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Imbécillités insondables

20 mars 2004, 20:00

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La publication du baromètre politique de Synthèses dans « l?express-dimanche » a provoqué quelques réactions imbéciles et tordues. Que des politiciens bornés brisent le miroir qui leur renvoie l?image qu?ils ne veulent pas voir, passe encore ! Mais à cette cohorte d?aboyeurs frustrés se sont agglutinés des guetteurs inattendus dont on aurait pu penser qu?ils seraient plus avisés. Mais on les voit qui enferment dans la même déconsidération les spécialistes de Synthèses et « l?express », son client. Nous devrions les ignorer. Si nous réagissons, c?est pour ne pas prendre le risque qu?un seul lecteur ne se laisse abuser par ces contrefacteurs de la vérité. La vérité, on le sait, est une brutale clarté.

Le baromètre politique est une formule qui existe depuis des décennies dans toutes les démocraties. Tous les grands journaux du monde publient régulièrement les résultats de ces enquêtes. Elles sont une mesure des rapports de force politique dans une circonstance donnée. Les analystes expérimentés savent cependant que ce qui importe dans ces sondages d?opinion, c?est la tendance longue. C?est la raison pour laquelle les baromètres sont faits à intervalles réguliers.

Fidèle à son souci de vérité et de rigueur, « l?express» ? au prix d?investissements considérables, les enquêtes d?opinion menées par des spécialistes étant coûteuses ? a, à partir de 1996, sollicité un institut de sondage pour conduire de pareilles enquêtes politiques à Maurice. Taylor-Nelson Sofres a ainsi réalisé 13 baromètres politiques qui ont été publiés dans nos colonnes de 1996 à 2000. Pour des raisons qu?il ne nous appartient pas de juger, Taylor-Nelson Sofres, qui avait fait un rigoureux travail, a choisi par la suite de se désengager. Nous avons été vexés mais nous nous sommes résignés à discontinuer la publication de sondages, faute d?alternative professionnelle à Sofres.

La disparition regrettable des baromètres exclusifs Sofres- « l?express » coïncidant plus ou moins avec l?élection du nouveau gouvernement MSM-MMM, il n?en a pas fallu davantage pour que l?opposition travailliste y voie une intention cachée. Les dirigeants du Labour avaient alors accusé « l?express » d?éliminer les baromètres politiques pour ne pas gêner les nouveaux maîtres de l?hôtel du gouvernement. Cette campagne malveillante avait forcé « l?express » à une mise au point pour rappeler que les baromètres avaient disparu parce qu?il n?y avait plus de sondeurs.

La situation a changé depuis l?installation d?une filiale de Synthèses à Maurice. Cet institut de sondage connu l?est en particulier des partis politiques, y compris des travaillistes, qui ont déjà eu recours à ses services ? aux bons soins de RSCG. Les dirigeants politiques qui ont fait confiance à Synthèses en 1995 et 2000 savent que son travail est fiable. Nous le savons aussi. C?est ce qui nous a incités à confier à ces professionnels qui labourent le terrain mauricien depuis plus de quinze ans à poursuivre le travail précédemment confié à Sofres. Outre le baromètre politique, La Sentinelle Ltd a d?ailleurs confié à Synthèses plusieurs études de marché pour ses besoins internes, preuve supplémentaire, s?il en faut, de notre confiance dans le professionnalisme du sondeur.

Ce contexte expliqué, il demeure que les résultats de ce deuxième baromètre de Synthèses ont surpris beaucoup de gens. L?éditorialiste de « l?express-dimanche » est un de ceux-là. Si nous ne sommes pas étonnés du rapport des forces des partis, nous sommes plutôt décontenancés par le fort indice de satisfaction que recueille le Premier ministre. Paul Bérenger lui-même doit être bouleversé par ce résultat, lui qui croyait que les éditorialistes et les caricaturistes avaient ruiné ce qui lui restait encore de réputation. Etrange réaction de l?opinion en effet. Bérenger par défaut ? Est-ce une appréciation de l?hyperactivité du Premier ministre ? Est-ce l?expression d?une maturité politique qui fait que les électeurs mesurent mieux qu?on ne le croit la complexité et les difficultés de la conjoncture ? Les chiffres de Synthèses, en tout cas, interpellent.

