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Illusion dorée?
<B>Par Robert D?ARGENT</B>
La quête, les épreuves, la victoire et la défaite font partie des idées archétypes qui de tout temps ont accompagné la marche en avant de l?humanité, lui insufflant cette part d?idéal sans lequel la vie se résumerait au cycle restreint de l?habitude, à ces appels-réponses enfermés dans la « machinalité », où tout est prédéfini et où il n?y a qu?à poursuivre une sorte de mythe de Sisyphe, sans fin, sans joie.
Qu?est-ce qui captive tant dans les démonstrations auxquelles donne lieu le sport pour que deux semaines durant une grande partie de l?humanité soit restée suspendue aux nouvelles provenant pour une fois librement de Pékin ? Beauté du geste, maîtrise technique, recherche artistique, recul des limites, tant physiques que financières, capacité à faire fi de la fatigue, de la souffrance, à relever défi sur défi inlassablement, envie incoercible d?être le premier, le meilleur ? Un peu de tout ça assurément.
Les 29es Jeux Olympiques, les Jeux de Pékin, prennent fin aujourd?hui. Les 9.69 et les 19.30 d?Usain Bolt, les huit médailles d?or de Michael Phelps, le triplé jamaïcain au 100 m féminin, le podium inimaginable de Bruno Julie ont fait rêver ici autant qu?ailleurs.
C?est un rêve qui cependant coûte cher. Des millions y ont été engloutis et à ce prix le seul souhait que nous puissions formuler est que cela serve à quelque chose, contribue véritablement à l?amélioration de la qualité de la vie en ce début de vingt et unième siècle en levant l?étendard de l?unité du genre humain.
En tissant la grande chaîne de la fraternité. En tendant vers l?excellence pour le bien-être de tous et non pas pour une poignée de privilégiés.
Autrement, toute cette débauche de moyens, d?énergie, d?efforts n?aura été qu?une belle illusion de plus, trahissant l?infantilisme des foules, interrogeant par là même la maturité véritable de ces hommes et femmes qui avancent avec un numéro sur le dos. Sont-ils vraiment adultes ?
Bruno Julie, paradoxalement, a placé le sport mauricien sur la carte du monde à un moment où l?absence de vision, l?absence d?un projet sportif et social digne de ce nom font de lui une sorte d?exception située à l?autre extrémité.
Puisse-t-il contribuer à réveiller « le ministre au bureau dormant ». Puisse-t-il aussi obtenir de l?Etat une reconnaissance qui ne soit pas verbale uniquement puisqu?en quatre combats il a fait plus pour la construction de la nation mauricienne et la promotion de son pays à l?étranger que tous les discours artificieux auxquels nous sommes habitués.
Si la réponse à ces attentes devait être malheureusement non, nous serions réduits alors à nous contenter de la coprolalie générale.
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