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Il fait de sa nièce un objet sexuel
«Mo lapolis mwa ! Lev lamey la haut ! » Un pistolet à eau dans la main droite, Cheyenne, âgée de 6 ans, gambade derrière sa demi-sœur et un voisin du même âge qu’elle dans les ruelles d’un village du Sud. Partant d’un grand éclat de rire, elle presse sur la détente, arrosant à grands jets ses camarades de jeux qui se manifes-tent gaiement.
Pierre, son père, sourit en voyant cette scène, un pincement au cœur. Il ne reconnaît plus cet enfant maussade, le corps zébré de traces de coups à force d’avoir été frappée avec un tuyau d’arrosage, qu’il a ramené de chez sa cousine à Petite-Pointe-aux-Piments, il y a à peine un mois.
Le quadragénaire vient de renouer avec sa fille, née d’une brève liaison avec une maîtresse. Quand Cheyenne a vu le jour, Pierre se trouvait derrière les barreaux pour une histoire de vol. Il n’a presque pas côtoyé sa fille.
Dans l’intervalle de sa remise en liberté, la mère de Cheyenne a perdu la vie dans des circonstances troubles. Et Pierre n’a jamais voulu savoir ce qu’il était advenu de l’enfant laissée chez une cousine.
Cette dernière lui avait demandé la garde de Cheyenne, car elle ne peut pas avoir d’enfant. Pierre n’a pas objecté, n’est pas allé lui rendre visite, préférant que la petite ne se doute pas de son existence. Pierre voulait qu’elle croie que sa cousine et son compagnon étaient ses véritables parents.
Mais il y a quelques semaines, pris de remords, Pierre décide de rencontrer sa fille. Son aînée, âgée de 15 ans, lui ayant fait part de son désir de le voir, il se rend chez sa cousine le 4 novembre.
Et c’est le choc : la vue de Cheyenne lui fait pitié : elle est mal fichue, porte des bleus et a du sang coagulé là où elle a été frappée avec un tuyau d’arrosage. Chez sa cousine, la petite n’a connu qu’une enfance malheureuse, martyrisée, maltraitée.
Son cœur de père prenant le dessus, Pierre l’emmène vivre chez lui. Il porte plainte au poste de police de Triolet, cela sans penser à demander à la petite si elle a subi d’autres violences.
Mais Cheyenne avait pourtant des horreurs à raconter. Cela viendra avec le temps. Il y a quinze jours, assise devant la télé, Cheyenne lâche un « gett zot pu fer malelve la hein », en regardant une scène de baiser dans un épisode de la série Muneca Brava. Ce qui provoque la stupeur d’une tante et de sa sœur aînée qui regardaient la télé. Ces dernières veulent alors savoir comment Cheyenne a appris à décoder ce type de langage corporel. C’est alors qu’elle dit : « Harold abitie fer sa ar mwa ».
<B>Il profitait de l’absence de sa compagne</B>
Elle confie dans un langage cru que son oncle Harold a l’habitude de la forcer à lui faire une fellation. Le pervers menaçait de la battre si elle n’assouvissait pas ses bas instincts.
Pendant des mois, de jour comme de nuit, Harold profitait de l’absence de sa compagne, assure Cheyenne, pour la mettre dans son lit. « Harold ti korek. Me li fer inpe malelve ar moi. Li dir moi tir mo kilot, kan mo dir non li batt moi ek », raconte la petite après être venue prêter une oreille sur notre entretien avec son père.
Elle raconte l’infamie qu’elle a vécue, agrémente son récit de phrases que seul un adulte a dû lui apprendre. « Boukou foi linn fer ar moi. Li alonz lor moi… Li ambrass moi lor mo likou, lor mo la bouss. »
Pierre explique qu’après avoir su ce que sa fille avait subi, il a réclamé l’aide de la Child Development Unit du ministère de la Femme, du Développement de l’enfant et du Bien-être de la famille. Après deux semaines passées avec des psychologues, il ne faisait plus de doute que Cheyenne avait subi des sévices.
En la questionnant sur ses dessins, la petite, qui parlait de Harold, saisit notre bloc-notes et dessine le… sexe de son oncle. Innocemment.
Mardi, Pierre a porté plainte contre Harold. Une enquête a été ouverte et l’oncle était encore recherché, vendredi matin. Sa compagne a admis à la police que Cheyenne lui avait confié qu’il avait des gestes déplacés envers elle.
