Publicité

Impatience autour de la réforme électorale

18 mai 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«J?ai rencontré Rama Sithanen mardi dernier et nous avons exchanged notes. Globale-ment, je crois que tout le monde est d?accord qu?il faut maintenir le système actuel tout en introduisant une dose de proportionnelle. Mais il a été aussi convenu entre Sithanen et moi que nous n?allons pas en discuter publiquement.

Je vais rencontrer le Premier ministre après le 20 mai. Je voudrais ajouter qu?à mon avis, il ne sera pas difficile d?arriver à un consensus. » Ces propos de Paul Bérenger, le leader de l?opposition, viennent rejoindre ceux tenus par Navin Ramgoolam, mardi dernier, au Parlement sur le fait qu?il allait s?engager dans des consultations avec les leaders politiques sur la réforme électorale.

Ramgoolam l?a rappelé lors de son allocution à l?occasion du 40e anniversaire de l?Indépendance : il veut faire aboutir la réforme électorale. Sa déclaration a donc été accueillie, dans un premier temps, comme le coup d?envoi des discussions. Mais avant même d?avoir commencé, elles s?enlisent.

Certes, les débuts ont été encourageants. Ramgoolam a d?abord dit souhaiter rencontrer le leader de l?opposition, Paul Bérenger, pour discuter de la réforme. Entre-temps, c?est Rama Sithanen, fraîchement promu docteur en sciences politiques et spécialiste de la réforme électorale, qui a été chargé d?entamer une première discussion avec Bérenger. Et il y a certaines convergences. Notamment sur le fait que le système actuel de First Past the Post (FPTP) ? soit le scrutin pluri-nominal à un tour ? soit utilisé pour élire le gros des députés à l?Assemblée nationale.

Toutefois, si son maintien n?est nullement contesté, ce sont les conséquences des résultats des consultations populaires qui ont engendré des dysfonctionnements dans ce système qui interpellent la classe politique. Ainsi aux élections de 1982, l?alliance électorale d?alors entre le MMM et le PSM, donnait les premiers 60-0 de l?histoire politique. « Si ce système ne mettait pas en place le parti unique comme il en existait dans certains pays aux régimes dictatoriaux, il permettait toutefois à une alliance de rafler tous les sièges. Et c?est là où se situent les limites et les failles de ce système, car il est dangereux pour la démocratie et ne permet pas d?avoir une opposition. En outre, les dysfonctionnements du FPTP se sont vérifiées aux élections de 1991 et de 1995 », déclare un éminent juriste qui estime qu?il faut corriger les imperfections de ce système. D?où l?intérêt et l?urgence de l?introduction d?une dose de proportionnelle dans le système.

Là encore, si tous les partis reconnaissent l?urgence de corriger le système de FPTP - en s?alignant sur le rapport Albie Sachs qui propose une dose de proportionnelle - c?est sur le seuil de représentativité de 5 ou de 10 % que les débats seront engagés lors de la table ronde suggérée par le Premier ministre. Le seuil de 10 % semble recueillir les suffrages des trois grandes formations politiques. Mas c?est au niveau des petites formations que la question risque de faire débat.

« Ne pas brusquer les choses »

Le MSM émet toutefois quelques réserves globales sur la dose de représentation proportionnelle à adopter en se basant sur le cas de Rodrigues et de la majorité instable de son Assemblée régionale. « Nous ne voulons pas que le même scénario se répète à Maurice. Le seuil de 10 % d?élus à la proportionnelle est acceptable. En revanche, nous ne sommes pas sur la même longueur d?onde par rapport à la formule de calcul qui pourrait être proposée. »

Toutefois, une divergence profonde menace plus que jamais de stopper net le processus de consultation. Laquelle ?

La place à accorder au Best Loser System (BLS) dans le nouveau système électoral. Le MSM et le MMM veulent son maintien. Alors que la proposition de Ramgoolam sur le fait que la loi électorale ne reconnaisse qu?une seule catégorie d?électeurs ? le Mauricien ? signifierait la fin du BLS.

Mais au sein du gouvernement, qui comprend le PTr et ses alliés, notamment le PMXD de Xavier Duval, le MR de Rama Valayden, et le MSD d?Anil Bachoo, on ne semble pas très partant à l?idée d?abolir le Best Loser System. « Je pense qu?il ne faut pas brusquer les choses car nous vivons dans un pays multiracial et il est très important de s?assurer que les minorités sont représentées », souligne un apparatchik du PMXD.

Un positionnement que l?on partage largement chez les frères ennemis du PMSD. Ainsi, Maurice Allet, le leader de ce parti, se prononce pour le maintien du BLS en attendant qu?une formule protégeant adéquatement les minorités du pays soit trouvée. « Je ne voudrais pas passer pour un passéiste, mais je pense qu?il ne faut pas bousculer les choses. Ce pays est trop fragile pour qu?on élimine ce système maintenant », soutient Maurice Allet.

Et de rappeler qu?après les élections générales de 1982, alors que les urnes donnaient la majorité absolue à l?Alliance MMM-PSM, il a fallu la ténacité de sir Gaëtan Duval pour qu?une opposition soit constituée au Parlement à la suite du jugement de la Cour suprême. « Sans cette intervention de Gaëtan Duval, le pays n?aurait pas eu une opposition, si diminuée soit elle. »

Pour rappel, ce sont les députés Gaëtan Duval, Nicol François, Michael Glover et Marie-France Roussety qui faisaient leur entrée au Parlement. Et ce, sur la base de la représentation ethnique qui est l?un des éléments du BLS. Au sein du MSM, si on reconnaît que le BLS « a fait son temps », on estime toutefois qu?il faut le maintenir jusqu?à nouvel ordre.

Un apparatchik orange suggère « que la moitié des sièges soit pourvue selon la méthode Sachs afin de ne pas déstabiliser la majorité issue des urnes selon le FPTP. Et l?autre moitié selon la méthode de la représentation proportionnelle telle qu?elle est appliquée en Hongrie. » Cela permettrait, selon ce dirigeant orange, de maintenir la majorité dans son intégralité et d?assurer cet équilibre à la suite de la représentation proportionnelle. Et le BLS reviendrait à la fin de l?exercice.

« Le temps est propice »

Pour un ministre rouge : « Le temps est propice, car il n?y a pas de consultations populaires en vue. Cette réforme est un must. On a le temps et le mood est favorable à cette réforme, donc il faut y mettre du sien. Je suis optimiste. » Les partis scrutent désormais l?attitude du Premier ministre. Sithanen, est certes expert dans le domaine, mais il est actuellement pris par la préparation du budget 2008-2009. Chacun épie donc les attitudes et les déclarations de Ramgoolam à ce sujet.

Avec impatience, tous attendent le coup d?envoi des discussions annoncées en mai par Ramgoolam. Mais la question revient souvent. Ramgoolam échaudé par les divergences, notamment sur le maintien du BLS, consentira-t-il à livrer une longue bataille en vue d?obtenir un consensus autour de la réforme ? Ou se contentera-t-il d?émuler ses prédécesseurs ? En laissant à un autre Premier ministre le soin de moderniser un système électoral que tout le monde s?accorde à qualifier de désuet?

Publicité