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Je suis ho mo, et alors ?
Je suis homo, et alors ? » Ce titre peut vous sembler provoquant. On voit déjà certains, arriver avec leurs gros sabots, récuser le droit aux homosexuels d?exister. On recevra aussi des appels d?homosexuels pour nous remercier de traiter ce sujet, encore tabou. Quoi qu?il en soit, « c?est un sujet très délicat », comme le dit Raj Mootoosamy de l?association Victim Support. Tout le monde a un avis sur le sujet. Certains arrivent à dépasser cette « différence », d?autres l?acceptent mais avec des restrictions, et d?autres enfin, pas du tout. Tout dépend en fait de notre culture, de notre morale et de notre éducation.
Qu?on soit homo, parent d?homo, employeur d?homo etc., on n?est jamais totalement préparés à cette orientation sexuelle. Souvent, les gens ne savent pas comment réagir et condamnent en bloc ce qu?ils considèrent comme étant immoral, pervers ou encore comme une maladie ou une malédiction. Qui est quoi ? Est-ce qu?au final, les homosexuels peuvent se voir accorder ce droit le plus élémentaire qu?est celui d?exister ?
Le Collectif arc-en-ciel veut défendre l?image de l?homosexualité, la dignité et les droits des personnes discriminées en fonction de leur orientation ou identité sexuelle (réelle ou présumée). « Nous voulons briser le tabou, faire comprendre aux gens qu?il n?y a pas de citoyen de deuxième catégorie, sensibiliser le public au caractère néfaste de l?homophobie. Trop d?adolescents se sentent perdus quand ils se découvrent homosexuels, trop de parents se sentent désemparés », clame haut et fort Jean-Luc Ahnee, le porte-parole du mouvement. Le collectif souhaite par ailleurs être un forum où pourront s?exprimer tous les avis et toutes les questions portant sur l?homosexualité, avec un débat ouvert, respectueux et intelligent.
Qu?en pensent les homosexuels eux-mêmes ? Pour la plupart, ils attendent dans l?ombre que les mentalités évoluent. Ils voudraient que leurs parents comprennent qu?ils ne se sont pas réveillés un jour en se disant : « Je vais aimer quelqu?un du même sexe que moi. » Ils voudraient pouvoir bénéficier des forfaits couples et ne pas avoir à se cacher, condamnés à vivre loin des gens qu?ils aiment.
Outre le fait de lutter contre l?homophobie et toutes les formes de discriminations liées à l?orientation sexuelle des personnes, le collectif veut participer à l?évolution du cadre juridique, des pratiques et des mentalités pour une égalité de droit et de traitement de l?individu, et ce, quelle que soit son orientation sexuelle. D?ailleurs, dans cet esprit de justice, le collectif souhaite ouvrir un débat national sur le projet de loi d?Equal Opportunity Act dans lequel il est précisé que la question de la discrimination sexuelle ne concerne que la discrimination homme-femme et pas les discriminations liées à l?orientation sexuelle.
Concrètement, ça veut dire quoi ? Josian, qui exerce une profession libérale, se confie : « J?ai des amis qui n?arrivent pas à obtenir un job parce qu?ils sont efféminés. D?autres qui se font tabasser par des policiers, mais ils n?arrivent pas à porter plainte parce qu?ils auront encore affaire à la police. Je connais même quelqu?un qui a été violé, mais on accepte difficilement qu?il puisse avoir viol entre homosexuels, parce qu?être homosexuel est déjà perçu comme un délit. » Christine et Shenaz ont construit des projets ensemble, mais cela n?est pas reconnu d?un point de vue juridique. « Nous avons une maison, mais elle est à un seul nom. Nous voudrions faire des emprunts en associant nos deux fiches de paie, mais nous n?avons pas le droit. On ne peut pas hériter l?une de l?autre. C?est une vraie galère que de vivre dans cette instabilité juridique. »
Le collectif se réunit tous les 15 jours, le mercredi à 17 h 30 au Kart Loisir. La prochaine réunion est prévue le 25 mai. Ces rencontres sont ouvertes à tous. Il compte organiser sa première assemblée générale le 23 juillet, ainsi qu?une première soirée Celebrate Yourself, le 23 juillet, à partir de 22 heures au Kart Loisir.