Mis à part le traumatisme qu’elle a vécu, la petite fille n’a heureusement pas été violée. Elle a été examinée par le Dr Sudesh Kumar Gungadin, Senior Police Medical Officer, dans le courant de la semaine.
<B>Un pervers qui voulait aller plus loin</B>
Avec du recul, pour Pierre, il est clair qu’Harold est un pervers qui voulait « aller plus loin avec elle », au fur et à mesure qu’elle grandissait. « Erezman li pann gaign narien. Mo espere li pou blie tou sa. Me mo lopinion papa, li ti pe prepar tif la ziska li gaign laz… »
« Mo dir li moi, mo dir li arete, me li pa arete mem », ajoute Cheyenne. C’est pour cela que Pierre explique pourquoi il accepte que la photo de sa fille soit publiée. « Koumsa dimounn va trouve zanfan la so gabari. Ki kapav ena dan latet enn lom pu fer bann zafer koumsa alor ki li ena enn gran fam dan so lakaz. »
Vendredi à midi, les policiers de Trio-let et de Trou-aux-Biches, lancés aux trousses de Harold Joseph, avaient reçu des renseignements disant qu’il se cachait à Bois-Mangues, Plaine-des Papayes.
Saisissant son pistolet à eau, Cheyenne s’est remise dans la peau d’un enfant. Avec le temps, elle oubliera sans doute le calvaire qu’elle a vécu chez Harold.
<B>Le vieux satyre et le policier pervers</B>
Les pervers peuvent être des personnes au-dessus de tout soupçon. Cette semaine, une demi-douzaine de cas d’agressions sexuelles touchant des enfants de moins de seize ans ont été rapportés à la police. Lundi après-midi, Reynolds Antoine Himmoza, 77 ans, habitant la rue Tromelin, Ste-Croix, a été appréhendé par la police d’Abercrombie pour attentat à la pudeur de sa voisine de 5 ans. C’est la grand-mère de la petite qui l’a surpris, la main dans la culotte de l’enfant. Le pervers a passé un sale quart d’heure avec les proches de la victime avant d’être remis aux mains du chef inspecteur Shyam Jugmohun, à qui il a avoué son forfait. Pour sa défense, il soutient que c’est la fillette qui l’aurait provoqué en lui touchant le sexe… Il a passé une nuit au cachot avant d’être libéré conditionnellement. Depuis, sa victime a peur de sortir de chez elle. Ses proches sont très remontés contre le vieillard car il n’en serait pas à son premier forfait.
« Mon aînée avait deux ans quand elle nous a dit que Reynolds l’avait tripotée. On a été lui demandé des explications. L’affaire en est restée là. Sept ans ont passé et il était toujours en train d’épier les enfants qui prennent leur douche en plein air », confie la mère de la victime. Fort heureusement la fillette n’a subi aucune violence sexuelle, d’après le constat du médecin de la police Sudesh Kumar Gungadin. Mais les proches de la victime se posent des questions car plusieurs enfants du même âge habitent la cour familiale du vieillard. Jeudi, ce fut un tour du constable Rojit, affecté au poste de police de Piton de comparaître en cour de Flacq pour agression sexuelle sur un garçon de 12 ans. Les faits se seraient déroulés dans le lagon de Belle-Mare où les deux avaient l’habitude de nager.
Parmi les autres cas d’agression sexuelle rapportés cette semaine, une adolescente de Grand-Baie, âgée de 13 ans, a porté plainte contre un habitant de Cité Mangalkhan, Floréal, pour l’avoir forcée à avoir des relations sexuelles avec lui alors qu’elle n’avait même pas 11 ans. Elle accuse aussi un habitant de Grand-Baie, âgé de 24 ans.
<B>Une soixantaine de cas depuis janvier</B>
Si les médias ne font pas état des agressions sur des jeunes enfants, ça ne veut pas dire qu’elles n’existent pas. Rien que pour la période de janvier à avril 2005, 32 cas d’attentats à la pudeur ont été rapportés aux services du ministère du Développement de l’enfant ainsi que 4 cas de viol et un cas de harcèlement sexuel et de prostitution. Les détournements de mineurs étaient chiffrés à 21 durant la même période, ainsi que 7 cas de sodomie. Sur ces 64 cas, 52 concernent des fillettes. Durant ce même laps de temps,13 cas d’inceste ont été rapportés. L’année la plus noire a été 2004 avec 183 délits sexuels rapportés auprès de la CDU qui fonctionne depuis maintenant dix ans.
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