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Hervé Gaymard : ?La France fera tout pour aider Maurice?
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Hervé Gaymard : ?La France fera tout pour aider Maurice?
?<B>Hervé Gaymard, qu?avez-vous retenu de cette visite à Maurice ? </B>
J?ai été d?abord très heureux de retrouver Maurice. Sur la question du sucre, nous avons ensemble un combat à mener. Il y a des consi-dérations qui tiennent à l?Organisation mondiale du commerce (OMC) et à l?attaque faite par le Brésil, l?Australie et la Thaïlande contre la politique sucrière européenne à destination des pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Cela va conduire l?Europe à réformer sa politique sucrière. Les négociations vont commencer réellement au prin-temps de l?année prochaine et vont se terminer vraisemblablement au tournant de l?année prochaine ou au début de 2006. Ce que nous souhaitons, c?est aider Maurice et les autres pays ACP à continuer à avoir une production sucrière et cannière très importante sur les plans économique, social et environnemental.
?<B> Quel message avez-vous transmis aux responsables des secteurs public et privé que vous avez rencontrés ? </B>
Le message est que nous sommes aux côtés de Maurice pour l?aider à défendre ses légitimes attentes à la fois devant l?Union européenne et devant l?OMC. Ce sujet n?est pas uniquement européen. Il est européen parce qu?il y a eu des recours du Brésil, de l?Australie et de la Thaïlande devant l?OMC. Nous sommes donc typiquement dans un sujet lié à la mondialisation. Et vous savez que le président français Jacques Chirac plaide inlassablement pour une mondialisation humanisée. Le dossier du sucre en est un parfait exemple. Nous avons un rude combat à mener et nous avons décidé de le mener aux côtés de Maurice et des autres partenaires. Il y aura du pain sur la planche dans les mois qui viennent.
?<B>Quelle est la position de la France face aux propositions de réforme du régime sucrier européen ? </B>
Nous avons dit ce que nous avions à dire. Nous souhaitons que la situation particulière des Etats ACP soit prise en compte. Pour l?instant, nous ne sommes pas encore dans le c?ur des négociations. Nous ne sommes même pas en présence des résultats définitifs de la procédure engagée devant l?OMC qui devraient tomber en mars prochain. Nous ne sommes pas non plus en présence des propositions précises de la Commission européenne. Pour l?instant nous sommes sur des objectifs communs et la route sera longue et ardue.
?<B>Quelles sont les possibi-lités que nous obtenions une baisse de prix moins importante et une durée plus longue avant sa mise en application ? </B>
Je ne peux pas vous répondre. La négociation n?a pas commencé et a fortiori n?est pas terminée.
?<B>Quels sont les objectifs communs que vous venez d?évoquer ? </B>
L?objectif est que la situation particulière des Etats ACP, notamment celle de Maurice, soit prise en compte. Il faudrait que l?importance de la canne pour l?économie, le social, et l?environnement soit considérée.
?<B> Existe-t-il une possibilité que Maurice obtienne une compensation similaire à celle de la Réunion dans le cadre d?une baisse du prix du sucre ? </B>
La situation n?est pas comparable. Les régions ultrapériphériques sont membres de l?Union européenne. Les citoyens de ces régions paient des impôts à l?Union européenne. Ce qui n?est pas le cas des Mauriciens. De plus, les coûts de production et les coûts salariaux ne sont pas les mêmes entre les Etats ACP et les régions ultra-périphériques. Je pense que le principal angle d?attaque pour les ACP et Maurice est de défendre une mondialisation humanisée et de dire qu?il n?est tout simplement pas possible, compte tenu de tout ce que l?Europe a fait en matière sucrière envers les Etats ACP, de laisser tomber cette belle oeuvre du jour au lendemain.
?<B>Vous regrettez l?offensive idéologique et politique contre les préférences commerciales?</B>
Oui. Je pense que nous avons là un véritable combat idéologique et je pèse mes mots. Ce que l?on appelle la clause de la nation la plus favorisée (NdlR: Most Favoured Nation) profite toujours aux pays les plus favorisés. Dans la jungle du commerce mondial, il faut des règles protectrices pour les pays les plus faibles. Il leur faut donc des accès privilégiés sur les marchés européen et américain, entre autres. Ce principe de préférences commerciales spécifiques est attaqué devant l?OMC au nom d?une idéologie libre-échangiste partagée aussi bien par des pays très développés, comme l?Australie et la Nouvelle-Zélande, que des pays qui se développent beaucoup mais qui ont encore des retards de développement comme le Brésil et la Thaïlande. Nous avons donc de ce point de vue un vrai combat politique.
?<B>Souhaitez-vous que tout le dossier sucre soit traité au niveau multilatéral dans le cadre de négociations globales sur l?agriculture à l?OMC ? </B>
Je pense qu?il l?est de fait. L?agriculture est un sujet de négociations commerciales depuis l?Uruguay Round. Les questions agricoles font donc partie des discussions commerciales multilatérales. Il n?y a donc rien denouveau.
?<B>Que pensez-vous de tous ce que vous avez vu à Maurice et des différentes rencontres que vous avez eues avec la communauté sucrière dans son ensemble ? </B>
J?ai vu l?excellence de la filière cannière mauricienne, les im-menses progrès qui ont été faits ces dernières années, l?innovation tout à fait remarquable dont témoignent la centrale thermique de Belle-Vue et le développement équilibré de cette filière qui laisse une place substantielle aux petits planteurs. C?est tout à fait important pour l?équilibre économique et social de Maurice.
La France qui est un des pays parmi les 25 Etats membres de l?Union européenne fera tout ce qu?il faut pour aider Maurice dans ce combat. Nous ne sommes pas les seuls décideurs. Il faudrait convaincre les 24 autres et vos ministres s?y emploient. La position de la France ne suffira pas. Il y a les 24 autres pays de l?Union européenne et les 150 membres de l?OMC à convaincre.
?<B> Un des principaux arguments de Maurice est la multifonctionalité de l?industrie sucrière. Pensez-vous qu?il s?agit d?un élément pertinent ? </B>
Oui, nous partageons la même vision de l?agriculture. Ce secteur n?inclut pas seulement la production de biens de qualité. C?est aussi l?occupation de l?espace, l?entretien de nos paysages et, avant toute chose, maintenir des femmes et des hommes pour qu?ils puissent vivre et travailler au pays. C?est cela le plus important. L?économie ne doit pas être une abstraction. Elle doit être destinée à l?homme. Et c?est bien le problème de cette mondia-lisation qui se fait souvent au détriment des hommes et des femmes de cette planète.
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