Publicité
Iran : l?heure des gardiens de la révolution
Par
Partager cet article
Iran : l?heure des gardiens de la révolution
Jadis garde prétorienne du régime de l?ayatollah Khomeiny, les gardiens de la révolution se sont aujourd?hui infiltrés dans tous les rouages de la société. Avec des dérives à la clef?
Un sentier balisé de spots mène, à travers le parc, jusqu?à un restaurant cossu au nom prédestiné, le Talaie, le « doré ». Ce havre de paix sur les hauteurs de Téhéran est un restaurant réservé aux gardiens de la révolution, ces pasdarans devenus l?élite et la bourgeoisie d?affaires de la République islamique.
Créés le 5 mai 1979, au sortir de la ré-volution, par un décret de l?ayatollah Khomeiny, les pasdarans ont eu pour première mission d?être l?armée idéologique du régime. Aujourd?hui, les soldats de la révolution ont la cinquantaine et occupent des postes-clés. Surtout depuis l?élection, en 2005, de Mahmoud Ahmadinejad.
Comment expliquer cette montée en puissance des gardiens de la révolution ? « C?est le produit de trois déviations de leur mission originelle », répond Mohsen Sazegara. Ce petit homme tranquille, réfugié aux États-Unis, où il préside le Research Institute for Contemporary Iran, est l?un des fondateurs des « gardiens ». « Après la révolution, explique-t-il, on craignait un coup d?État militaire ou une attaque américaine. Notre idée, c?était de mobiliser les gens dans une armée populaire. Mais la guerre contre l?Irak a créé une première déviation, en convertissant les pasdarans en une armée parallèle classique. »
« Ils me couperaient la langue »
Ainsi, les unités secrètes Qods (5 000 à 15 000 hommes) mènent missions de renseignement et opérations clandestines. L?autre « force d?appoint » des gardiens de la Révolution, ce sont les bassidji, devenus une milice antiémeute.
Dans les quartiers résidentiels du nord de Téhéran s?élèvent plusieurs immeubles imposants, sous haute surveillance, ceux des fondations révolutionnaires. Beau-coup, dont la puissante Fondation des déshérités, ne sont pas étrangères à l?essor économique des pasdarans, présents dans plusieurs de leurs directions. Cette prise de contrôle de pans entiers de l?économie iranienne, c?est la deuxième « déviation » évoquée par Mohsen Sazegara.
La « troisième dérive » décrite par le fondateur des pasdarans, la dérive politique, interviendra sous la présidence réformatrice de Mohammed Khatami. « Le guide Khamenei n?était guère favorable au mouvement réformateur. J?avais lancé un journal, Société, raconte Mohsen Sazegara. Les pasdarans de la révolution ont dit publiquement qu?ils me couperaient la langue. Le journal a été fermé et moi emprisonné. »
Les pasdarans sont-ils pour autant « soudés » autour de Mahmoud Ahma-dinejad, élu sous la pression des milices bassidji et du guide Khamenei ? Rien n?est moins sûr. « Entre le guide et les pasdarans, tout est si lié qu?on ne sait plus qui va contrôler qui au final », nous avait dit le grand intellectuel religieux Mohsen Kadivar.
Au cimetière de Behecht Zarah, de jeunes bassidji cultivent le souvenir d?un drame qu?ils n?ont pas connu. « Je suis un soldat de Dieu, la société m?ennuie, il n?y a qu?ici que je suis bien », nous avait confié l?un d?eux, Nariman Panahi, 22 ans.
Un discours du troisième type
Qu?ont en commun ces jeunes exaltés et les technocrates de la bourgeoisie militaire ? Mehdi Alizadeh, conseiller de haut rang des bassidji, avait accepté de nous rencontrer à Téhéran. Un discours du troisième type : « Du temps de la guerre, on était bassidj pour se battre, puis pour reconstruire le pays. À présent, notre devoir, c?est de préparer l?avenir dans la technologie et le nucléaire. Les extrémistes, pris au piège de la nostalgie de la guerre, ne croient pas au progrès. Ils ont voté Ahmadinejad. Certains d?entre nous sont différents. » Et il concluait, un peu gêné : « Mais nous sommes une minorité. »
@ 2 007 Le Monde-AFP- Marie-Claude DECAMPS, Philippe BOLOPION et Laurent ZEXXHINI ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
Publicité
Publicité
Les plus récents