Il y a d?autres résultats qui peuvent rendre légitimement perplexe tout observateur de la scène politique. J?ai du mal à expliquer, en analysant les chiffres de préférence entre les alliances, comment l?alliance gouvernementale fait mieux que l?opposition dans le Nord par exemple. Synthèses y enregistre 38,4 % de satisfaction en faveur de l?alliance MSM-MMM contre 26,4 % à l?opposition, alors qu?elle vient de perdre platement une partielle législative dans la région. Mais le sondeur relativise ce résultat. On peut de même s?étonner de l?excellent score que réalise la majorité dans des milieux que l?on sait traditionnellement acquis au parti travailliste.

Comment, par ailleurs, ne pas tiquer en découvrant que Paul Bérenger est accueilli chaleureusement par tous les milieux, avec un déconcertant 69 % de satisfaction dans l?électorat hindou ? Tout dans le climat pourri de ces dernières semaines pouvait laisser penser que les replis identitaires gagnaient en intensité. La performance de Paul Bérenger, dans ces circonstances, est déroutante. Elle a de quoi déstabiliser Navin Ramgoolam et ces thuriféraires qui considèrent naturellement que cela ne peut pas être possible. C?est pourtant ce qu?a enregistré Synthèses, et à moins de croire à une manipulation planifiée du sondeur et de « l?express », comme le suggèrent certains politiciens et leurs pitoyables porte-voix, il faut reconnaître que l?alliance gouvernementale est plutôt bien notée ; elle est désormais revigorée et ressoudée malgré la performance médiocre prévisible et peut-être conjoncturelle du MSM. Quant aux travaillistes, ils ont oublié de noter que leur parti, en un an, a progressé de manière significative (+ 6 %).

Il n?est pas interdit cependant de s?interroger sur la méthodologie du sondeur, sur l?échantillonnage, sur les intervalles de confiance, sur la marge d?erreur et, surtout, sur le fait relativement nouveau à Maurice du sondage par téléphone. Sur ces questions techniques, Synthèses, qui en est à son deuxième baromètre, s?est déjà expliqué. La méthode utilisée est archiconnue ; elle est utilisée par quasiment tous les instituts de sondage et s?est révélée très fiable, malgré une marge d?erreur variable selon la taille de l?échantillon, que les sondeurs eux-mêmes admettent. Dans les documents techniques qui accompagnent les résultats, Synthèses situe la marge d?erreur maximale (dans le cas d?une réponse à 50 % - 50 %) à seulement 4 %, pour un échantillon représentatif de 601 Mauriciens âgés de 18 ans et plus.

Ce qui est vraiment nouveau à Maurice, c?est le choix du téléphone au lieu du face-à-face traditionnel. Ce choix est celui d?un nombre de plus en plus grand de sondeurs dans le monde. Ils estiment que l?utilisation du téléphone et de l?informatique, doublée de la méthode classique de détermination des quotas, confère à l?exercice une fiabilité plus grande en termes de représentativité et surtout de sincérité de l?information recueillie compte tenu des conditions d?anonymat. Le taux d?équipement téléphonique à Maurice, proche de celui des pays développés, est suffisant, estime Synthèses, pour garantir la fiabilité des enquêtes. L?avenir le prouvera.

Il en est ainsi souvent à Maurice. Au lieu de débattre du fond du message délivré, l?on débat des motivations que l?on prête au messager. C?est ce que fait une certaine presse travailliste.

Pas étonnant que les Mauriciens disent beaucoup aimer Ramgoolam (62 %)? mais dans l?opposition !

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