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Infrastructures : Le grand gaspillage

23 septembre 2006, 00:00

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Simplement époustouflant. Actuellement, le pays compte 155 projets de construction ou de réparation d?infrastructures publiques au coût de Rs 4,1 milliards. Peu de pays peuvent se targuer de voir sortir de terre des bâtiments publics aussi vite qu?à Maurice. Témoin : la construction par dizaines de collèges en temps record sous l?ancien régime afin de répondre à la demande d?admissions suite à la réforme de l?éducation.

Ou encore la construction de centres sociaux, jardin d?enfants, blocs d?appartements et piscines devant être inaugurés ou livrés juste avant les élections. Beaucoup de ces constructions n?ont pas pu respecter la date butoir et ont été complétées après les élections. Elles n?ont pas été inaugurées jusqu?ici. Exemple : le Leisure Park de Richelieu ou le centre social de Pailles.

Ainsi, l?utilisation (ou la non utilisation) faite de plusieurs infrastructures neuves, le surcoût de construction (jusqu?à Rs 100 millions plus cher après modification des cahiers de charges) ou des difficultés à faire aboutir les projets pour lesquels ces infrastructures ont été construites se comptent par dizaines. Un gaspillage énorme.

<B>Un éléphant blanc au coût de Rs 65 millions</B>

Les ministères qui avaient commandé ces bâtiments rejettent le tort sur le ministère des Infrastructures publiques. Ce dernier se défend et blâme à son tour les ministères concernés. «Ils ne savent pas ce qu?ils veulent. Ils nous demandent à plusieurs reprises de modifier les projets. Comment voulez-vous que les projets ne prennent pas du retard et ne coûtent pas plus cher», explique-t-on au ministère des Infrastructures publiques.

Les municipalités ont aussi leur éléphant blanc dans ce contexte, tel le marché de Cité Martial complété sous l?ancien régime au coût de Rs 65 millions et que personne ne veut inaugurer. En «raison d?un conflit entre deux groupes qui risque de déboucher sur des bagarres», selon le maire Reza Issack. état des lieux de ces gaspillages qui se chiffrent en termes de millions de roupies.

<B>Souillac : de Rs 158 m à Rs 225 m</B>

Un imposant bâtiment devant servir à la médecine high-tech. Telle aurait dû être la destinée du nouveau bloc de l?hôpital de Souillac qui a été inauguré avec tambours et trompettes à la veille des élections. Ce qui n?a pas empêché l?électorat de cette circonscription d?infliger une défaite de 3-0 au régime qui avait conçu le projet. Les électeurs avaient peut-être réalisé que ce bâtiment high-tech n?était en fait qu?un leurre. Le bâtiment a été inauguré à la veille des élections alors que l?ascenseur ne marchait pas, les équipements et les lumières n?avaient pas été installés, alors que les salles étaient mal conçues ? des urinoirs dans la salle réservée aux femmes par exemple ? et aucun équipement disponible pour les centres de cardiologie, de dialyse ou de la maternité. Avec les modifications qui doivent être apportées pour rendre ce nouveau bâtiment opératoire, l?état dépensera plus de Rs 100 millions. Et avec les restrictions budgétaires, ce n?est pas demain la veille que des sommités de la chirurgie viendront opérer dans cet hôpital high-tech qui n?est en fait qu?un hangar qui aurait dû coûter Rs 158 millions mais qui a coûté jusqu?ici Rs 225 millions.

<B>Gaspillage de plusieurs millions à Candos</B>

À Candos, les médecins s?occupant des malades qui ne seront pas hospitalisés («out-patients») travaillent dans des conditions exécrables dans un bâtiment exigu en pierre. Les salles sont séparées par des rideaux ou de fausses cloisons en contreplaqué. Ces départements sont très fréquentés par les hypertendus, diabétiques, cardiaques, cancéreux ou encore ceux atteints delupus. En 2002 la construction d?un autre bloc pour les soins aux «out-patients» a débuté.

La somme de Rs 161 millions a été nécessaire pour la construction d?un nouveau bâtiment que malades et médecins ont vu se compléter en 2005, au lieu de 2004 comme initialement prévu. Mais le bâtiment reste inutilisable et ne pourra être utilisé que vers le milieu de l?année prochaine, si tout va bien, et après que le gouvernement aura investi encore pluisieurs millions dans ce bâtiment.

«L?ancien gouvernement avait prévu l?«outpatient department» dans ce bâtiment et des bureaux à l?étage supérieur. Puis il est venu modifier pourdire qu?il lui faut les étages supérieurs pour un département de neurochirurgie alors que la construction était déjà en cours. Il a fallu modifier les plans et les cahiers des charges. La construction est devenue plus chère et plus longue», explique un haut responsable des Infrastructures publiques.

Initialement, le bâtiment allait coûter Rs 15 millions plus cher. La construction n?est pas entièrement terminée et un litige a surgi sur le prix entre le gouvernement et l?entrepreneur. Livraison l?année prochaine probablement après un investissement additionnel de Rs 100 millions. Avec la forte probabilité que les étages supérieurs prévus pour la neurochirurgie restent vides. L?état n?a pas les Rs 50 millions nécessaires pour mettre sur pied ce département.

