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Il y a 125 ans mourait le peintre Alfred Richard
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Il y a 125 ans mourait le peintre Alfred Richard
Ceux, qui ont la chance de se rendre occasionnellement ou régulièrement à la cathédrale Saint-Louis, ne peuvent s?empêcher de poser un regard attentif sur la toile située à gauche du sanctuaire, assez grande pour dominer les autels de la Vierge et des Âmes du Purgatoire et représentant avec tant de force et de vigueur l?épisode évangélique de la pêche miraculeuse.
Ce lieu de culte, accessible à tous à tout moment de la journée contient bon nombre de toiles de maître de grande valeur et de taille impressionnante, comme le Christ en croix de Casanova, la Descente de la croix d?Emile Michel d?après le chef-d??uvre de Jouvenet, une Assomption anonyme, un Saint Louis s?envolant au ciel peint sous la direction d?Horace Vernet qui se chargea de peindre en personne ce roi de France ou encore deux autres toiles anonymes représentant l?Institution de l?Eucharistie et le Sacrifice de l?ancienne loi.
Aucune d?entre elles ne parvient à retenir autant l?attention du visiteur que la Pêche miraculeuse du peintre mauricien Alfred Richard. Ces toiles furent rénovées, au moment de la construction de la nouvelle cathédrale Saint-Louis, dans les années 1930, par Margaret Drenning.
Dans son Panorama de la peinture mauricienne (Tome I), Georges André Decotter précise qu?il s?agit d?une copie d?un chef-d??uvre du peintre français Jean Baptiste Jouvenet (Rouen 1644 ? Paris 1717), considéré comme un spécialiste de la peinture religieuse du XVIIe siècle. Sa Pêche miraculeuse fait partie d?un ensemble de quatre toiles géantes, retraçant divers épisodes évangéliques dont les Marchands chassés du Temple, le Repas chez Simon et la Résurrection de Lazare (Musée du Louvre).
Sans pouvoir comparer l?original et la copie de cette Pêche miraculeuse, il est difficile de distinguer la part du peintre local Alfred Richard. On peut se poser la question de la qualité de la reproduction (photographiée ou simplement esquissée ? en couleurs ou en noir et blanc ?) dont Alfred Richard se sert pour réaliser son chef-d??uvre, sachant que n?ayant pas les moyens de se rendre en Europe pour perfectionner ses talents d?artistes, il doit se contenter des moyens du bord disponibles localement et n?a donc pas pu voir de visu l?original avec ses couleurs particulières.
Ses biographes (Auguste Toussaint et Antoine Chelin, DBM,p. 736), parle à ce sujet de ?copie modifiée?, offerte à la cathédrale en 1855. Nul ne peut contester en tout cas la vivacité et la facture plutôt moderne (par rapport à l?école classique) qui se dégagent de ce chef-d??uvre, des qualités qui ne sont pas sans rappeler la force et la puissance se dégageant de l??uvre picturale de Michel-Ange.
Les amateurs de beaux-arts ainsi que ceux, aimant commémorer les principaux anniversaires historiques de l?année en cours, pourront toujours ces jours-ci aller contempler de nouveau cette Pêche miraculeuse à l?occasion du 125e anniversaire du décès de son auteur, décès survenu à Port-Louis, le 8 mars 1880.
Alfred Richard, artiste peintre et photographe, voit le jour à Port-Louis le 7 août 1824. Il se révèle bien vite un dessinateur et un coloriste talentueux. Il ne peut malheureusement perfectionner ses dons innés en Europe. Il laisse cependant plusieurs ?uvres dont un album de dessins, intitulés Types mauriciens de 1840, lithographiés chez Devaux et Compagnie. On connaît de lui plusieurs peintures religieuses autres que sa Pêche miraculeuse. L?église Saint-François Xavier possède de lui une Nativité (également une copie de Jouvenet). Mgr Mamet possédait un portrait de Victor Esnouf et Adolphe Larcher une Vue de la Rivière Noire. Decotter fait aussi état de toiles savanaises. L?Institut de Maurice doit posséder deux de ses portraits dont un du capitaine du port John Morgan. Il est un portraitiste très sollicité de son vivant.
Ceux, ayant le privilège d?être reçu dans le salon mairal de Port-Louis, pourront contempler de nouveau son portrait du premier maire de la capitale, Louis Léchelle. Ils peuvent et doivent profiter de toute réception officielle, en ce haut lieu, pour s?enquérir auprès des édiles portlouisiens et des hauts fonctionnaires municipaux ce qu?il advient de l?inestimable collection de portraits des maires de la capitale. Une rumeur veut que certaines (une cinquantaine, dit-on) de ces toiles irremplaçables seraient à l?abandon dans une école maternelle municipale d?un des faubourgs de la capitale, exposées à tous les menus incidents pouvant survenir à tout moment dans une école pré-primaire. Incidents infiniment regrettables quand ils peuvent affecter un tel patrimoine artistique et historique.
À défaut de la municipalité de Port-Louis, le ministère des Arts ou encore les responsables de la Galerie nationale pourraient renseigner le public au sujet de l?état de bonne conservation des portraits faisant partie de cette galerie des maires et de notre patrimoine artistique national. Pourquoi ne pas organiser, dans les semaines à venir, une exposition publique de ces toiles afin de rassurer pleinement ceux qui s?inquiètent, peut-être à tort, du sort réservé à ce monument artistique de gratitude citoyenne ?
Pour en revenir à Alfred Richard, Auguste Toussaint et Antoine Chelin sont d?avis qu?il est un des plus grands artistes de Maurice. Decotter le range sans hésiter aux côtés des Sérendat Belzim, Le Sidaner, Lisis Lemaire, ?dans la galerie des grands artistes que le XIXe siècle nous a donnés.? Il reçoit la médaille de la Société royale des arts et des sciences, en 1870, lors de l?exposition organisée à l?occasion de la visite du prince Alfred, duc d?Edimbourg.
Les biographes précités parlent aussi de lui comme l?un des premiers et meilleurs photographes de Maurice du XIXe siècle. Il met au point, à partir de 1865, la technique pour agrandir et colorier des photographies. (Dictionnaire de Biographie mauricienne, No 24, p. 736)
À sa mort, un de ses élèves, Louis Séïde Rathier du Vergé (1844-1914), le héros de l?affaire Cameron, réclame un monument public en son honneur ainsi qu?une prise en charge par l?État de sa nombreuse famille qu?il laisse dans une profonde détresse. Cette requête, pourtant si légitime, ne semble guère avoir été prise en considération. Il avait épousé, le 20 décembre 1845, Charlotte Polymnie Ducasse, fille de Charles Ducasse et de Marie Jeanne Pitt.
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