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Je t?aime moi non plus
Pendant le divorce du couple Sarkozy, l?ex-première dame de France prononce une phrase simple qui sera hautement médiatisée: «On a tout essayé, ce n?était plus possible». «Ce qui m?arrive est arrivé à des millions de gens? Nous avons essayé de reconstruire, de rebâtir, de faire passer la famille avant le reste... Mais ce n?était plus possible. On a tout essayé, j?ai tout essayé. Simplement, ce n?était plus possible», a-t-elle poursuivi après que l?Elysée a annoncé son divorce par consentement mutuel avec M. Nicolas Sarkozy, qu?elle continuait à décrire comme quelqu?un de «formidable».
Un couple peu commun, certes ; une situation plutôt rare, on le concède ; une dame qui sort de l?ordinaire, qui le nierait (surtout après qu?elle a renoncé à un déjeuner chez le président George Bush, officiellement pour cause «d?angine blanche», avant d?être photographiée le lendemain faisant du shopping), mais, les problèmes qu?elle décrit peuvent être vécus par n?importe quel couple. Sauf que nos lois ne permettent pas le luxe de se séparer à la Sarkozy.
Le mariage est, indéniablement, une institution qu?il est nécessaire de protéger surtout pour préserver l?intégrité de la cellule familiale. Cependant, il se peut que cette union, tant sacralisée d?un point de vue populaire et religieux, ne puisse plus perdurer, malgré les efforts décrits par Mme Sarkozy. Dans ce cas-là, on doit pouvoir reconnaître à l?être humain le droit à l?erreur et aux époux une possibilité de séparation qui limiterait les dégâts pour eux-mêmes et pour les enfants.
Personne n?est assez dupe pour penser que se séparer, même à l?amiable, se fait sans heurts, sans souffrances ou sans traumatismes. Mais, Les divorces à la Kramer Vs Kramer ont tendance à davantage envenimer les procédures car ils viennent avec leur cortège de témoignages et d?accusations quelquefois sordides. Chaque conjoint doit impérativement établir que l?autre a manqué à l?un des devoirs auxquels il s?était engagé par le mariage. L?intimité du couple est violée, des conjoints qui se sont aimés perdent toute estime, toute confiance, à l?égard de chacun, ils se haïssent ou se méprisent. Autant de conflits dans lesquels les enfants sont immergés durablement et qui auraient pu être réduits à leur minimum pour se mettre d?accord sur la garde des enfants.
Or, pour que les parents s?accordent sur des modalités de garde qui préservent le rôle de chacun, il faut apaiser les conflits et encourager les ex-conjoints à passer l?éponge sur leurs griefs, à se tourner vers l?avenir et permettre au couple parental de survivre au couple conjugal. Chercher un coupable et un innocent dans une alchimie aussi mystérieuse qu?est le couple est un processus assez complexe. Protéger le conjoint vulnérable qui a besoin de protection est le devoir de la loi. Mettre des obstacles à la séparation des couples lorsque l?un des deux veut reprendre sa liberté est inutile. Envenimer les relations dans un couple qui voudrait se désunir dans la paix est injuste. Si le législateur commence à comprendre que dans l?union comme dans la désunion, chacun a le droit à sa dignité et sa liberté d?Homme; si M. Valayden compte venir avec un projet de loi qui rendrait les procédures de divorce plus humaines, cela passera-t-il à travers nos institutions religieuses dans une société pourtant laïcisée ? Le divorce à l?amiable deviendra-t-il une réalité ou bien rejoindra-t-il la longue liste des vaches sacrées, à l?instar de l?avortement et de la liberté des orientations sexuelles ?
Simplifier la procédure de divorce pour un couple qui ne marche plus et qui est incapable de marcher ne veut dire en aucun cas banaliser le divorce ou inciter les couples à faillir aux obligations nées lors de la célébration du mariage « pour le meilleur et pour le pire». Il ne s?agit pas non plus de sous-estimer les blessures ressenties par les enfants et par les parents lors de la rupture. Il s?agit de diminuer le traumatisme de cette rupture, éponger les souffrances et essayer de sauver la coparentalité. Nos institutions religieuses ont le devoir d?encourager les couples «à construire, à rebâtir et faire passer la famille avant le reste.» Elles ont le droit d?expliquer à leurs membres les liens sacrés du mariage et les imprégner du respect de cette institution sacrée. Elles ont notre respect et notre admiration pour ça. Mais, dans un état laïc, ont-elles le droit de contester aux instances démocratiques le droit à légiférer ?
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