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Il faut limiter les ?short term casualties? dans la zone franche
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Il faut limiter les ?short term casualties? dans la zone franche
<B> L?année 2003 a été une nouvelle fois décevante sur le plan de la croissance. Quelles en sont les principales raisons ?</B>
La performance de l?économie mauricienne a été affectée par une conjoncture économique difficile au niveau international. Celle-ci a été marquée par une reprise erratique et timide, notamment dans nos principaux marchés à l?exportation ainsi que par les incertitudes liées aux tensions géopolitiques et à la pneumonie atypique (SARS), entre autres.
Ce facteur conjoncturel expliquerait en partie pourquoi les exportations de la zone franche et les recettes touristiques n?ont pas évolué de manière satisfaisante, et ce malgré une nette amélioration au niveau des termes de l?échange. Effectivement, en dépit de l?augmentation de l?indice des prix à l?exportation, les recettes de la zone franche et du tourisme ont stagné autour de Rs 32,5 milliards et Rs 18 milliards respectivement, niveaux équivalents à une baisse en roupies constantes.
Bien que d?autres facteurs exogènes aient aussi joué en notre défaveur, à l?image du secteur sucrier qui a enduré des conditions climatiques défavorables, il n?en demeure pas moins que la mauvaise performance économique en 2003 est aussi due à des problèmes structurels notamment dans la zone franche où il est désormais crucial d?opérer un paradigm shift afin d?accroître notre compétitivité globale. La situation dans ce secteur demeure très inquiétante avec une contraction significative pour la deuxième année consécutive après un repli record de quelque 6 % en 2002. Quant à la croissance dans les services financiers, elle a été en deçà de sa moyenne historique en raison de la timide reprise dans le secteur bancaire où les banques offshore ont encore connu une année très difficile.
Les difficultés qu?ont rencontrées simultanément les quatre piliers de l?économie associées à une consommation freinée notamment par la rationalisation de la fiscalité ont grandement contribué à la croissance modeste enregistrée en 2003. En effet, il faut relativiser les quelque 4,5 % enregistrés l?année dernière et les situer dans le contexte de l?effet statistique résultant de la base très faible de 2002. Rappelons à cet effet que le taux de croissance réalisé en 2002, soit 2 %, est le plus faible depuis 1983.
<B> L?année qui commence sera-t-elle meilleure ?</B>
L?année 2004 devrait afficher un taux de croissance supérieur à ceux enregistrés au cours de ces deux dernières années en raison, d?une part, de l?effet statistique résultant de l?effet cumulé des contre-performances de 2002 et 2003 sur la base de calcul, dopant ainsi fortement le taux de croissance de l?année en cours, et d?autre part, grâce à la reprise annoncée de l?activité économique dans nos principaux marchés d?exportations. Selon nos estimations préliminaires, la croissance économique en 2004, secteur sucrier exclu, avoisinerait les 5,8 % tandis que globalement et ce, dans l?hypothèse d?une production sucrière normale, le PIB devrait enregistrer une croissance réelle légèrement supérieure à 6%.
Toutefois, compte tenu de l?ampleur de l?effet statistique évoqué plus tôt, il faut se garder de toute euphorie. Cette amélioration, bien qu?encourageante, ne saurait occulter les problèmes structurels que nous rencontrons depuis quelque temps. Dans le secteur du textile et de l?habillement, en particulier, des incertitudes subsistent quant à l?érosion graduelle de notre compétitivité face à une concurrence accrue, et ce, malgré l?accélération du processus de rationalisation et des termes de l?échange nettement plus favorables. Ainsi, en dépit des retombées positives découlant de l?AGOA, la zone franche devrait enregistrer un taux de croissance légèrement positif estimé à environ 2% malgré l?effet des deux contractions significatives survenues en 2002 et 2003 sur le calcul du taux. Notons que pour que ce secteur revienne à la valeur ajoutée réelle générée en 2001, il faudrait une croissance supérieure à 10 % pour cette année. Vous avouerez qu?on sera très loin du compte.
Pour ce qui est des autres secteurs d?activité, l?amélioration dans la conjoncture internationale ? bien que la reprise de la zone euro ne puisse encore être qualifiée de robuste ? devrait rejaillir sur le secteur du tourisme. Après des performances décevantes ces dernières années, ce secteur a une bonne marge de progression qui dépendra toutefois des résultats du repositionnement de notre campagne de promotion et de notre politique d?accès aérien, entre autres. Une croissance appréciable est à prévoir dans le secteur financier et des affaires avec une bonne performance attendue parmi les banques bien que leur croissance devrait être quelque peu freinée par le faible taux d?investissement. Le secteur de la construction devrait une fois de plus figurer parmi les high performers, même si un ralentissement y est prévu. Quant aux autres principaux secteurs, une croissance notable est anticipée dans celui du transport et des communications alors que le commerce et l?industrie à vocation domestique devraient bénéficier de la reprise économique.
