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jamais les bras baissés

2 avril 2005, 00:00

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Michèle Lionnet est si menue qu?elle paraît fragile et vulnérable. Mais ce n?est qu?illusion car elle possède l?énergie d?une pile électrique ! Ceux qui la connaissent disent d?ailleurs d?elle qu?elle ne tient jamais en place. Quand elle s?engage pour une cause, elle s?y investit à fond mais dans les règles de l?art. C?est-à-dire sans avoir à forcer la dose et à tempêter pour se faire entendre.

D?ailleurs, depuis qu?elle est à la tête de cette organisation non-gouvernementale chargée de la conservation de la flore et de la faune endémiques, et en particulier des espèces menacées, elle se fait un devoir de demander une allocation financière au gouvernement à chaque consultation pré-budgétaire car elle estime qu?il y va de la pérennité des projets. Et même si sa requête n?a pas encore été agréée, elle revient à la charge d?année en année. «On ne peut rien contre la mort, ni la maladie. Mais pour le reste, on peut influer sur le cours des événements. Le tout est de ne jamais baisser les bras.»

Cette combativité vient de son insatiable curiosité. Cette Quatrebornaise, fille du commerçant Barbès-Pougnet, aurait pu continuer à mener la vie dorée, qu?elle avait eue pendant 13 ans après ses études secondaires, comme co-gérante du commerce familial aux côtés de son frère aîné. Mais elle a soif d?autres horizons et elle souhaite exister professionnellement par elle-même. Elle largue donc les amarres après une formation en gestion et administration d?entreprises à l?université de Maurice.

Un parcours éclectique

A partir de là, Michèle qui épouse Maurice Lionnet, à l?époque haut cadre de la Shell, aura un parcours professionnel éclectique. En sus de suivre son mari pendant quelques années dans la République de Djibouti et plus récemment à Madagascar, elle agit tantôt comme secrétaire de compagnie dans le secteur sucrier, tantôt comme Purchasing and Administrative manager dans l?industrie textile ou encore comme partenaire et directrice d?une compagnie de gestion de débiteurs.

Elle sera aussi choisie, après appel de candidatures, comme la première coordonnatrice nationale du S.O.S Village des Enfants qu?elle quittera à regret au bout de trois ans. Comme elle croit dans la formation continue, elle prend un autre diplôme en business administration auprès de l?université de Surrey.

A chaque fois que cette mère d?une fille de 22 ans, Laura, qui étudie les lettres modernes en France, pense s?accorder un congé sabbatique afin de prendre le temps «d?apprendre la broderie et la pâtisserie», un coup de c?ur pour une cause l?oblige à se jeter dans la mêlée.

La dernière cause qui l?a séduite est celle de la Mauritius Wildlife Foundation (MWF). Depuis l?enfance, elle a certes entretenu une relation privilégiée avec la terre. «Mon père me parlait non seulement des plantes indigènes mais il m?a aussi initiée au jardinage. La terre m?a toujours fascinée.» Mais ce qui l?a poussée à répondre à l?appel de candidatures de cette ONG, c?est le profil du directeur exécutif recherché qui cadrait avec ses compétences.

Cela fait deux ans qu?elle est à la tête de la MWF où elle s?attelle à harmoniser les structures. La question financière constituant le nerf de la guerre de cette ONG ? 95 % de son financement vient de l?étranger ? Michèle Lionnet veut que les Mauriciens s?impliquent davantage, tant le gouvernement que le secteur privé.

Des actions en amont

Elle ne partage pas le point de vue de ceux qui affirment que dans le concert des voix s?étant élevées contre le projet d?autoroute à la Vallée de Ferney, on n?a pas beaucoup entendu celle de son organisation.

Elle explique que la MWF a agi en amont, alertant les autorités locales et les organismes internationaux sur ce projet dévastateur pour la biodiversité. «En sus d?être les premiers à attirer l?attention des autorités à l?effet que c?était une des rares régions de l?île à avoir une forêt endémique et qu?y construire une route serait ouvrir un passage aux espèces envahissantes, pendant trois mois, nous avons bénévolement prêté nos scientifiques pour des études sur le terrain, signalant au gouvernement que nous avions découvert deux espèces de plantes endémiques supposément disparues. Elles sont impossibles à transplanter. Nous sommes là pour conseiller et définir des lignes directrices. Si pour d?autres, il est important de monter au créneau, notre action se situe à un autre niveau. Nous avons exprimé nos craintes et nous serons là pour déplacer les oiseaux endémiques et limiter la dégradation de la forêt. Nous serons sur le terrain et vigilants pour que les mitigations measures soient appliquées dans leur intégralité.»

Elle estime important d?avoir des ONG pour informer et conscientiser la population. «On a un devoir d?information dans la vie et la non-information est presque un crime de nos jours.» Sachant que la conservation des espèces ne fait pas partie de la culture mauricienne au même titre que la préservation de l?environnement, la MWF publie et distribue bientôt, dans les écoles, un livret sur nos plantes et animaux indigènes. Elle a aussi des discussions avec le ministère de l?Education et les pédagogues pour l?introduction des éléments de conservation dans le cursus scolaire.

S?ils existent dans celui du Certificate of Primary Education, c?est, selon elle, insuffisant. «Il faut une éducation continue, des éléments adaptés à chaque niveau académique et présentés de façon attrayante. Tout cela prend du temps mais je ne crois pas en les choses bâclées. Pour être crédible, il faut présenter des éléments solides.»

Avant qu?elle ne quitte la MWF, elle compte laisser une relève de jeunes. «La conservation de notre patrimoine est le devoir de tous les Mauriciens. Nous ne pouvons pas toujours attendre que les étrangers viennent nous aider. Les jeunes ont la chance extraordinaire de vivre dans une société sans barrières sont tombées, où il y a mille possibilités de bourses et de formations. Ils doivent prendre le train en marche. Je ferai tout pour que le renforcement des capacités ne soit pas un vain mot?»

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