Contact : collectifarcenciel@ yahoo. com ou par fax : 283.46.89
5 à 10 % de la population américaine est homosexuelle (Étude Kinsey ? Étude Spira)
1 jeune gay sur 4 fait une tentative de suicide (Études suisse & américaine)
97 % d?étudiants américains rapportent qu?ils entendent régulièrement de la part de leurs camarades de classe des remarques homophobes.
80 % des jeunes gays et lesbiennes subissent un isolement social sévère.
30 % de tous les suicides d?adolescents sont le fait de jeunes homosexuels ; ce qui veut dire qu?un ado gay porte atteinte à ses jours toutes les 5 heures et 48 minutes.
<B>Martine Hennequin, psychologue clinicienne
« Annoncer son homosexualité demande beaucoup de force intérieure » </B>
<B>Naît-on homosexuel ? </B>
Aucune étude n?a prouvé de manière certaine que l?homosexualité était innée ou découlait d?une prédisposition biologique particulière. Cependant, nous ne pouvons pas affirmer que l?homosexualité s?acquiert à un moment spécifique de la vie de l?enfant ou de l?adolescent, ni qu?elle dépend exclusivement du type de relation entre l?enfant et sa mère par exemple. Le consensus général est d?abord que l?homosexualité ne peut plus être considérée comme une psychopathologie (l?OMS l?a supprimée en 1990 de la liste des maladies mentales), et que l?orientation sexuelle dépend de plusieurs facteurs, y compris le type de relation affective avec les figures parentales.
<B>L?homosexualité est-elle systématiquement vécue dans la souffrance ? </B>
Des homosexuels sont victimes de rejet, d?exclusion ou de jugements moraux ou religieux partout dans le monde, y compris à Maurice. D?autres, au contraire, sont intégrés dans la société et vivent des relations harmonieuses avec leur famille et leurs amis. Beaucoup doivent cacher leur homosexualité de peur d?être jugés ou exclus, et consultent alors un psychologue car ils sont déprimés par cette situation. Ils souhaiteraient être reconnus et respectés par leur entourage et la société.
<B>Découvrir son homosexualité peut être vécu comme un choc. Comment réagir quand on s?en rend compte ? Comment doivent réagir les parents ? </B>
Les premières expériences homosexuelles peuvent être vécues comme un traumatisme imprégné de culpabilité. Le travail du psychologue va essentiellement se centrer sur l?accueil de cette personne avec ses doutes et ses questions. Les parents doivent être soutenus psychologiquement, car pour eux aussi, c?est un choc. Se définir comme homosexuel vient plus tard, après plusieurs autres expériences sexuelles. Il faut cependant que les parents sachent que des expériences homosexuelles qui ont lieu pendant l?adolescence ne signifient pas toujours que leur enfant sera gay ou lesbienne plus tard. Ni qu?un garçon qui est efféminé ou qui aime jouer à la poupée, ou bien, qu?une fille, « garçon manqué », seront inévitablement des homosexuels. Même si d?un point de vue psychologique, l?homosexualité dépend, entre autres, des relations infantiles avec l?entourage, ce n?est qu?une fois adulte, au cours d?une pratique sexuelle avec des partenaires du même sexe que le sujet peut se définir comme tel.