<B>Haute tension à la «Cardiac Unit» </B>

Il y a des circonstances dans lesquelles la responsabilité de l?état n?est nullement engagée dans la saga des gaspillages et des retards dans la livraison des bâtiments construits au prix de plusieurs millions. Le nouveau bâtiment devant abriter le Centre de cardiologie de Candos en est un exemple. Dans cette affaire, l?état a joué de malchance. Le contrat alloué à la DWC en 2000 fut résilié. Après avoir investi plus de Rs 25 millions dans ce bâtiment, le gouvernement attend toujours la livraison. Un conflit entre l?entrepreneur principal et un «sous-contracteur» a bloqué les travaux de construction. En attendant, les cardiaques sont logés comme dans un poulailler dans l? «Intensive Care Unit» de ce département de cardiologie.

<B>Pas d?école pour les marins</B>

L?école de la marine, destinée à former les marins et les marins-pêcheurs du pays, a coûté plus de Rs 100 millions. Mais le bâtiment ne peut toujours pas être livré. Raison, les architectes du ministère des Infrastructures publiques ont mal calculé leur coup en ce qui concerne l?auditorium de cette école. «Quand on place micros et enceintes pour les cours et les conférences, on n?arrive pas à entendre ce qui se dit. Trop d?écho.» Le ministère revoit en ce moment toute l?acoustique de ce bâtiment qui dort toujours.

<B>Les pêcheurs de Mahébourg refroidis</B>

Quand le ministère de la Pêche construisit, il y a environ trois ans, le nouveau débarcadère du front de mer de Mahébourg, de l?espace est prévu pour une chambre froide qui est octroyé au ministère des Coopératives et à la Fédération des pêcheurs. Or, ces derniers ont évacué ce bâtiment qui reste vide. Le matériel qui s?y trouvait a été malmené. Un ventilateur de plafond avec ses lames tordues, un congélateur rouillant dans la cour ? Le spectacle risque d?être plus triste dans quelques mois. Les pêcheurs envisagent de boycotter ce débarcadère dont le ponton est gagné par la rouille.

<B>À qui ces appartements neufs ? </B>

Au lendemain des élections générales, des squatters prenaient possession des appartements NHDC de Cité La Cure. 120 appartements coûtant entre Rs 425 000 à Rs 500 000. Ils ont été évacués et les travaux complétés depuis longtemps. Mais aucun appartement n?a été livré. Et tout retard implique que l?argent investi tarde à rentrer dans les caisses. «Allocation in process», nous dit la NHDC alors que pour les appartements de Cottage, à trois quarts vides, on nous dit que «almost all units are allocated». Le retard dans l?octroi ou le refus des bénéficiaires d?occuper ces appartements représente non seulement un manque à gagner aux autorités, mais aussi des frais pourle gardiennage et une nuisance pour le voisinage dans la mesure que la végétationsauvage envahit très vite la cour et les environs.

<B>Enfantillage politique autour d?un jardin d?enfants</B>

« Ils ne veulent pas l?inaugurer maintenant parce qu?ils pensent qu?en laissant passer le temps, le public oubliera que c?est l?ancien gouvernement qui a créé ce ?Leisure Park?.» C?est l?opinion exprimée par Rajesh Bhagwan au sujet du jardin d?enfants construit à Richelieu et livré aux autorités aux lendemains des dernières élections générales. Il a coûté plus de Rs 10 millions et contient une piste synthétique pour les moins jeunes et les vieux. La NDU affirme que l?inauguration se fait attendre parce que tous les travaux ne sont pas complétés sur ce «Leisure Park». Faux disent les conseillers de la localité. En attendant, le temps fait son travail et les infrastructures se dégradent. Laisser passer le temps pour que le public oublie que les auteurs des projets sont des ministres de l?ancien gouvernement est apparemment une politique très utilisée par l?état, selon Rajesh Bhagwan qui parle de centres sociaux prêts et non inaugurés, à l?instar de celui de Pailles.

<B>Un marche de Rs 70 millions qui ne marche pas</B>

Environ Rs 70 millions. C?est ce qu?a coûté le marché de Cité Martial que personne ne veut aujourd?hui inaugurer. En fait, il a été livré à la municipalité de Port-Louis avant les dernières élections générales. Les habitants de la localité avaient alors poussé un ouf de soulagement. Ils allaient enfin être débarrassés de la foule et des marchands dits ambulants qui squattent ruelles et trottoirs ? vendant du prêt-à-porter, mais aussi des fruits, légumes, poissons et de la viande fraîche ? dans des conditions très insalubres. «L?ancien régime n?a pas voulu inaugurer ce marché en raison des problèmes qui allaient découler de l?octroi des étaux aux ambulants», affirme Reza Issack, le lord-maire de la capitale.

Il a depuis trouvé que ce marché nécessitait un grand parking qu?il y a fait construire et espère inaugurer ce marché après le ramadan. Mais rien n?est aussi sûr. «Il y a conflits entre deux groupes sur ce marché et il y a le risque de bagarres. Un groupe ne veut pas l?ouverture du marché alors qu?un autre veut le voir ouvrir», dit le maire. à en croire les dires de certains, la non-ouverture de ce marché profiterait à certains habitants que les ambulants importunaient dans le passé. «Ils sont aujourd?hui payés par ces marchands qui louent des morceaux de trottoir ou des pans de murs pour exposer leurs produits», nous explique Reza Issack.

Il parle aussi d?absence de logique dans la liste des bénéficiaires des étaux. On ne peut pas donner des étaux à plusieurs membres d?une même famille. Reste à savoir s?il parviendra à mater ceux qui s?opposent à l?ouverture et à l?inauguration de ce marché.

Reste aussi à savoir si les marchands préféreront les trottoirs et les pans de mur à ce marché au coût de Rs 70 millions.

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