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Identité et liberté culturelles

22 août 2004, 20:00

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Le lancement du Rapport sur le développement humain 2004 nous invitent à réflechir sur la situation de la liberté culturelle dans le monde. Le XXIe siècle assiste désormais à une montée des revendications identitaires dans tous les coins de la planète : populations autochtones en Amérique latine, minorités religieuses en Asie du sud, minorités ethniques des Balkans et d'Afrique, immigrés en Europe occidentale. Tous veulent préserver leurs acquis dans un monde qui va vers la globalisation. Anciennes doléances, discrimination, marginalisation, exclusion sociale, économique et politique, et tant d'autres soulèvent sans cesse des mobilisations en marche vers une lutte pour la reconnaissance de l'identité culturelle. Aujourd'hui, la situation est telle que les débats qui portent sur l'identité et les droits des minorités, sont ceux-là mêmes qui fragmentent le plus les sociétés.

Mais cette reconnaissance de l'identité culturelle qu'ils réclament est inséparable du respect de la diversité et de la liberté culturelles. Or, dans beaucoup de pays, si les activités religieuses des minorités ne sont pas sévèrement persécutées, elles sont étroitement surveillées. Et les possibilités mêmes d'utiliser les langues maternelles sont si restreintes que cela entraîne souvent une exclusion du système éducatif, voire de la vie politique et de l'accès à la justice. Les individus veulent être libres. Ils veulent avoir la possibilité de pratiquer leur religion et de parler leur langue ouvertement et sans perdre le respect d'autrui. Trop longtemps confinée dans une dimension inexplorée, cette liberté culturelle revendiquée est devenue aujourd'hui l'élément essentiel du développement humain.

Heureusement que certains Etats commencent à se rendre compte que la culture pratiquée en toute liberté permet à chaque individu de vivre, tout en lui permettant d'être ce qu'il choisit d'être. Elle lui offre la possibilité, en tant qu'immigré par exemple, de ne pas se sentir obligé de renoncer à ses origines au nom de l'intégration ou pour bénéficier des opportunités sociales et économiques. Il est clair que toute tentative de supprimer ou d'assimiler des groupes culturels est moralement répréhensible. Il y a alors une nécessité urgente : il faut des politiques multiculturelles qui reconnaissent explicitement les différences culturelles. La notion de la politique culturelle, introduite pour la première fois en 1969 par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, est un appel aux gouvernements à ”reconnaître explicitement les actions culturelles en tant qu'objectif important de la politique publique”.

Si la politique du XXIe siècle se doit de reconnaître l'un des défis majeurs de son époque, c'est vers la gestion de la diversité culturelle qu'elle doit se tourner. Si la lutte pour la reconnaissance de l'identité culturelle est mal gérée, elle deviendra à coup sûr l'une des sources d'instabilité les plus dangereuses à l'intérieur d'un pays. L'Histoire regorge suffisamment de cas qui montrent comment les inégalités entre les groupes peuvent alimenter le conflit et les tensions : les émeutes contre les Chinois en Malaisie à la fin des années soixante, la guerre civile au Sri Lanka depuis le début des années quatre-vingt, l'exclusion de la population de langue bantoue en Ouganda, les tensions croissantes entre musulmans et chrétiens en Indonésie, l'insurrection maoïste au Népal en 1996, les privations politiques et socio-économiques des catholiques en Irlande du Nord et celles des peuples autochtones de l'Etat du Chiapas et du Guatemala, entre autres.

Si la politique veut se donner un sens approprié, elle ne peut le faire que dans son rapport avec l'action humaine. Cette action suppose non seulement une lutte pour la liberté culturelle mais aussi la mise en place des principes qui se donnent pour objectif de faire face aux mouvements qui sont en faveur de la domination culturelle. Si elle veut se consacrer à la considération de la vie commune des hommes, elle ne peut le faire qu'au nom d'une morale. Cette morale se nomme la politique multiculturelle. Et cette politique se dote d'une valeur de science philosophique, puisqu'elle s'incarne en une pensée qui cherche à déboucher sur l'action raisonnable. Il faut donc bâtir des démocraties multiculturelles.

Mais rassurons-nous. A voir le mécanisme existant de partage du pouvoir, nous sommes en droit de penser, comme l'écrit Nelson Mandela, que “les fondations pour une vie meilleure ont été coulées et la construction a commencé. Nous sommes pleinement conscients que notre liberté et nos droits ne prendront toute leur signification qu'au fur et à mesure que nous réussirons, ensemble, à surmonter les divisions et les inégalités de notre passé, et à améliorer les vies de tous, notamment des pauvres”. Espérons-le.

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