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Irak : une hécatombe pour les civils

15 octobre 2006, 00:00

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Plus de 655 000 civils irakiens sont morts entre mars 2003, début de l?intervention de l?armée américaine en Irak, et juillet dernier, estiment des spécialistes de santé publique américains et de l?université de Bagdad, dans un article mis en ligne le 11 octobre par la revue médicale britannique The Lancet.

Ces chiffres témoignent de l?alarmante augmentation de la mortalité en Irak depuis le début du conflit. Ainsi, en octobre 2004, la même revue avait publié une étude qui recensait environ 100 000 morts civils liés à l?intervention américaine entre mars 2003 et septembre 2004. En l?espace de trois ans et demi, 2,5 % de la population irakienne aurait donc succombé pour des faits directement liés à la guerre.

Des entretiens avec les ménages

La méthodologie employée par ces chercheurs de l?École de santé publique américaine Johns-Hopkins-Bloomberg ne repose pas sur un décompte des corps enregistrés dans les morgues ou signalés dans les bilans officiels, mais sur des entretiens avec des ménages irakiens.

L?enquête se base sur des relevés établis en mai et juin par des chercheurs de Johns-Hopkins et de l?université Al-Moustansiriya de Bagdad auprès de 1849 foyers, soit près de 13 000 Irakiens, dans 47 localités à travers l?Irak. Les personnes de cet échantillon ont été questionnées sur les naissances, les décès et les déplacements ? selon une méthode déjà utilisée au Congo, au Kosovo et au Soudan, soulignent les auteurs de l?étude. Dans 92 % des cas, les décès signalés ont été confirmés par un certificat.

Le document rapporte par ailleurs que sur ces 655 000 morts (15 000 en moyenne par mois), environ 601 000 sont dus à des causes violentes, essentiellement des tirs (56 %) et des explosions de voitures piégées ; les autres décès sont liés à l?augmentation de certaines maladies (maladies cardiaques, cancers, maladies chroniques). Un tiers des morts seraient directement attribuables aux forces de la coalition dirigée par les États-Unis.

Depuis que la guerre a commencé, le taux de mortalité brut serait donc passé de 5,5 pour mille habitants par an, à 13,3. Une progression que les auteurs de l?article qualifient d?« urgence humanitaire » et fait du « conflit irakien l?un des plus meurtriers du xxie siècle ».

Une estimation quatre fois supérieure

Le président George W. Bush a néanmoins déclaré mercredi que l?hypothèse de 655 000 morts, victimes de la guerre, n?était pas « crédible ». Le gouvernement irakien a lui aussi démenti de tels chiffres, les qualifiant « d?exagérés ». Cette estimation, qui est quatre fois supérieure à celle publiée dans un rapport des Nations unies en septembre dernier, est donc loin de faire l?unanimité.

L?Iraq Body Count, un site Internet alimenté par des universitaires et des militants de la paix, avance un bilan de 43 850 à 48 700 civils tués depuis mars 2003. Pour expliquer cet écart, les coordinateurs de l?étude expliquent que celle-ci repose sur une enquête « active » auprès de la population, et non sur des « méthodes passives qui dépendent du recensement des corps ou mettent en colonnes des informations de presse sur des morts violentes ».

Les auteurs de l?étude sont aussi critiqués pour avoir décidé de publier l?article à quelques semaines des élections américaines de mi-mandat, qui auront lieu en novembre 2006. En 2004 déjà, le premier article sur le sujet était paru dans The Lancet quelques jours avant l?élection présidentielle ; une décision que les auteurs ? les mêmes ? avaient alors qualifiée de délibérée.

@ 2 006 Le Monde (Distribué par The New York Times Syndicate)

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