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Jacques Chirac appelle la France à ne pas avoir peur
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Jacques Chirac appelle la France à ne pas avoir peur
A un mois et demi du référendum sur la Constitution européenne, Jacques Chirac s?est efforcé jeudi d?endiguer la vague montante du «non» en invitant les Français à «ne pas se replier» sur leurs «craintes» et en les mettant en garde contre «l?effet boomerang» d?un vote négatif. Refusant de «mélanger» la consultation du 29 mai avec les enjeux de politique intérieure, le chef de l?Etat, qui s?exprimait sur TF1 dans le cadre d?un débat avec 83 jeunes, a affirmé qu?il ne démissionnerait pas en cas d?une victoire du «non», que quatorze sondages donnent pour l?heure gagnant.
«Pour reprendre une phrase désormais célèbre: ?N?ayons pas peur?», a résumé Jacques Chirac, s?inspirant du «N?ayez pas peur» lancé en 1978 par le pape Jean Paul II. «Il ne faudrait pas que se cristallise contre cette Constitution tout un ensemble de craintes, de peurs qui n?ont rien à voir avec elle», a souligné le chef de l?Etat, qui s?est maintes fois «étonné», «inquiété», durant plus de deux heures d?émission, du «pessimisme» français. Alors que le camp du «oui», qui peine à affiner sa stratégie, se voit reprocher une campagne en négatif, Jacques Chirac s?est défendu de céder à la «dramatisation» mais a tout de même brandi la menace d?un «affaiblissement» de la France au sein de l?Union européenne si le «non» l?emportait.
«Sachez qu?en rejetant tout cela, vous ne réglerez aucun problème, mais vous affaiblirez considérablement la voix de la France et la capacité de la France à défendre ses intérêts: c?est l?effet boomerang», a-t-il lancé. «Si la France d?aventure ne la votait pas, la France, au moins pendant un certain temps, cesserait d?exister politiquement au sein de cette Europe. On lui dirait ?vous ne l?avez pas voté, allez-voir ailleurs?», a dit Jacques Chirac.
Il a estimé qu?un «non» au référendum ferait de la France «le mouton noir qui aura tout bloqué» et entraînerait l?arrêt de la construction européenne. Le président de la République a exclu une renégociation du traité. «L?argument selon lequel on pourrait renégocier n?est pas sérieux».
Fille de la pensee française
Dans un dialogue parfois confus et redondant avec des jeunes venus d?horizons divers, Jacques Chirac a été interpellé à plusieurs reprises sur la situation économique et sociale française et a paru parfois déconcerté par ce qu?il a appelé le «sentiment de peur» de son auditoire, plus prompt à évoquer les problèmes de chômage et de précarité qu?à décrypter les articles du Traité constitutionnel.
Ces problèmes, a-t-il martelé, «ce n?est pas la Constitution qui va les gérer». «Je voudrais que nous soyons un peu plus optimistes et fiers de nous-mêmes», a-t-il dit à des jeunes souvent incrédules, évoquant sa «confiance en l?avenir». S?adressant indirectement aux tenants du «non», il a critiqué «les gens qui prennent la responsabilité d?alimenter dans le coeur et dans l?esprit des Français, et notamment des jeunes Français, des peurs qui les conduisent à se recroqueviller».
Face à «l?ignorance» et aux «contre-vérités», il a tenté, fiches à l?appui, de défendre une Constitution européenne «fille de la pensée» et des «valeurs» françaises, un texte garde-fou contre l?ultra-libéralisme empêchant les délocalisations et préservant les services publics nationaux, la garantie d?une Europe «forte et organisée» face aux Etats-Unis mais aussi aux puissances émergentes comme la Chine ou l?Inde. Prié de dire s?il changerait de Premier ministre dans cette même hypothèse, il a répondu que ce «n?était pas la question posée».
«La politique intérieure a ses règles, ses rythmes, ses exigences. Je ne les ignore pas et je les assume. (...) Mais je ne souhaite pas qu?on mélange cela avec la politique quotidienne d?un pays européen», a-t-il dit. «La question n?est pas de savoir par qui doit-on être gouverné dans les cinq ans qui viennent».
Sophie LOUET
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