<B>Quel est le meilleur moyen pour faire son « coming out » ? Faut-il parler ou se taire ? </B>
Annoncer son homosexualité à l?entourage demande beaucoup de courage et de force intérieure. À l?issue d?un long travail de réflexion sur lui-même et sur sa vie, le sujet sent que le moment est venu de se dévoiler aux autres. C?est dire s?il est nécessaire d?être sûr de soi ! Et de s?aimer assez pour pouvoir supporter la réaction éventuellement négative de l?entourage. Certains ne se sentent pas la force de le faire et il ne faut pas les brusquer, au nom d?une revendication identitaire ou sociale. Tant que le sujet ne se sent pas prêt, c?est que le moment n?est pas encore venu. Mais cela peut se travailler avec l?aide d?un psychologue ou quelqu?un de confiance.
<B>Comment expliquer l?homophobie ? Est-ce qu?on peut la justifier ? </B>
L?homosexualité ne laisse pas indifférent. Elle provoque des sentiments mitigés et nous renvoie à notre bisexualité psychique (nous aurions, selon Freud, une part de masculinité et une part de féminité). Pour certains, cette bisexualité psychique est tellement refoulée dans l?inconscient que le rejet des homosexuels est massif et peut être empreint de haine. Même si en tant que psychologue, je peux comprendre cette réaction, cela ne justifie pas pour autant les mesures discriminatoires à l?encontre des homosexuels, sur le plan professionnel ou social, ni les propos insultants.
<B>Peut-on envisager des thérapies qui « reconvertiraient » les homosexuels en hétérosexuels ? </B>
Je ne connais pas de thérapies proposant aux homosexuels de les « reconvertir » ! En revanche, l?orientation sexuelle peut se travailler en thérapie de manière à ce que le sujet se sente en accord avec elle. Cela implique qu?un sujet vivant mal son homosexualité peut travailler cela auprès d?un thérapeute et que le résultat peut être, soit la réalisation qu?elle ne correspond pas à son orientation sexuelle profonde, soit à une meilleure acceptation d?elle-même.
<B>Qu?en pensent les associations ? </B>
■ <B>Befrienders ? Sheik Ibrahim Yousouf</B>
Nous voulons apporter notre contribution à ceux qui souffrent d?homophobie. Nous n?avons aucun préjugé vis-à-vis des homosexuels. Notre travail est de prévenir le suicide et on reçoit des appels de gens qui veulent en finir avec la vie parce qu?ils sont homosexuels, qu?ils sont harcelés à l?école, que leur famille les rejette, et que la société les condamne. Nous devons arrêter de juger les autres. Live and let them live. Cela ne veut pas dire que les homosexuels doivent s?afficher outrageusement, cela ne fera que jouer contre eux. Il ne faut pas oublier non plus que chacun a le droit d?avoir son opinion religieuse.
■ <B> Amnesty ? Juan Prosper</B>
Amnesty est un mouvement qui milite pour les droits humains. Il a pris position sur l?homosexualité depuis 1991 où l?on dénonçait la persécution des homosexuels.
Si l?on se base sur la Déclaration des droits de l?homme, tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Cela inclut que nous sommes pour le respect de l?identité de chacun, y compris de sa sexualité. Nous sommes prêts à travailler en collaboration avec les associations locales pour promouvoir ces droits. Nous allons apporter un soutien logistique au Collectif Arc-en-ciel.
■ <B>Victim Support ? Raj Mootoosamy</B>
L?objectif même de Victim Support est d?assister les victimes d?agressions, d?accidents et leurs familles. Nous avons déjà eu le cas d?un homosexuel qui s?était fait agresser. Nous lui avons apporté notre soutien. Victim Support ne regarde pas la race, la couleur, l?orientation sexuelle pour venir en aide aux gens. Nous sommes dans un pays démocratique et tout le monde a sa place dans cette société. Personne ne choisit de devenir homosexuel, c?est bien qu?il y ait des gens qui fassent entendre leur voix pour lutter contre l?homophobie. Je pense toutefois qu?il faudrait avoir des limites. Il ne faudrait pas que les jeunes ne sachent plus faire la différence entre ce qui est normal et ce qui ne l?est pas. Nous avons un modèle de la famille, il ne faut pas perdre ce repère.
