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Ils sont partis nos exilés volontaires

12 novembre 2007, 20:00

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Au début de novembre 1982, le sorbonnard Jean Georges Prosper, lui-même aujourd?hui exilé volontaire et installé sur le sol gaulois, dresse la liste, pas forcément triste mais ni réjouissante, de nos hommes et femmes de Lettres, ayant choisi la voie, pas toujours glorieuse, de l?exil volontaire sous d?autres cieux, en espérant y trouver, sinon des lauriers plus verts que ceux qu?on leur refuse ici, mais du moins une plus grande reconnaissance, si possible mieux rémunérée. Il y a ceux qui partent et ceux qui restent après avoir choisi l?exil volontaire sur leur île natale, craignant comme la peste tout risque de déracinement irrémédiable. Ils sont ceux qui professent qu?une année passée, hors de la terre des ancêtres, est une année perdue à jamais, une année disparue et qui ne nous reviendra jamais à l?esprit, pour avoir été vécue ailleurs, et, de ce fait, ne comptant pas. Les espoirs rêvés ailleurs, même littéraires, ne peuvent se partager ici.

Le «martyrologe» littéraire de Jean Georges Prosper commence avec Loys Masson, résistant dans l?âme, qui débarque en France, à 24 ans, au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale. Des maisons d?édition aussi prestigieuses que Gallimard, Laffont, Seghers, publieront ses ?uvres. Ferait-il partie de la célèbre collection «Poètes d?Aujourd?hui» s?il était demeuré l?employé de la Mauritius Commercial Bank qu?il est avant son départ ? Son frère, Hervé, peintre et spécialiste de l?ésotérisme, suit ses traces. Le Parti travailliste en quête d?un conseiller artistique indépendantiste, le fait venir à Maurice. Il repart à Paris parce qu?il ne peut pas y avoir deux... blancs au sein du MMM. Leurs frères, André et Lucien, doivent revenir à Maurice. Et pour eux revenir, c?est mourir un peu et même beaucoup. Alix d?Unienville est la première Mauricienne à recevoir la Croix de Guerre avec palme, la Légion d?honneur, le MBE. En France, ses romans connaissent succès sur succès. Celui de 1976, «Trésor de Dieu» évoque Maurice.

Félix Laventure est autant connu pour sa carrière littéraire et même poétique que politique, ministérielle, juridique, législative, municipale et même mairale. En 1964, il s?installe au Canada. Il y rejoint le poète Lewis Martial Cheong Ton.

Villiers de Casanove choisit l?Australie comme terre d?exil et d?accueil. Cet ancien fonctionnaire publie, en 1931, un recueil de poèmes, intitulé Le C?ur inquiet, et un autre, en 1971, mais toujours à compte d?auteur, Poèmes épars (et non Poe aime et pars, comme l?insinuent certains esprits mesquins). S?y trouve également Pierre Georges Télescourt, excellent professeur d?anglais et de français, haut fonctionnaire au ministère de l?Education, «humaniste doublé d?un poète au grand c?ur ». Avant son départ, il confie à son ami et ancien élève, Jean Georges Prosper, un manuscrit de poèmes inédit à publier, s?il s?en trouve, à Maurice, un éditeur ou un mécène que cela intéresse. Pourquoi pas à la rigueur quelques anciens élèves ou collègues ? Il serait miraculeux qu?un tel appel soit, quelque part, entendu et pris en considération. Mais passons... Désert culturel, nous sommes et Sahara littéraire nous demeurons et resterons. Willy Ferry meurt en Australie, emportant dans sa tombe son secret. Il a trouvé le moyen de faire éditer son livre : Il n?y a plus de secrets. Faux. Demeure celui de se faire éditer mais pas à compte d?auteur. Faut dire que la spécialité journalistique de Ferry concerne les faits divers surnaturels, plus proches de l?ésotérisme ou de la sorcellerie que de l?investigation et de l?exploration des corbeilles à papiers confidentiels. Autre journaliste et autre émigré australien : Serge Adam, le co-fondateur de Week-End. L?y accompagnent le ténor Henri Wilden et le poète enseignant Raymond Goder. Jean Georges Prosper soutient que les poèmes en vers et en prose, des années 1960, de celui-ci sont « des plus remarquables». Avis donc à qui rêve d?une anthologie poétique mauricienne de 1940 à nos jours.

Arnold de La Roche, également enseignant et poète, choisit la France après y avoir combattu dans les Forces Françaises Libres et s?y être comblé de décorations militaires. Son recueil de poésies, Voilures, publiée en 1956, demeure inconnu à la plupart de ses compatriotes. L?ancien député de Curepipe-Midlands de 1959 à 1963, et ancien proviseur du Lycée Léoville-L?Homme, Esaïe David, s?installe à Montpellier.

Jean Georges Prosper parle encore des deux Marie Thérèse (Sidonie et Humbert), de Denise C. Grant, de Kenneth Nathaniel, installé à Londres tout comme Cyril P. Daurat, Karl Noël, Jean Urutty, dont les Editions Vizavi de Pascale Sew, viennent de rééditer son Charles Baudelaire aux Mascareignes. Encore un mot sur Camille de Rauville, Jean Claude d?Avoine, Joseph Tsang Mang Kin, Raymond Chasle, Jean Baptiste Mootoosamy, avant de parler de Jean Fanchette et rappeler qu?Edouard Maunick obtient le Prix Apollinaire, le Goncourt de la Poésie. Mais qui s?en soucie ? Une chose est certaine : Jean Georges Prosper n?est plus à Maurice mais s?il peut tendre une perche à un frère de Lettres, resté au pays natal, il le fera de grand c?ur.

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