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Humanité grandie à la galerie de Senneville

23 mai 2005, 00:00

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Les hommes et les femmes d?un pays. De Madagascar, de France, de Maurice aussi. Points communs : fragilité et force. Surtout cette façon de se mouvoir. De nous émouvoir. D?agir comme des miroirs. Reflets de notre âme, de nos convictions, de notre quotidien. Un besoin de se reconnaître et de se dire humain. C?est tout cela et plus encore que donne à voir l?exposition qui se tient depuis jeudi à la galerie Hélène de Senneville à Pointe-aux- Cannoniers.

Si la plupart des artistes réunis par Hélène de Senneville s?est attaché à retranscrire une vision physique des hommes et femmes de leur pays, d?autres préfèrent nous laisser deviner la vie qui bouillonne sous la couche de peinture apparente.

Oeuvres d?un collectif à la fois semblable et hétérogène, l?exposition Hommes et femmes de mon pays, met des couleurs sur l?essentiel : le propre de la personne. Des silhouettes longilignes de Michèle Maingard à la Reflexion de Virginie Dalais, en passant par Les danseuses de séga de Siddick Nuckcheddy, les femmes du pays sont éthérées. Si Michèle Maingard les a peintes grandes et bien faites, elle a pris soin d?omettre tous les traits.

Impossible de savoir si ces femmes-essentielles, aux formes aussi pleines que les fruits tropicaux qu?elles vendent, sont heureuses ou seulement fatiguées, si elles sourient ou boudent sans répit. Chez Maingard, les couleurs pétantes respirent la joie de vivre, chez Dalais aussi. Il n?y a pas plus d?explication.

Ces femmes ? elles inspirent beaucoup plus les dix artistes qui exposent actuellement à la galerie de Senneville ? restent anonymes. Tout le monde et personne à la fois. A l?huile, au couteau ou au pinceau, leur visage est lisse et sans expression.

Marquantes exceptions à cette tendance nettement dessinée chez José Lorenzi aussi, les portraits du Malgache Léon Fulgence. A travers les scènes du quotidien malagasy, ce sont les traits typiques de la Grande Ile qu?il a tracés à grands traits dans les yeux de son Groupe d?hommes aux chapeaux de paille.

A la vue du tableau, on se surprend à se pencher et à tendre l?oreille pour tenter de saisir les échanges entre le personnage mis à l?écart, comme en confrontation avec les autres. Idem pour ses Femmes assises aux chapeaux ronds. Palabres de quartier, confidences ou conseils ? Discussion politique peut-être. Le pinceau décidé et habile de Léon Fulgence livre une bonne part de l?identité malgache : simplicité et convivialité.

Des caractéristiques qui ne demandent qu?à être partagées par les Eternelles de Mariko. Cheveux aux vents, exubérantes, regard profond. Elles ont dans le geste ce qu?il faut d?épaisseur pour soutenir les iris exorbités de portraits au crayon de Jean Pierre de Sornay.

Si la plupart des artistes réunis par Hélène de Senneville s?est attaché à retranscrire une vision physique des hommes et femmes de leur pays, d?autres préfèrent nous laisser deviner la vie qui bouillonne sous la couche de peinture apparente.

C?est dans cette catégorie que nous classons l?entreprise de Jocelyn Thomasse. ?J?aime tout ce qui est structuré?, dit-il sans hésiter. Cela se voit dans ses aquarelles et ses techniques mettant en scène, qui, une Boutique à Port-Louis, qui Le marché de Port-Louis, qui une rue de la capitale. Une rigueur revendiquée par ce ?disciple de Constantin?, qui ne recule pas devant l?autocritique. ?Dans ce que vous voyez, il a une incursion mal réussie dans l?univers de l?huile. Je trouve qu?il manque la spontanéité de l?aquarelle.? C?est aussi cela être humain : sortir grandit.

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