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Il y a 125 ans mourait l?apôtre... des blancs

25 juillet 2005, 00:00

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Le 25 juillet 1880 meurt au presbytère de la paroisse de l?Immaculée-Conception, à Port-Louis, l?abbé Xavier Masuy que d?aucuns et non des moindres considèrent comme l?égal du Père Jacques Désiré Laval en matière d?évangélisation des chrétiens de l?île Maurice du XIXe siècle. A l?apostolat si fructueux exercé par l?apôtre des noirs répond une évangélisation parallèle et non moins féconde exercée par l?abbé Masuy, missionnaire venu de Belgique pour consolider la présence de l?Eglise du Christ sur la terre mauricienne.

Un tel apostolat n?intéresserait que la section chrétienne de la population mauricienne s?il ne coïncidait pas avec un réel développement tous azimuts de la société mauricienne, toutes religions et toutes ethnies confondues, selon le principe sud-africain et indien bien connu, voulant que l?enrichissement des uns profite à toute la communauté, tout comme celle-ci dépérit en raison de l?appauvrissement, surtout spirituel et intellectuel, de chacun de ses membres.

L?abbé Xavier Masuy entre par la grande porte dans l?histoire de Maurice, du moins dans son histoire chrétienne et religieuse, en tant que créateur de la paroisse catholique de l?Immaculée-Conception mais aussi en tant que co-fondateur, avec Mère Augustine (Caroline Lenferna de Laresles) de la Congrégation des s?urs de la charité de Notre Dame du Bon et Perpétuel Secours.

Comme directeur de conscience, il n?a pas son pareil pour guider les personnes sollicitant ses conseils. Le bouche à oreille, le bon exemple auquel il invite ceux requérant sa direction spirituelle, font que se créent et se renforcent des poches de piété, de bonne pratique religieuse, se manifestant surtout par une volonté plus forte de vivre dans le respect des préceptes évangéliques et d?amour fraternel. La ville finit par profiter des efforts de certains de ses habitants, pour ne pas dire les meilleurs, et le fait demeure que le Port-Louis de 1880 paraît beaucoup plus humain et moins matérialiste que celui de 1845, l?année du débarquement du premier curé de l?Immaculée Conception.

Mais qui est ce Xavier Masuy dont on peut dire qu?on ne rappelle pas en vain ses bienfaits en terre mauricienne ? Il voit le jour le 13 août 1813 à Gilly, près de la ville de Charleroi, dans le diocèse belge de Tournais. Il appartient à une famille très chrétienne, comptant en son sein de nombreux prêtres, religieux, religieuses. Il est ordonné prêtre, le 21 août 1836. Il est successivement professeur au collège ecclésiastique de Binche, vicaire à Dour, curé de Rumes. Sa rencontre avec Mgr Collier sera décisive. Le premier évêque de Port-Louis comprend tout de suite qu?il n?arrivera à rien s?il ne parvient pas à étoffer le clergé plutôt squelettique que lui lègue son prédécesseur, Mgr Morris, vicaire apostolique de Port-Louis. Il parvient à convaincre l?abbé Masuy à travailler pour son diocèse, tout comme il a réussi, quelques années auparavant, à faire venir à Maurice le Père Laval.

Xavier Masuy débarque à Port-Louis le 11 juin 1845. Il est nommé vicaire à la cathédrale Saint-Louis où travaille déjà le Père Laval. Il suit l?exemple de ce confrère exemplaire et se met au service du tout venant, noirs comme blancs. Par la force des choses et en raison d?une répartition du travail sacerdotal à faire, le Père Laval finit par s?occuper plus particulièrement des pauvres et des noirs et l?abbé Masuy des bourgeois et des blancs.

Il n?oublie pas pour autant les pauvres et les noirs dont les besoins, pas seulement spirituels, sont immenses. Il crée pour eux avec la jeune Caroline Lenferna, qui veut se mettre à leur service, la Congrégation des S?urs du Bon Secours. Cet épuisant travail de fondation d?une congrégation religieuse commence en juin 1860. Il n?y a pas cinq ans que Masuy est à Maurice. Le même zèle apostolique pour les plus pauvres l?incite à participer activement à l?implantation à Maurice des Frères des écoles chrétiennes en 1859-60. Il aide ainsi les abbés Bardet et Boucher dans la fondation des premiers collèges confessionnels catholiques. L?excellent travail fourni à ce jour par les Frères des écoles chrétiennes et le BPS suffit à établir tout ce que nous devons à l?abbé Masuy.

Il est un orateur de premier ordre. Il s?y entend en littérature autant profane que sacrée. Il connaît particulièrement l??uvre apostolique de saint Augustin et de saint Jean Chrysostome.

La création de la paroisse de l?Immaculée-Conception répond à un v?u de Mgr Collier. Au début, on ne sait si la nouvelle paroisse se situera à l?ouest de la ville ou au Faubourg de l?Est. Le Ward IV finit par l?emporter. Le Faubourg de l?Est aura sa paroisse (Saint-François Xavier) en 1892, une trentaine d?années après la création de l?Immaculée-Conception (1858). A l?époque, l?Etat aide des communautés religieuses en complétant la somme déjà obtenue. Les fonds sont recueillis à partir de 1846. Un terrain est acheté à la rue Saint-Georges en prévision de la nouvelle église.

Entre-temps la congrégation du Bon Secours se développe. Ce couvent initial, la rue Bourbon, devient trop exigu. La communauté naissante, conseillée par l?abbé Masuy, s?installe dans un immeuble de la rue des Créoles (aujourd?hui Mère-Barthélemy). Une chambre du couvent est transformée en oratoire. Le 25 janvier 1851, l?abbé Masuy y célèbre la messe pour la première fois. Une seconde maison s?ajoute à la première. Sur l?emplacement occupé par l?église paroissiale se mettent en place un petit dispensaire et un orphelinat. A la fin de 1852, on envisage la construction de l?église actuelle. Le 18 mars 1858, Mgr Collier crée la paroisse de l?Immaculée-Conception qu?il confie à l?abbé Masuy. Il est aidé par plusieurs missionnaires spiritains.

La première église est un édifice en bois, ouvert au culte le 15 août 1859. Autour de cette première chapelle commence la construction des murs de l?église actuelle. Les travaux sont désespérément longs. A la fin de 1871, l?abbé Masuy rentre d?Europe après deux ans d?absence. Il souffre de plus en plus des yeux et finit par perdre la vue. Il meurt le 25 juillet 1880, sans avoir vu l?église de ses rêves, celle de l?Immaculée-Conception. D?autres heureusement mèneront à bonne fin l??uvre commencée par lui. Samedi après-midi, La paroisse de l?Immaculée Conception rendra un hommage spécial à son fondateur, à l?occasion du 125e anniversaire de son décès.

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