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Issack, étudiant et marchand ambulant
Les marchands ambulants ont mauvaise réputation à Maurice. A tort ou à raison. Mais peut-on-dire qu’on les connaît tous? Alors que le cyclone Edilson battait son plein, j’ai croisé l’un d’entre eux au détour d’une rue.
En temps normal, je n’aurai probablement pas abordé Issack Basheer dans la rue. Avec son «laptop bag» en main, il a l’air d’être un étudiant comme les autres. Je remarque ses vêtements, particulièrement élimés. Les rues de Port-Louis étant désertes, le contact se fait beaucoup plus facilement.
Avec le cyclone, Issack Basheer qui, à 19 ans, travaille comme marchand ambulant pour financer ses études secondaires, n’a pas pu rentrer chez lui la veille. Il attend que les services de transport soient à nouveau opérationnels. Quant à moi, j’attends un véhicule. Je lui propose de faire un tour, histoire d’en savoir un peu plus sur lui.
Au fil de la conversation, il me raconte son parcours atypique. Non sans fierté, il confie qu’il est devenu une petite célébrité depuis qu’un journal lui a consacré un article l’année dernière. Des gens l’arrêtent dans la rue. Des parents le citent en exemple. Il indique qu’il avait été sélectionné pour un stage de langue en Arabie saoudite. Sous des dehors calmes, on devine un jeune homme sûr de lui, de ses capacités et qui veut faire connaître son histoire.
Issack vit seul avec sa mère. Celle-ci, asthmatique, est femme au foyer. Elle reçoit une allocation de la Sécurité sociale. C’est pour elle qu’il travaille. «La pension ne suffit pas pour la nourriture, le loyer et mon matériel scolaire.» De son père, il ne sait pas grand-chose, sinon qu’il les a abandonnés, lui et sa mère, alors qu’il n’avait que deux ans. Pourtant, on ne sent aucune amertume dans sa voix. Aucun regret. La vie ne lui a pas fait de cadeaux, mais il n’a pas l’air de vouloir s’apitoyer sur son sort.
Pendant la semaine, Issack étudie à laDoha Secondary School à Souillac. Du moins quand il le peut. Le week-end, il devient marchand ambulant. Il se rend à bicyclette à la foire de Nouvelle-France et parfois à Souillac. C’est là qu’il écoule les articles qu’il achète en gros à Port-Louis. Selon la période de l’année, il vend du matériel scolaire, des jouets ou encore des écouteurs. Ses recettes, il les donne à sa mère. Il garde juste ce qu’il lui faut pour ses trajets scolaires. «Quand je vais à l’école, je n’ai pas un sou en poche bien souvent.»
Les mathématiques sont la seule passion d’Issack. «Depuis tout petit, j’ai l’impression d’être doué en mathématiques. Cela me vient naturellement.» Il s’anime quand il en parle. Il souhaite poursuivre des études universitaires dans ce domaine, pour ensuite devenir professeur. Où veut-il se rendre? Sans hésiter, il réplique: le Royaume-Uni. «C’est là-bas qu’on trouve les meilleures universités», dit-il. Il a déjà pris des renseignements sur quelques universités où il pourrait s’inscrire. J’ose à peine lui demander comment il va parvenir à financer ses études. «Je vais me débrouiller. Et puis, j’ai des contacts là-bas», répond-il vaguement.
De retour au bureau, j’ai interrogé la rectrice de son collège pour en savoir un peu plus sur Issack. «Je ne vois que très rarement Issack. A cause de ses difficultés financières, il ne peut pas venir à l’école régulièrement. Mais je sais que c’est un garçon très intelligent. Il a eu d’excellents résultats en mathématiques et en langue arabe pour ses examens de Lower VI», dit-elle. Elle confirme qu’il s’est classé parmi les meilleurs en mathématiques lors des examens du School Certificate.
S’il est aussi doué, qu’est-ce qui pousse Issack à travailler comme marchand ambulant? Sa situation précaire y est clairement pour quelque chose. «Je sais qu’il a des sponsors. Il ne me demande jamais rien. Je lui avais proposé un uniforme neuf en début d’année, je ne l’ai pas revu depuis. Mais je sais qu’il reviendra», souligne la rectrice. Le jeune homme m’a expliqué qu’il reçoit de l’aide de quelques associations de son quartier, sans en dire plus. Issack est «un cas particulier», conclut la rectrice.
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