Publicité

Je cible, Tu cibles, Elle cible ? - Mais que vise-t-on, exactement ?

20 février 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Alors comme ça, si l?on veut aider les pauvres, il faut, si l?on est NITA-Wallah, aider? tout le monde ! Si j?ai bien compris, la prochaine fois qu?une personne dans le dénuement me demandera de l?aide, je prendrais ce que je lui destine et je partagerais avec parents, amis et connaissances (y compris le demandeur s?entend) de manière, entre autres, à ne pas prendre le risque du contre-pied de ceux qui pensent qu?il y a des undeserving poor ?

C?est l?essentiel de l?argument de Melle N. Deerpalsingh qui, dans un long article dit tout (enfin, presque, réservant certains aspects, mettons plus inflammables, surtout pour les ondes de la radio?) sur le danger de considérer une aide ciblée pour les pauvres et propose à la place :

  1. de bien étudier toutes les statistiques et tous les écrits d?éminents économistes avant de prendre une décision ;

  2. de constater que la pauvreté n?a jamais été éradiquée par qui que ce soit ;

  3. de reconnaître (« by far the scariest facet », dit-elle) que les institutions qui seraient utilisées pour aider les pauvres à s?en sortir n?ont pas la qualité et la crédibilité nécessaires pour leur mission de ciblage et que cela mènerait inévitablement à des « widespread corrupt and fraudulent practices » ;

  4. d?appréhender le fait que le ciblage mène « into seriously dangerous terrain? (and) the threat of irreparably upsetting whatever inter-community, inter-ethnic harmony that currently exists in this country ».

Sur chacun de ces points, je ferai simple et court

  1. En attendant d?avoir les informations compréhensives que réclame Ms Deerpalsingh avant de prendre une décision, le pauvre est, lui, dans la douleur et les conséquences de sa douleur et de sa déchéance sont immédiates et s?accumulent. Le désespoir mène au désordre. Peut-on lui demander d?attendre encore longtemps ? Cela ne vous rappelle-t-il pas Marie Antoinette ? « Qu'ils mangent donc de la brioche ! » disait-elle, superbe et déconnectée de la réalité, quelques jours avant le 14 juillet.

  2. C?est vrai ! Est-ce une raison pour faire de l?ironie et demander à Obama et Clinton de venir prendre des leçons d?ici et de choisir, à Maurice comme ailleurs, de ne rien faire ? De toute manière, pourquoi croit-elle que le ciblage ne serait qu?une question d?argent. Il est clair (Sen n?est ni le seul, ni le premier a le dire) qu?il faut une éducation focalisée, de la formation, afin surtout de rendre aux gens espoir et « self-respect », au-delà du seul soutien économique immédiat.

  3. C?est un risque aussi, assurément. Je note d?ailleurs l?opinion d?une parlementaire avisée sur le service civil et son incapacité apparente à agir proprement et sans bavure (À notifier au PRB, peut-être ou à M. Rashid Imrith ?). Cependant, l?état connaît déjà largement ceux qui sont en détresse et, malgré quelques cas inévitables de mauvais ciblages, doit-on pour cela pénaliser la grande majorité de ceux qui tirent le diable par la queue ? Jusqu?au point qu?ils l?invitent finalement, parfois, chez eux ?

  4. À la radio, elle a été plus explicite encore. Elle a parlé de « grat ledo maler » et de « bagarre communale ». De quoi parle-t-elle ? De pauvreté ou de clientélisme ? Pourquoi y aurait-il des bagarres si, tous étant d?accord qu?il faut faire plus pour les laissés-pour-compte, on réduit les subsides de ceux qui en ont moins besoin ? Nous dit-on, ainsi, que l?électorat « gouvernemental » n?a que faire de combattre la pauvreté si cela touche ses privilèges ? Pire, nous dit-on ainsi que si les « pauvres » sont seulement perçus comme provenant proportionnellement plus d?une ethnie, que s?occuper de la pauvreté n?est ni souhaitable, ni possible ?

Je comprends que l?on parle d?hypocrisie? C?est même pire : c?est Tartuffe « born-again » !

Nous voulons tous « build a modern, peaceful multicultural nation ». Le point à ce stade, c?est que la pauvreté, sans espoir, n?est pas « moderne » et qu?elle engendre du désordre social, du vol, de la prostitution, de la violence ce qui est loin d?être une recette pour une île Maurice « peaceful ».

Je suis entièrement d?accord avec Ms Deerpalsingh sur les subventions religieuses. Cela devrait être arrêté immédiatement et l?économie ainsi réalisée canalisée aussitôt vers l?aide ciblée. Je suis aussi avec elle quand elle recommande d?« ensure that all parastatals have a real raison--d?être » et de s?assurer que l?on « cut excess fat » du secteur public.

Par contre, son argument contre le ciblage, mené à sa logique ultime, suggère que le « targeting » aux petits planteurs, par exemple, doit être immédiatement revu !

Et, comme les subventions sur le gaz ou la farine, généralisé à toute la population des producteurs de sucre !

Sauf si l?on parle de clientélisme, bien évidemment.

Dans lequel cas un principe ne serait plus toujours un principe et le « besoin » des citoyens pourrait, claire-ment, être à géométrie variable !

Ce qui n?aiderait pas non plus, probablement, à promouvoir l?avènement d?un pays à la fois « peaceful » et « modern ».

NOU BANN ET BANN LA

  • Nous publions à nouveau cet article car c?est une version tronquée qui est parue hier à la suite d?une mauvaise manipulation informatique.

Publicité