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Incompréhensible

3 avril 2011, 00:00

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Vasant Bunwaree n’a pas passé le test du CPE, qui détermine la compétence de tout ministre de l’Education. Les deux dernières séances parlementaires ont donné à voir un autre personnage que celui qui annonçait courageusement, jusqu’à la fi n de l’année dernière, la refonte complète de l’examen. Il est venu, de la manière la plus inattendue qui soit, justifier son existence. Pragmatique et plein de bon sens hier, il se montre aujourd’hui lâche, déguisant, par une fausse victoire – la réduction à 31,5 % du taux d’échec – , son incompétence à réformer. Plus que 6 000 enfants dans le canal chaque année, réjouissons-nous…


Le plus terrible est que l’actualité nous fournit sans cesse des raisons, directes et indirectes, de remettre en question notre système éducatif. La première de ces raisons demeure, certes, le drame humain que représentent ces horizons bouchés par la pression et la compétition. Mais les raisons économiques et sociales prennent toute leur importance quand l’environnement devient de plus en plus fragile. Outre la nécessité d’optimiser nos ressources extrêmement limitées pour soutenir notre développement, c’est un fait que ce système élitiste ne correspond pas aux citoyens que demande la société de demain. Quelle est-elle ?

La société de demain appelle la débrouillardise, l’innovation, l’audace. Il nous faudra plus d’auto-entrepreneurs, d’esprits créatifs qui porteront la croissance, et moins de bureaucrates. Il nous faudra des ressources pleines d’imagination pour inventer un nouveau modèle de développement, l’actuel étant arrivé au bout de ses ressources. Il nous faudra des techniciens hautement qualifiés pour des industries appelées à devenir de plus en plus sophistiquées. Il nous faudra plus de personnes à même de « tracer » leurs chemins.

Cette société d’auto-entrepreneurs et de professionnels est d’autant plus nécessaire que la crise nous révèle la véritable nature de la protection sociale dirigée vers les plus vulnérables, elle doit pouvoir fournir un revenu de remplacement à ceux qui perdent leur emploi et les protéger ainsi de la pauvreté. Il n’est pas possible qu’elle soit universelle. Il faut qu’une plus grande partie d’entre nous se débrouille afin que les subsides et autres formes d’aide sociale soient réservés aux plus petits. Il faut que cette pression sur les dépenses publiques diminue.

Cet esprit d’audace et d’indépendance, le système éducatif actuel, hautement compétitif et oppressant, n’en favorise pas le développement. Son objectif doit être revu. « The focus of education must shift from knowing to thinking, from effi ciency to diversity, from fi tting people to specific jobs to equipping them for lifelong learning and creating their own opportunities. In the knowledge economy, an ability to draw on different disciplines will be at a premium. There will be no single formula in preparing our young for an innovation-driven and more globalised future. We will need many talents, nurtured and trained along different paths.» C’est en ces termes que le gouvernement singapourien a réorienté son école.

La société de demain appelle, d’autre part, la collaboration, le partage, la coopération. Or, nous développons chez nos enfants, d’autres attitudes. Il n’est pas fou de penser d’ailleurs que 25 années de ce type d’éducation ont durablement modifié nos réflexes. On entend de plus en plus de DRH déplorer la montée de la « génération CPE » qui porte, inconsciemment, une culture de la compétition malsaine. Sur le lieu de travail, l’esprit d’équipe est difficile à construire. Sur un plan sociétal plus large aussi, la culture de compétition ancrée dans nos relations peut représenter un danger. Non seulement parce que le besoin de gagner à tout prix peut engendrer de la malhonnêteté, mais parce que cette culture peut empêcher le pays d’avancer.

Voyons, par exemple, l’ouverture sur la région. La crise vers laquelle le monde s’achemine, nous oblige à nous demander dans quelle mesure une vraie stratégie agricole commune régionale garantirait notre sécurité alimentaire. L’agriculture à Maurice n’a pas évolué depuis 1980, disent les experts. Et en raison des moyens sophistiqués qu’il faut pour la moderniser et l’absence de stratégie nationale ambitieuse, elle a peu de chances de connaître des jours meilleurs. Depuis vingt ans que nous discutons coopération avec nos voisins, rien n’a été fait pour harmoniser nos stratégies de développement. Et depuis l’accord signé il y a deux mois, on n’a toujours pas vu d’actions concrètes.

Bien sûr, d’autres facteurs expliquent ce retard et cette distance. Mais si nous étions animés naturellement par un vrai sens de la collaboration, nos dirigeants auraient sauté sur l’occasion, poussés par la vie chère et forts des découvertes faites à La Réunion. Elle a développé, grâce à la France, une grande expertise dans les dernières méthodes d’agriculture et une batterie de centres de formation et de recherche. Mais elle n’a pas de terres. Nous en avons mais un tiers de nos planteurs ne sont pas formés et nous n’avons pas les moyens techniques et fi nanciers appropriés. La concession de 20 000 hectares du Mozambique, Maurice est incapable de la valoriser. Et ne cherche pas à la partager.

La mollesse de nos dirigeants, incapables de réformer un système éducatif si nuisible au développement de nos esprits, est difficile à comprendre. Nous serions tentés de leur retourner le brillant commentaire que le ministre Bunwaree a lâché récemment à l’Assemblée nationale : « Pour comprendre la presse, je la lis à l’envers. »

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