliance de nom, mais qui en réalité repose sur un Parti travailliste réinventé et plus ouvert que ne l?a été l?ancien, il marquera aussi l?histoire politique du pays.

Mettons-nous d?accord : ce petit pays a beaucoup d?avance sur les plus grandes et les plus riches sociétés. Je vote pour Maurice.

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