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Il y a 175 ans mourait le gouverneur Farquhar (IIe partie)

28 mars 2005, 00:00

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La précédente chronique rendait hommage à Robert Townsend Farquhar. Il meurt au moment où sa chère île Maurice entre dans une des décennies les plus importantes de son histoire. Il est utile de dresser à nouveau le décor de cette île Maurice des années 1830 et de faire défiler les principaux acteurs de cette période de transition. Il y a d?abord une nouvelle catégorie d?habitants, appelés à dominer économiquement et politiquement le reste de la population.

Leur suprématie ne tardera guère à se manifester. Ce sont les premiers propriétaires et barons de sucreries. Tout de même, quelques Anglais apportent avec eux, outre un investissement étranger, une maîtrise poussée des nouvelles technologies sucrières et une connaissance intime du marché sucrier londonien et des secrets de son fonctionnement.

Ils rassurent ce marché quelque peu effrayé par les bruits hostiles à l?ancienne Isle de France que colportent les lobbies abolitionnistes à Londres et qu?a vivement combattu Farquhar. Ces sucriers anglais, implantés à Maurice, savent que l?esclavagisme ne tardera guère à disparaître et que l?industrie sucrière mauricienne, promise au plus bel avenir, sera sous peu à court de main-d??uvre. Ils ont aussi l?avantage de connaître l?Inde et ses habitants et savent pouvoir y trouver à meilleur compte des travailleurs agricoles plus productifs, pour donner au sucre ?made in Mauritius? un plus bel essor.

Il s?agit de la corporation des anciens colons français qui éprouvent la plus vive reconnaissance à l?égard de Farquhar, ce premier gouverneur anglais si compréhensif, si accommodant, si diplomate et surtout n?hésitant pas à déplaire à ses subalternes anglais pour conforter la sympathie des Franco-Mauriciens. Ces derniers ne sont pourtant pas commodes. La période révolutionnaire leur a appris les valeurs de l?indiscipline et de la défense acharnée de leurs intérêts. A leur tête, Adrien d?Epinay mais aussi le colonel Draper, celui qui a eu la riche idée de créer, en 1812, le Mauritius Turf Club, pour transformer en hippodrome notre Champ de Mars et permettre ainsi la fraternisation d?anciens ennemis français et anglais.

Défendre les Mauriciens

Il y a aussi le clan des abolitionnistes anglais, celui des Amis de la population de couleur et même des esclaves. Le jour de Jeremie s?approche. Il imposera aux colons de l?ancienne Isle de France l?émancipation de leurs esclaves, contre une substantielle indemnité qui sera en grande partie réinvestie dans la modernisation de l?industrie sucrière, le recrutement de travailleurs agricoles indiens et dans la création de la Banque de Maurice que fonde Adrien d?Epinay. Celui-là même qui nous vaut la liberté de la presse et une représentation mauricienne au conseil du gouvernement. Il y a aussi les fonctionnaires anglais, jurant qu?il est temps de mettre fin aux mammours de Farquhar aux Mauriciens, afin que ces derniers dansent sur l?air joué par Whitehall.

Une nouvelle île Maurice naîtra à la fin de la décennie 1830-1840. Elle diffère de beaucoup de celle prévalant entre 1810 et 1830. Elle acceptera les nouvelles règles imposées par Londres mais sans jamais oublier les bontés de Farquhar ni son sens du fair-play. Place donc à la suite de sa biographie par Patrick Barnwell. Farquhar se montre ambitieux à l?égard de Madagascar qu?il rêve de coloniser au profit de la couronne anglaise. A son retour à Maurice en 1820, il essaye de rattraper l?influence perdue auprès de Radama 1er qui consent à envoyer une délégation à Maurice.

Il poursuit de plus belle sa politique agricole incitant les planteurs à abandonner les cultures résistant mal aux cyclones, telles le coton, le café, l?indigo, la muscade, au profit de la canne à sucre. Il encourage l?introduction de bêtes de trait et de charroi pour alléger le travail des esclaves. Il n?obtient toutefois pas la permission londonienne de rétablir les conseils de quartier qu?il avait créés avant son départ. Ils s?inspiraient quelque peu des municipalités mises en place pendant la période révolutionnaire. Ils avaient mené la vie dure, il est vrai, au général Darling, assurant l?intérimat au Port-Louis en l?absence de Farquhar. Ce dernier hérite du baronat de son père qui décède en 1819. On ne lui permet pas de recevoir une décoration que lui offre le roi de France, Louis XVIII.

Le 14 avril 1823, lors d?une remise des prix au collège Royal, il annonce son départ définitif de Maurice. Il quitte l?île le 20 mai. Il fait escale à Madagascar mais ne parvient pas à rencontrer Radama 1er. En Angleterre, il fait son entrée à la Chambre des communes. Il aide son successeur, Sir Lowry Cole, à obtenir pour le sucre mauricien les avantages et privilèges déjà accordés aux sucres antillais, créant les conditions pour le premier boom sucrier de l?histoire de notre industrie sucrière. Des abolitionnistes, tels Buxton, l?accusent volontiers à Londres, en 1826, d?avoir indûment protégé les propriétaires d?esclaves mauriciens et d?avoir permis la poursuite de la traite des esclaves.

Défié par Farquhar, Buxton n?est jamais en mesure de produire des preuves pour étayer ses accusations. Farquhar ne cesse de défendre les Mauriciens toutes les fois où ils sont injustement attaqués à la Chambre des communes ou encore dans la presse anglaise. Il devient l?agent attitré à Londres d?un comité colonial se faisant le porte-parole des Mauriciens. A ce titre, il publie un démenti du rapport Colebrooke de 1826, concluant à tort que 50 000 des 65 000 esclaves ont été introduits illégalement à Maurice depuis 1814.

Il meurt le 20 mars 1830. Son épouse se remarie en 1834 et lui survit jusqu?au 27 août 1875. Son fils, né en 1809, siège aussi à la Chambre des Communes. Il meurt en 1866. Son petit-fils, Sir Robert, 6e baron Farquhar, est artiste (1841-1924). Son frère, Gilbert, est acteur et dramaturge (1850-1920). Horace (1844-1923) est courtier et hérite du titre de baron en 1922. Le nom de Robert Farquhar est à juste titre gravé sur l?obélisque Liénart au jardin des Pamplemousses. Son nom est donné à des rues de la capitale, de Rose-Hill, de Quatre Bornes et de Vacoas. Mince hommage pour quelqu?un à qui notre sucre doit tant.

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