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Hommage à Noël Coignet

29 août 2005, 00:00

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En cette fin d?août 1980, un lecteur anonyme mais aux initiales lumineuses (Y.L.) rend un hommage filial à Noël Coignet qui ?s?est éteint stoïquement (retenez cet adverbe, il n?est pas de trop et résume parfaitement la vie d?un Mauricien exemplaire) après une courte maladie?.

Avant d?être le nom d?un arrêt d?autobus rappelant concrètement celui des coches d?antan, sans doute au deuxième lieu après Port-Louis, la Quatrième Borne pouvant en marquer le quatrième du côté de La Louise, avant d?être celui d?une assurance (aussi connue comme la Mauritius Union Assurance), Coignet est le patronyme d?un gentilhomme mauricien pour lequel Y.L. nourrit la plus vive gratitude, sans doute parce qu?il a beaucoup appris de ce mentor qui a su lui communiquer, le bien le plus précieux au monde : l?intelligence du c?ur pour pouvoir communiquer, sans barrière et de plain pied, avec tout autre être humain n?ayant que sa sincérité et ses nobles passions intérieures à offrir en partage. On peut voir dans cet hommage celui qu?un disciple rend à son maître, sachant qu?il lui doit une grande partie de sa connaissance de soi, de sa connaissance de l??Homo mauricianus?, si divers et donc si riche !

Y. L. situe, au préalable, la grand-route entre Beau-Bassin et Rose Hill, la montée servant peut-être de frontière entre deux mondes, entre deux atmosphères. Il salue ?la vieille maison coloniale qui donne son nom à la montée?. Il n?oublie pas les grands multipliants qui, de l?autre côté, ?ombragent la route et le pilier en pierre où est gravé le numéro 250?.

La famille Coignet y réside, de génération en génération, depuis 1802, précise-t-il d?entrée à bon escient. On connaît ses racines ou on les connaît pas. Et pour ne pas être grecques ou latines, elles ne sont pas moins belles, solides, profondes et gorgées de sève mauricienne. Un enracinement qui rend une terre sacrée même si elle peut faire figure de mouchoir de poche. Vendre la terre ancestrale, vendre un lieu de mémoire, une terre que le souffle d?un esprit anime, vendre ?une maison pleine de fantômes? : peut-il y avoir stupidité plus grande ?

Y a vécu Noël Coignet, ?ce vieux gentilhomme à la bonté discrète?. Et Y.L. de rappeler son ?sourire plein de finesse et de bienveillance presque paternelle?. Une paternité qui remplace peut-être l?absence d?un être qu?on n?a pu ne pas connaître ni chérir parce que trop tôt disparu, trop tôt enlevé d?auprès les siens.

?Bonjour l?ami !? C?est ainsi que Noël Coignet accueillait ses visiteurs quels qu?ils soient. Y.L. précise : ?L?ami, un mot qui, pour lui, avait sa pleine signification?.

Une surprise attend ceux qui participent à ses funérailles. Le curé Claude Espitalier-Noël, S.J., vend la mèche. Noël Coignet consacrait beaucoup de son temps aux pauvres et aux ?uvres. Plus rares sont toutefois ceux qui, comme lui, osent rendre visite régulièrement ?aux prisonniers de Beau-Bassin pour leur apporter un peu de réconfort?. Y.L. apprécie : ?Cette charité peu ostentatoire imprègne la vie de Noël Coignet et complète ce personnage attaché aux manières vieille France?. On peut y voir aussi un auto-portrait, non voulu, mais réussi de Y.L. Il est vrai qu?on n?écrit bien qu?avec son c?ur.

Plus professionnel, Y.L. ajoute que, dans sa fonction d?assureur, Noël Coignet est un modèle de dévouement. On pourrait y ajouter que ceux et celles, ayant aujourd?hui le privilège de travailler dans le secteur de l?Assurance, peuvent y prendre de la graine. Ils doivent émuler Noël Coignet en se sachant au service d?une île Maurice souffrante, temporairement ou en permanence.

Noël Coignet débute en 1923 à la Mauritius Fire Insurance Co. Ltd, la filiale d?une compagnie londonienne. En 1948, il s?en détache pour fonder, avec 225 petits épargnants, la Mauritius Union Assurance, aujourd?hui la doyenne de ce secteur d?activités. Elle a de plus l?avantage d?être mauricienne à 100 %. Elle est appelée à voler de succès en succès sous la conduite de Noël Coignet, de Cyril Duchesne, de Gervais Salaün, de Jean Noël Lan et désormais de Jacques de Navacelle.

Y.L. rappelle que la fondation de la M.U.A. correspond à une intense période de reconstruction, après la guerre de 1939-45 et les trois cyclones de 1945. ?Nombreux sont ceux qui lui doivent un toit?. Il se souvient du conseil de son mentor : ?La meilleure garantie que vous pouvez avoir c?est, non pas l?hypothèque, mais l?honorabilité du client lui-même?. La lutte anti-corruption et une certaine presse devraient en prendre de la graine, elles qui s?acharnent quotidiennement à déshumaniser les relations professionnelles, et donc humaines, dans le monde mauricien des affaires. La mesquinerie et la jalousie sont en train de tordre le cou à une culture de confiance. Raoul Rivet disait : ?Il faut être voleur pour pouvoir soupçonner autrui d?en être un?. Faisons-nous encore des Mauriciens de cette trempe ?

Droiture et sens du devoir sont les principales qualités du fondateur de la MUA. Y.L. rappelle aussi sa passion pour l?histoire de notre pays, l?humour avec lequel il en rappelait les anecdotes les plus savonneuses. ?Il aimait les pierres et les ruelles pittoresques, les fleurs, l?horticulture et par-dessus tout ses gerbes d?or, ces orchidées qui ne donnent de belles fleurs que si on sait leur parler avec amour?.

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