<B> L?euro qui a quand même aidé la ZF à minimiser ses difficultés se maintiendra-t-il aux niveaux atteints en 2003 ?</B>
L?appréciation conséquente de l?euro face au dollar ? presque 20 % en moyenne annuelle en 2003 ? reflète les déséquilibres macroéconomiques aux Etats-Unis au niveau de la position externe et du déficit fiscal. Pour rappel, cette remontée de l?euro a été déclenchée dans un contexte où l?économie américaine faisait face à des scandales financiers et où les tensions relatives à la guerre en Iraq s?accentuaient.
Si au niveau de la situation géopolitique et au niveau des marchés financiers il y a eu des améliorations, les déséquilibres de l?économie américaine sont toujours présents. C?est pourquoi, au vu de l?énorme déficit sur la balance courante en particulier, on peut s?attendre à ce que le dollar s?affaiblisse davantage face à l?euro dans le moyen terme.
Notre industrie a certes bénéficié de l?appréciation de la monnaie européenne par rapport à la roupie à travers une amélioration des termes de l?échange si l?on considère qu?environ 55% de nos exportations sont libellés en euro ? 40% en ce qui concerne la zone franche ? contre 25-30% pour nos importations.
Cependant, les gains y relatifs ont été tempérés par un excès de liquidités sur le marché local des devises. Par exemple, il serait bon de faire ressortir que pendant les mois de novembre et de décembre, alors que l?euro a maintenu sa progression vis-à-vis du dollar, le taux effectif de la roupie a, en moyenne, connu une appréciation par rapport au mois précédent, ce qui paraît en contradiction avec les fondamentaux économiques.
Si cette situation d?excès de liquidités au niveau des banques commerciales perdure, exacerbée par le faible niveau d?intervention de la Banque centrale sur le marché interbancaire ? sa dernière en date remontant au 7 novembre 2003 pour un montant de $2 millions uniquement ? il devrait y avoir davantage de pressions à la hausse sur la roupie. Cet état des choses serait négatif pour la zone franche qui se trouve dans un contexte particulièrement difficile. C?est pourquoi, aucune incitation ou mesure ne doit être négligée afin de favoriser ce secteur qui, je vous le rappelle, emploie directement ou indirectement plus de 20 % de la main-d??uvre nationale. Ceci étant, on se doit d?adopter une approche très pragmatique afin de limiter, autant que faire se peut, les short term casualties même si en tant qu?économiste, je reconnais que les réformes structurelles demeurent essentielles pour aider notre industrie et le pays en général à devenir plus compétitifs à long terme à travers une amélioration continue de la productivité.
<B>Peut-on déterminer l?impact qu?ont eu les baisses successives des taux d?intérêt localement ? L?investissement ne semble pas vouloir repartir malgré la baisse du loyer de l?argent ?</B>
La détente monétaire a été bien accueillie dans un contexte où les secteurs traditionnels tels que le secteur sucrier et la zone franche ont eu à faire face à de nombreuses contraintes qui ont affecté leur capacité à investir. Théoriquement du moins, cette mesure a dû permettre un allégement du service de la dette des entreprises et rendre des projets d?investissement plus attrayants à travers la baisse du coût du capital. Cependant, le niveau de l?investissement dépend de la conjonction de plusieurs facteurs, le taux d?intérêt n?étant qu?une des variables discriminantes. Ainsi, à elle seule, la baisse du loyer de l?argent ne saurait être suffisante à faire repartir notablement l?investissement. La situation par rapport à ce dernier est inquiétante. Malgré une légère amélioration, le ratio actuel de l?investissement par rapport au PIB, estimé à 22,7 % en 2003, demeure très largement insuffisant par rapport au niveau requis pour une croissance économique soutenue et durable à la fois créatrice de richesses et surtout génératrice d?emplois. Le niveau anormalement élevé des liquidités des banques commerciales constitue une autre indication de l?insuffisance des investissements.
