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Ils ne bougent pas fixe

21 mai 2005, 00:00

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Difficile d?y échapper. Des affiches généreusement placardées dans le c?ur de Port-Louis, proclament noir sur blanc la «victoire». Celle de la Street Vendors Association (SVA), programmée pour demain.

Il n?y a pas plus heureux que Hydar Ryman, président de l?association. Sa voix couvre sans peine le brouhaha de l?heure de pointe, à l?avenue John Kennedy. À midi, les bureaux déversent des flots d?humains dans les échoppes de fortune qui squattent les trottoirs. Une frénésie d?achat s?empare de ces cerveaux calfeutrés dans des espaces climatisés, souvent derrière un ordinateur.

Hydar lui n?a pas le temps de philosopher. Le Hawkers? Palace c?est l?aboutissement de dix ans de lutte. Faute de trouver un emploi après ses études tertiaires en management, Hydar, aîné de neuf enfants, se résout à arpenter les rues, car ses parents peinent à joindre les deux bouts du côté de la Plaine-Verte. Il ne compte plus les fois où la police a saisi sa camelote. Ce qui n?a fait qu?intensifier sa détermination. «Se enn gran rev ki pe vinn vre», lance-t-il. «Nous allons retrouver notre dignité perdue, nous aurons le respect du public.»

Quelques mètres plus loin, le ton est nettement plus prudent. Vautré sur sa chaise pour enfant, Edmond Solamalay lève à peine les yeux de ses t-shirts bariolés accrochés à une corde à linge. Marchand ambulant depuis cinq ans, cela fait tout de même trois ans qu?il s?est fixé du côté de Cassam Lane.

Coincé sur le bitume, entre les murs de deux bâtiments à étages, il a le ton des gens qui ont souffert. Edmond Solamalay prend son temps avant de répondre. «Travail lor semin finn sanze.» Lui a traîné ses semelles d?ambulant du côté de la rue l?église et de la rue Royale. Formé à l?école de la rue, il est catégorique. «Clian ena moins kas.» Edmond se gratte la tête. Hawkers?

Palace ? L?ombre d?un sourire passe sur ce visage où le nez est luisant de sueur. Sa préoccupation majeure : le loyer des échoppes du nouvel emplacement qui doit sortir de terre après 18 mois de travaux, à la rue La Poudrière.

Nous avançons le chiffre qui circule dans les milieux autorisés : Rs 2 000 pour la location mensuelle et Rs 500 pour les charges. Les sourcils d?Edmond se froncent. «Sa pri la so.» L?idéal pour lui serait un loyer de Rs 1 000 à Rs 1 500. «Au début, il y aura moins de travail. Il faudra que les gens s?habituent.»

En face de lui, Marie acquiesce. Avec sa s?ur Claudia, elle ne cache pas son enthousiasme quant aux implications de la cérémonie protocolaire prévue pour demain. Première raison de se réjouir : la sécurité. «Kouma lapli tombe bizin ramase. Boukou linz gate.» Le rythme de la pluie fine qui tambourine sur le carré de voile qui sert de toit à l?échoppe le prouve. Encore quelques minutes et il s?alourdira jusqu?à atteindre le point de rupture. Pulls en laine, petits hauts affriolants et jupettes exquises seront rongés par l?humidité.

Entre deux clientes qui demandent avec insistance le prix des derniers ensembles à la mode, Claudia livre des bribes de son quotidien de mère de famille du côté du débarcadère à Pointe-aux-Sables. Réveil à 5 heures du matin. Les corvées ménagères évacuées, Claudia entame le rituel quotidien du déballage de la marchandise. Le commerce, elle ne connaît que cela. Ses parents étaient boutiquiers à cité La Cure. C?est Marie qui l?a entraînée. «Mo finn vinn marsan kan mo finn marie.» Il y a de cela cinq ans.

Les clientes «minantes», Claudia et Marie ont appris à les gérer. «Parce que nous sommes dans la rue, elles font comme si nous n?avions pas de valeur. Les vêtements en ont, mais pas nous. Nous sommes mal vues. Certaines personnes abusent du fait qu?elles peuvent échanger les articles. Il y en a qui reviennent dix fois de suite.» C?est pour cela que les mots Hawkers? Palace leur mettent du baume au c?ur.

Au fil des ans, les ambulants ont su forcer, puis envahir, le paysage de la capitale. Une présence qui ne passe jamais inaperçue. À la fin de la journée, leur passage se signale à coups de montagnes de boites en cartons vides et de kilomètres de sacs en plastique. Leurs installations de fortune ? quatre bouts de ficelle, de la voile et des tuyaux - ont donné des allures de souk à plusieurs rues de Port-Louis. Images de relative misère et de désorganisation aussi. Si bien que du côté de la gare Victoria, des feuilles de tôles vertes abritent les marchands de la vue des passants.

Il faut pourtant le reconnaître. Si les étals encombrent les trottoirs, forçant les piétons à s?aventurer sur la chaussée, la marchandise est souvent variée et alléchante, surtout question prix. Ce qui fait enrager les propriétaires de magasins.

<B>Hawkers? Palace : des trottoirs au palais</B>

Cette nouvelle adresse sera sise à la rue de La Poudrière. Ce projet a été conçu en 2003, et il est chapeauté par la DBM Properties Development Ltd, société regroupant la municipalité de Port-Louis et la Banque de développement. Le contrat pour la construction du ?Hawkers? Palace? a été alloué à Gamma Civic pour la somme de Rs 536 millions.

Les plans ont été dessinés par le cabinet d?architectes Lam Po Tang & Siew. L?immeuble comprendra 16 étages et abritera plus d?un millier d?échoppes. Ces emplacements occuperont les trois premiers étages. Le reste sera transformé en espace de bureaux. Deux ?Food Courts? y seront également aménagés. Les travaux seront échelonnés sur 18 mois. Les plans incluent des facilités de parking souterrain, à la fois pour les visiteurs et pour la livraison des marchandises.

De son côté, la Street Vendors Association regroupe 640 membres travaillant dans onze zones. Ce sont la gare Victoria, les rues Barkly, Monneron, Célicourt Anthelme, Jean Lebrun, Dr Ferrière, La Poudrière, Rémy Ollier, Léoville L?Homme et Farquhar.

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