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Hervé Masson, le géant
Révélation ! Voilà le mot qui convient pour qualifier et même tenter paradoxalement de qualifier une rétrospective, consacrée à l??uvre gigantesque et multiple d?Hervé Masson, devant se graver à jamais dans la mémoire artistique des visiteurs que nous souhaitons ? pour eux, pour nous ? le plus nombreux possible.
À vrai dire, il serait plus juste de parler ici de « révélations » tant le visiteur est aimablement convié à aller d?un chef-d??uvre à un autre, d?une surprise à une autre, d?un choc visuel à une nouvelle émotion, d?une certitude à une nouvelle découverte, d?une conviction à une nouvelle conversion, avec en fin de parcours, une conclusion irréfutable : « Hervé Masson est un géant et nous sommes tous des nains. » Point final. Plus rien à ajouter.
Il faudrait pouvoir courir à nouveau à l?Institut Mahatma Gandhi, devenu vraiment la capitale artistique de cette île Maurice omniprésente dans l??uvre d?Hervé Masson, dans l??uvre des Masson, une de ces nombreuses familles mauriciennes où le talent ? et quel talent ? est contagieux et où l?émulation demeure un pain quotidien.
Il faut retourner au MGI toute affaire cessante et pouvoir s?y installer à demeure afin de ne pas perdre ne serait-ce qu?une miette de ce festin pour les yeux que constitue le merveilleux regroupement, d?une telle profusion de chefs-d??uvre artistiques réalisés par des mains mauriciennes, par une pensée mauricienne, par une intelligence mauricienne devant lesquelles une patrie pleine de reconnaissance et de gratitude devrait s?incliner en cherchant comment leur en savoir perpétuellement gré.
Il faudrait pouvoir se remplir les yeux à jamais de toutes ces merveilles humblement mais fièrement signées Hervé Masson, le patronyme d?une force tranquille sachant avoir toujours raison, même quand dehors grondent les cyclones, l?incompréhension, la bêtise ? toujours grande et imprévisible au pays du dodo endormi et éteint ?, l?emprisonnement, la jalousie, les expulsions, l?exil et tant d?autres stations jalonnant le chemin de Croix d?un pèlerin de l?Absolu, ignorant l?existence même des mots compromis et compromissions.
<B>Une sensibilitéhors du commun</B>
Et si on veut joindre l?amusement à l?agréable, nous pouvons toujours nous demander lequel des Hervé Masson l?emporte sur les autres : le Mauricien autodidacte cherchant sa voie et celle des autres dans ce Cénacle curepipien, panthéon en miniature rassemblant déjà d?autres génies de l?envergure de Malcolm de Chazal, Hervé Dalais, Marcel Cabon, Edmée Lebreton, Raymonde de K/Vern, Sophia, Paula Masson, Serge Constantin, Andrée Poilly, Franck Avray Wilson, Hugues de Jouvancourt.
Le Hervé Masson maître désormais de son génie artistique et de ses pinceaux mais cherchant encore sa voie picturale à travers plusieurs écoles telles ce misérabilisme, admirablement servi par cet autre géant qu?est Bernard Buffet ; le Hervé Masson militant pour l?indépendance de son île natale ; le militant des années de braise espérant pouvoir traduire dans l?action et dans la vie ses idées politiques ; celui des nouveaux exils devant se contenter jusqu?à sa mort de l?amertume de l?ingratitude des hommes en commençant par celle de ses compatriotes et contemporains.
Comment oser après tout cela, parler de Malcolm de Chazal, ce compagnon des errances juvéniles, comme le poète ou le peintre maudit et incompris de cette même île Maurice ? Que n?a pas reçu Chazal et qui fut toujours refusé à Hervé Masson de son vivant et même au-delà de sa mort, en supposant que la mort puisse enfermer un génie tel que lui.
Courons voir et revoir, se remplir les yeux de toutes ces réalités locales et étrangères recrées à notre intention par un Mauricien que d?aucuns n?hésitent pas à associer avec les plus grands noms de la peinture française de la fin du xxe siècle.
Demeurons béats d?admiration devant ces lavandières, ces sonneurs de cloche, ces autoportraits, ces hommages rendus à Sibylle de Robillard, ces poissons sur le plat, ces péniches posant devant un Coin de Mire plus triangulaire que jamais, ces nus féminins (vandales de l?île Maurice reculante, vous êtes prévenus), ces paysages français morcelés non pas en surface mais en hauteur, ces tortues chères à Loys, ces musiciens, ces footballeurs (tout à l?honneur du Dodo Club), ces courses de chevaux vertigineuses, ces natures mortes, ces lagunes rouges, cette année de prison 1972, ces danseuses de séga, ces dockers, ces Olympia des îles, ces hommages à Manet, tous ces chefs-d??uvre contenant si bien chacun l?empreinte d?un génie pictural et d?une sensibilité hors du commun.
<B>Une île Maurice qui déchire ses enfants les plus doués</B>
Et comme nous ne savons jamais quand notre mémoire laissera s?affadir le souvenir qu?on voudrait ineffaçable d?une rétrospective si parfaite, si réussie (Merci Brigitte et les autres !), offrons-nous un merveilleux catalogue qui doit servir d?exemple à toutes nos autres expositions artistiques.
Offrons-nous l?ouvrage de référence de Bernard Lehembre, autre Mauri-cien de c?ur, consacré à « Masson, Hervé dit Hervé Masson, peintre et homme politique (et journaliste, et essayiste, et écrivain, et mystique) de l?île Maurice » de tous les temps, d?une île Maurice qui déchire ses enfants les plus doués au lieu de les porter aux nues. Visiter la rétrospective Hervé Masson, c?est déjà faire ?uvre d?expiation et offrir à cet exclu ce qui lui revient de droit et qui lui fut toujours refusé.
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