C?est surtout dans le secteur privé que la situation est préoccupante. En effet, selon les estimations du CSO, contrairement à l?investissement public qui en 2003 a crû de 47,2 % en termes réels, reflétant les dépenses en capital du gouvernement liées aux investissements en infrastructures, l?investissement privé, quant à lui, a subi une contraction de 6,7 %. Ce repli a entraîné une nouvelle chute du ratio des investissements privés par rapport au PIB, qui s?établit à 13,3 %. Bien que des indications préliminaires pointeraient vers une timide reprise, l?investissement privé devrait être encore largement insuffisant cette année. Quoique ce dysfonctionnement puisse être partiellement attribué à des facteurs conjoncturels, cette situation démontre que le ?business mood remains subdued?.
Cette politique de relâchement monétaire va-t-elle pouvoir perdurer en 2004 ? </B>
Plusieurs facteurs ont contribué à un relâchement de la politique monétaire. Tout d?abord, au niveau domestique, la diminution graduelle des pressions inflationnistes a accordé une plus grande marge de man?uvre à la Banque centrale pour réduire le Lombard rate compte tenu de la morosité de l?activité économique et de la situation de resource surplus en vigueur depuis un certain temps avec un taux d?épargne national largement supérieur à celui de l?investissement. Le contexte international était propice également à cette politique de relâchement dans la mesure où les principaux taux d?intérêt étaient à la baisse dans le but de stimuler la timide reprise de l?économie mondiale. Pour ce qui est de la politique monétaire en 2004, le niveau de l?inflation est tel que la Banque centrale dispose encore d?une marge de man?uvre. En effet, le taux d?inflation qui était de 3,9 % en décembre dernier devrait baisser davantage d?ici juin 2004 pour atteindre 3,5 %, ceteris paribus.
Cependant, quelques facteurs pourraient contribuer à un resserrement dans la politique monétaire durant la deuxième partie de 2004 lorsque la baisse de l?inflation, induite par l?intégration dans le dénominateur des augmentations de l?indice liées à la majoration de la TVA, commencera à s?estomper. De plus, avec le redémarrage annoncé de l?économie mondiale, il est probable que certains taux d?intérêt clés sur l?échiquier international soient revus à la hausse ce qui peut potentiellement entraîner un réajustement des taux d?intérêt au niveau local.
<B>Quelle devrait être la priorité en matière de politique économique cette année ?</B>
Il y a aujourd?hui un consensus très large autour du fait que la priorité des priorités est la lutte pour résorber le chômage. Mettons de côté la polémique autour du chiffre exact du nombre de demandeurs d?emploi à Maurice, il demeure que le chômage est en hausse constante depuis plus de dix ans. Selon nos estimations et sur la base de la méthode actuelle de calcul, le taux de chômage qui était de 10,2 % en juin 2003 devrait atteindre les 10,8 % en juin 2004 reflétant en grande partie les difficultés que rencontre la zone franche. Ce secteur, rappelons-le, a enregistré selon les chiffres officiels une contraction nette de 9 900 emplois entre septembre 2002 et septembre 2003. S?agissant de la main-d??uvre locale uniquement, la baisse s?établit à 8 700 représentant une contraction de plus de 12 %. Et, malheureusement, rien n?indique une inversion de tendance à plus ou moins brève échéance, si l?on considère le faible niveau d?investissements et les difficultés de ce secteur à générer de nouveaux emplois.
La lutte contre le chômage nécessite, entre autres, des mesures propices à l?amélioration de la productivité qui viendront à bout des ?adverse labour supply shifts? provoqués par la hausse des coûts unitaires de la main- d??uvre. Des efforts sont nécessaires afin de flexibiliser le marché du travail à travers une série de réformes visant entre autres à réduire le compartimentage de notre main-d??uvre et les rigidités qui la caractérisent.
Par ailleurs, la prise de conscience de tous les stakeholders sur l?urgence de mettre notre système d?éducation et de formation plus en adéquation avec les besoins de nos différents secteurs productifs est salutaire. Toutefois, ces réformes, en particulier celle du marché du travail, sont ?highly politically loaded?. Elles prendront du temps et n?influeront positivement sur la création d?emplois que dans le moyen et long terme.
Or, comme maintes fois évoqué dans diverses études ou analyses publiées par la MCB (Ndlr : MCB Focus 15 et 19), le facteur qui serait susceptible de renverser la vapeur à plus court terme est sans conteste l?investissement, en particulier celui provenant du privé. Faire de la relance de l?investissement productif le cheval de bataille de la lutte contre le chômage est plus que jamais d?actualité. N?oublions pas qu?au-delà des considérations économiques, le problème du chômage a une dimension sociale non négligeable puisqu?il y va de la cohésion sociale, seule garante d?un développement économique durable et soutenu.
?L?excès de liquidités au niveau des banques commerciales perdure, exacerbé par le faible niveau d?intervention de la Banque centrale sur le marché interbancaire?
Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN
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