■ <B>Centre de Solidarité ? Audrey d?Hotman</B>
On est solidaire avec le Collectif Arc-en-ciel car on a toujours aidé à combattre toute stigmatisation. Nous avons vu des gens tomber dans la drogue parce qu?ils étaient rejetés à cause de leur homosexualité. Laissons-les en paix, laissons-les choisir leur style de vie. Quand on se pose des questions sur sa sexualité, peu importe ce que l?on trouve, on a le droit d?être ce qu?on est. Nous vivons dans un pays arc-en-ciel, nous n?avons donc pas le droit de faire la différence entre les gens à cause de leur sexualité. Il y a, chez les homophobes, une espèce de voyeurisme malsain. On ne regarde pas le fait que les homosexuels s?aiment, mais on se focalise sur ce qui se passe au lit.
<B>Ils témoignent</B>
■ Je mène une double vie et j?en ai marre. Je suis embarrassée quand, dans les réunions familiales, on me demande si je n?ai pas de pointer. J?ai beau lire le Lévitique dans la Bible pour me faire peur, mais les garçons ne m?intéressent pas. Je me demande combien de temps ça va durer. Au départ, quand je venais de rencontrer ma copine, c?était facile, je l?emmenais chez moi et j?allais chez elle. Et puis mes parents ont commencé à se poser des questions et ils ont découvert qu?elle était homosexuelle. Pour eux, pas question d?envisager que je puisse l?être aussi. Ils m?ont interdit de la fréquenter en me disant : « Si li li koumsa so zafer are li me toi to pena pou to al foure ar li. Nou pa le to gaign move frekentasion. » Quand je sors, je reste toujours vague sur l?endroit où je vais et ils me prennent pour une « traîneuse ».
■ Le regard des autres change quand ils apprennent que tu es homosexuel. Tout de suite ils se méfient de toi et croient que tu sautes sur tout ce qui bouge. Ils te prennent pour un détraqué sexuel. Ils te confondent avec les pédophiles et les pervers. Le plus dur, c?est dans la rue quand un groupe de personnes te provoque et te traite de « pilon ». On nous traite de frivoles aussi. On ne se rend pas compte que c?est difficile d?avoir une relation stable avec quelqu?un quand il faut se cacher. Finalement on a les mêmes problèmes de couple que les hétérosexuels, mais sans les avantages.
■ Quand j?ai compris ce qui m?arrivait, j?en ai parlé à ma mère. Elle s?est fâchée, a pleuré, s?est sentie coupable. Maintenant elle me surveille, fouille dans mes affaires, ne supporte pas que je sois au téléphone. Elle ne me touche plus : quand on se croise dans le couloir, elle s?arrête et se met dans un coin, pour ne pas me frôler. Elle n?arrête pas de me dire que je suis un démon et menace d?en parler à mon père qui me tuera ou me forcera à me marier.
■ Les parents de mon copain m?ont menacé d?aller voir mon chef si je ne rompais pas avec leur fils. Donc on fait semblant d?avoir « reviré » et de ne plus se voir. Maintenant, quand on est dans la rue, on doit toujours regarder à droite et à gauche. On a des sueurs froides quand on rencontre quelqu?un qui peut en parler.
■ Thierry de Ravel est le seul à avoir accepté de témoigner à visage découvert. « Les choses ont beaucoup changé à Maurice depuis 20 ans. On est plus open minded. Moi j?arrive à dire ouvertement que je suis homosexuel et cela sans esprit provocateur, sans être agressif et je crois qu?on m?accepte. Bien sûr, je ne sais pas ce que l?on dit derrière moi. Cela dit, on ne peut pas dire qu?on accepte l?homosexualité si on lui demande de se cacher. Pourquoi est-ce qu?on ne pourrait pas se tenir par la main dans la rue, pourquoi est-ce qu?on ne pourrait pas avoir le droit légal de se marier ? Les gens pensent que cela porterait atteinte à la morale. Mais nous ne sommes pas immoraux, nous avons nous aussi des valeurs familiales. »
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