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Impatience
<B>Par Stéphane SAMINADEN</B>
Les observateurs attentifs et les lecteurs habitués des analyses économiques de la Mauritius Commercial Bank (MCB) auront sans doute noté un changement de ton significatif. La dernière édition du ?Economic Outlook? de la banque, nous éloigne beaucoup de l?analyse froide et clinique à laquelle elle nous avait habitués. Malgré l?obsession maladive des analystes de la MCB d?éviter à tout prix la formule qui pourrait irriter l?hôtel du gouvernement, on sent bien que la MCB et tout ce qu?elle représente ont changé de registre. La première banque du pays est de par la composition de son conseil d?administration et de par sa position dominante dans le ?corporate banking? représentative du secteur privé local.
Alors, lorsque la MCB témoigne dans sa dernière analyse d?une certaine impatience, cela veut dire beaucoup. Sous la plume de son ?chief economist?, Gilbert Gnany, la MCB déplore que les mesures annoncées par Rama Sithanen en août 2005 n?aient pas encore été concrétisées. La MCB estime avec raison que la nouvelle stratégie dessinée par le ministre des Finances pour une multiplication des pôles d?activités économiques est la bonne. Cela fait d?ailleurs des années que l?idée a été émise que Maurice ne pourra plus se contenter des locomotives historiques ? sucre, textile, tourisme ? pour tirer la croissance.
Mais la MCB met le doigt sur les conditions essentielles pour l?éclosion des nouveaux secteurs : la révision du système pour l?approbation des projets d?investissement et une refonte du cadre du travail.
Plus que les prévisions concernant la croissance du produit intérieur brut, la réelle actualité de l??Economic Outlook? de la MCB réside dans le fait que la première banque du pays s?avance à suggérer des politiques économiques que le gouvernement devrait adopter. Cela va de la révision du système de pension à la remise en cause, entre les lignes, du concept de l?Etat providence. MCB et Fonds monétaire international, même combat, est-on tenté de dire pour faire court.
À côté de cela, on a assisté en ce début de semaine à une autre première. Le Joint Economic Council (JEC), d?habitude respectueux des règles de bon voisinage avec l?hôtel du gouvernement, a réservé à la presse la primeur de ses réflexions sur l?agenda économique qu?il soutient. Messieurs Raj Makoond et Ariff Currimjee ont avoué que leur point de vue sera communiqué au gouvernement ultérieurement.
Quel changement ! Pour l?essentiel, le discours du JEC s?inscrit dans la continuité et le bon sens qu?est l?ouverture de l?économie. Mais reste à savoir si tous les membres du JEC et des autres associations patronales sont sur la même longueur d?onde. Nous pensons ici, entre autres, à l?Association of Mauritian Manufacturers.
Il est vrai que le présent gouvernement a été très prompt sur certains dossiers. Le ?Fast Track Committee? présidé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam lui-même donne des résultats si on en juge par la multiplication des projets ?Integrated Resort Scheme? approuvés. Mais le sentiment d?impatience qui transpire du ?Economic Outlook? de la MCB reste évident surtout lorsqu?elle déclare qu?il faut instiller un sentiment d?urgence sur le plan économique.
La récente réapparition de Rama Sithanen dans le débat a donné quelques espoirs. Il a donné un sens de direction. Il nous a dit où on allait mais il n?a pas encore dit comment y arriver. C?est là où on l?attend le plus. Le JEC estime qu?il faudra attendre le prochain exercice budgétaire pour connaître les détails opérationnels du plan. Le prochain budget est prévu pour juin.
Dans quatre mois, soit près d?un an après l?élection du nouveau gouvernement. Un an ce n?est peut-être pas beaucoup pour un gouvernement nouvellement élu. Mais c?est une éternité dans le monde économique actuel où des contrats d?achats dans le textile-habillement se négocient à travers des enchères en temps réel sur Internet. Impatience.
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