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Industrie de la canne : L?heure de vérité
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Industrie de la canne : L?heure de vérité
L?industrie sucrière est confrontée à son destin dès cette année. Le prix de vente du sucre sur le marché européen baisse par 5 %. Ceci est la première tranche d?une réduction globale de 36 % étalée sur quatre ans entérinée par l?Union européenne (UE) il y a quelques mois. Cette perspective souligne l?urgence d?accélérer les efforts pour baisser les coûts de production. Elle met aussi les principaux acteurs face à leurs limites en ce qui concerne leur capacité financière à soutenir des réformes de fond.
Les échéances sont connues : 5 % de baisse cette année, 17 % en 2008 et 11 % en 2009. D?une manière générale, les producteurs, petits et grands, devraient pouvoir amortir la première tranche de baisse sans grande difficulté. Cela ne veut pas dire qu?ils peuvent se la couler douce. Cette année est celle d?une accélération des réformes qui permettraient d?envisager les quatre prochaines années et au-delà avec sérénité.
« Pas de partage au prorata de l?aide européenne »
La réforme consiste à baisser le coût de production du sucre et à diversifier les sources de revenus en optimisant l?exploitation d?autres dérivés comme l?alcool, l?électricité et les sucres spéciaux. La stratégie est déjà conçue mais sa réalisation bute contre de sérieuses contraintes financières.
Le dégraissage est un facteur important pour réduire le coût de production de la canne et du sucre. Il est aussi très coûteux. L?emploi dans ce secteur étant très protégé, l?industrie sucrière ne peut qu?encourager les salariés à partir volontairement en retraite. Elle doit pour cela payer le prix fort en termes d?indemnisations. Elle est autorisée à vendre des terres pour financer l?exercice. Mais le marché foncier s?est avéré peu rémunérateur.
L?industrie sucrière est sérieusement endettée. Ses dettes s?élèvent à quelque Rs 4 milliards. C?est dire que sa capacité d?emprunter sur le marché est assez compromise. D?autant que les investissements consentis pour baisser les coûts et améliorer la productivité (irrigation, épierrage, mécanisation, centralisation usinière) ne seront pas immédiatement rentables. En tout cas, pas durant les quatre ans sur lesquels s?échelonne la baisse de prix, programmée par l?UE.
Il est estimé que le remboursement des dettes et le paiement des intérêts contribuent à hauteur de quelque Rs 800 au coût de production d?une tonne de sucre. L?État aurait pu intervenir pour dégrever les dettes de l?industrie sucrière. Cela lui aurait permis de partir sur un nouveau pied. Cependant, cela risquerait de déstabiliser le marché financier local puisque les banques commerciales perdraient une source importante de revenus que sont les intérêts perçus sur ces dettes.
Toutes ces considérations mettent en évidence la nécessité de trouver des sources extérieures de financement. Les mesures d?accompagnement promises par l?UE pour aider ses partenaires du Sud à surmonter l?impact de la réduction de prix sont source d?espoir. Même si la première tranche de 40 millions d?euros (Rs 1.4 milliard) déboursée cette année a beaucoup déçu. On se console de savoir que l?UE a promis 190 millions d?euros pour la prochaine année financière.
La question se pose. Comment sera répartie cette aide entre la dizaine de pays producteurs de sucre du bloc Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) ? Maurice produit environ 40 % du sucre ACP écoulé sur le marché européen sous le Protocole sucre. Est-ce à dire qu?il aura droit à 16 millions d?euros (Rs 560 millions) ? Quel que soit le montant, quelle formule emploiera-t-on pour assurer une distribution équitable de cette aide entre petits et grands producteurs ? Ces questions ont tiraillé la communauté sucrière de l?île Maurice toute l?année dernière, dès lors qu?il est devenu évident que la baisse de prix est immuable et immédiate.
Le ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, a enfin une réponse à ces questions. « Il n?y aura pas de partage au prorata de l?aide européenne entre les pays ACP. Cela ne sera pas non plus le cas sur le plan local entre petits et grands planteurs. L?UE ne débourse pas les 40 millions d?euros upfront. Il faudra lui présenter des projets. Ce même schéma sera appliqué à Maurice », explique-t-il.
Maurice a été le premier à présenter un plan de réforme à la Commission européenne. Celui-ci fera l?objet de discussions approfondies lors d?une prochaine réunion des autorités mauriciennes avec la Commission. Cet exercice devrait également permettre de déterminer les modalités de déboursement. Dans la pratique, c?est le ministère des Finances qui va gérer l?aide européenne.
Le secteur corporatif s?est longtemps inquiété de la modalité de partage de l?aide européenne. La principale crainte était que le gouvernement ne cède à des stratégies politiciennes et consacre l?essentiel de l?aide aux petits planteurs. Certains dans ce milieu estiment que les gros planteurs devraient être davantage soutenus. Une espèce de récompense pour leur engagement éprouvé envers l?industrie de la canne.
Désormais tout le monde est fixé. Il faudra présenter des projets de restructuration, de modernisation et de diversification viables pour percevoir l?aide européenne. L?État représentera les intérêts des petits planteurs qui entre eux, produisent environ 40 % du sucre mauricien.
L?accès au financement sera conditionnel
La priorité est de regrouper les planteurs afin de pouvoir réaliser des économies d?échelle et professionnaliser l?exploitation de leurs cultures. De fait, l?accès au financement sera conditionnel. Le petit planteur devra obligatoirement adhérer au plan de l?État pour bénéficier gratuitement de services comme l?épierrage et l?installation de réseaux d?irrigation. La Farmers Service Corporation a démarré une campagne d?explication à l?intention des petits planteurs l?année dernière. Elle l?accélérera en vue d?obtenir l?adhésion des petits planteurs au plus vite.
L?aide européenne est loin d?être suffisante. La réforme qui permettrait à l?industrie sucrière de rester viable après une baisse de prix de 36 % coûte bien plus cher. L?État y met du sien. Le ministère des Finances a budgétisé environ Rs 300 millions pour soutenir les efforts de modernisation.
Alors qu?on se débrouille pour mobiliser tant bien que mal les ressources nécessaires pour sauver l?industrie sucrière, les lobbyistes poursuivent leurs actions pour préserver l?intégrité du Protocole sucre. Il est question de s?assurer que le sucre fait partie des produits sensibles, protégés contre une libéralisation totale du commerce agricole. Il s?agit également de veiller à ce que le Protocole sucre soit compatible avec les règles de l?Organisation mondiale du commerce. Les ambassadeurs de Maurice à Genève y travaillent.
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