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Film documentaire

Selven Naidu : Une odyssée contre l’oubli

28 juillet 2026, 11:00

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Selven Naidu : Une odyssée contre l’oubli

Ne donner la parole qu’aux natifs des Chagos. Ceux qui ont vécu le déracinement de l’archipel dans leur chair. Tout en éclairant ce pan d’histoire contemporaine par l’acuité des analyses politiques et historiques. C’est le pari de «Chagos-La Haye, l’Odyssée d’un peuple», film documentaire réalisé par Selven Naidu. Le film, dont les droits ont été achetés par TV5 Monde, sera diffusé en avant-première aujourd’hui, 28 juillet, avec le soutien de La Sentinelle Ltd.

Jour-J, 22 mai 2025. Zoom sur Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos. Il vit, de l’intérieur, la signature virtuelle de l’accord transférant la souveraineté des Chagos du Royaume-Uni à Maurice. La caméra de Selven Naidu saisit la puissance du réel : la tension palpable, l’interminable attente, la solennité du protocole. Puis la déflagration d’une joie dont l’éclat a toujours ce côté poignant, venu des plaies jamais refermées du déracinement et de l’exil.

Avant-première, aujourd’hui, 28 juillet, de Chagos-La Haye, l’Odyssée d’un peuple, film documentaire réalisé par Selven Naidu. Trois années passées à rassembler les fragments d’une mémoire dispersée : celle d’un peuple arraché à ses îles natales, Diego Garcia, Peros Banhos et Salomon. Trois années à remonter le fil des origines, pour recueillir la vérité des natifs. Car ce sont eux, et seulement eux, qui ont traversé l’océan et l’épreuve du feu, le cœur aussi lourd qu’une pierre, à cause de lasagrin. Alors que leurs voix s’éteignent chaque jour un peu plus.

Qu’en est-il des dissidences de Crawley, des descendants qui réclament leurs droits autant que leur propre récit ? Selven Naidu a choisi de ne pas s’aventurer dans les fractures internes de la communauté chagossienne. L’essentiel de cette odyssée, dit-il, est ailleurs : «Ce n’est pas que de la souffrance, c’est la résilience».

L’émotion promet de serrer les gorges et de mouiller les regards durant les 2 h 10 du documentaire. Il condense les trois années pendant lesquelles Selven Naidu n’a pas seulement suivi les Chagossiens : il a gagné leur confiance, partagé leur quotidien. «Les Chagossiens sont des êtres très ouverts. Un peu plus que les Mauriciens.» Avec eux, le réalisateur est passé du rire aux larmes dans les centres de Pointe-aux-Sables et de Baie-du-Tombeau. Il a traversé les mers jusqu’en Angleterre puis à Washington, au rythme de leur histoire.

Deux heures dix, c’est «extrêmement long», reconnaît Selven Naidu. Le premier montage, nourri de plus de 300 heures de rushes, durait cinq heures. On a alors suggéré au réalisateur d’en faire une série de cinq épisodes d’une heure. Mais cela créait un «problème de structure», chaque épisode devant s’achever sur une «note de tension, pour susciter l’intérêt pour le prochain épisode». Alors, il a tranché dans le vif. Sans perdre de vue l’essentiel. «Il n’y a strictement rien qui soit purement esthétique. Et il n’y a pas de temps mort dans le film», affirme-t-il.

Genèse du projet

L’odyssée n’est pas seulement celle d’un peuple. Elle est aussi celle de la fabrication du film, avec une gestation de neuf mois de montage. Tout commence le premier jour du confinement lié à la pandémie de Covid-19. Coupé du monde, Selven Naidu se tourne vers sa bibliothèque. Le premier livre qu’il ouvre est L’an prochain à Diego Garcia (2011), de Jean Claude de l’Estrac. «Il me l’avait dédicacé, je ne l’avais pas encore lu.» Le réalisateur poursuit avec L’Archipel du Sagrin (2018), de Nando Bodha.

Les lectures refermées, vient le temps de l’écriture. D’une traite, Selven Naidu rédige un scénario de 200 pages. Mais parce qu’un scénario est, selon lui, «beaucoup de choses qu’on invente», le texte reste dans un tiroir. Jusqu’en 2023, année de commémoration du 50e anniversaire de l’expulsion des Chagossiens de leur archipel. Le réalisateur visite une exposition photographique organisée à cette occasion. «Il n’y avait que des femmes dans les manifestations. Je ne comprenais pas pourquoi.» Un visage lui revient en mémoire, celui d’une dame qui passait devant chez lui pour se rendre à l’usine de boul ble, ces cubes qui servaient à blanchir le linge. «J’ai appris plus tard que la sœur d’Olivier Bancoult avait travaillé dans cette usine.»

Le réalisateur prend rendezvous avec Olivier Bancoult. «Je le connaissais depuis l’enfance. On a vécu dans le même coin à Cassis. Il connaissait mon père, mais on ne s’était jamais parlé.»

À l’idée d’un film, Olivier Bancoult se montre «maladivement prudent». Il exige de «bétonner» le projet par un contrat signé devant avocats, accompagné d’un droit de regard sur le documentaire.

Peu à peu, une proximité s’installe. Selven Naidu suit Olivier Bancoult comme son ombre. Le transporte dans sa voiture, tout en le filmant. Le lien est fort. Le droit de regard n’a pas été exercé, affirme le réalisateur.

Entre-temps, Selven Naidu dissèque les films déjà consacrés aux Chagos : Stealing a Nation, de John Pilger (2004), et Chagos ou la mémoire des îles, de Michel Daëron (2010). Son choix visuel est clair : raconter l’histoire des Chagossiens depuis l’expulsion, leur arrivée à Maurice, l’émancipation des femmes, et puis «il y a un homme qui émerge de ce magma, Olivier Bancoult». Le réalisateur se défend d’avoir fait un film à la gloire du leader du GRC.

Le documentaire fait résonner plusieurs voix, en créole, en français et en anglais. Une seule manque : celle de Liseby Elysé, devenue une figure emblématique après ses larmes devant la Cour internationale de justice de La Haye. «C’est la seule qui a refusé», confie le réalisateur. «Elle m’a dit que ces larmes ont fait du bien mais aussi du mal.»

Il n’y a pas de narrateur. «J’ai horreur de la voix off», lance Selven Naidu. «Un documentaire doit rester cinématographique. C’est trop facile de faire un film sur un sujet très fort et de le faire n’importe comment. L’histoire, elle existe indépendamment du réalisateur. Comment on raconte ce sujet, c’est cela, le job du réalisateur. C’est là qu’il montre son talent.»

Exclusivité achetée par TV5 Monde

L’avant-première de ce mardi 28 juillet, organisée avec le soutien de La Sentinelle Ltd, sera l’unique projection mauricienne de «Chagos-La Haye, l’Odyssée d’un peuple». Les droits exclusifs de diffusion du documentaire ont été acquis par TV5 Monde. «Les droits sont bloqués pendant trois ans.»

Le film sera traduit en huit langues. Les dates de diffusion sur TV5 Monde restent inconnues. Comment les portes de la chaîne se sont-elles ouvertes ? Le réalisateur y voit, en partie, la «chance d’être connu», fort d’un parcours jalonné, il y a 25 ans, par «Le rêve de Rico», court-métrage primé à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes en 2001. «Je fais partie des dinosaures.» L’expression ne froisse pas Selven Naidu.

Il observe que beaucoup — sans généraliser — de jeunes réalisateurs se tournent davantage vers la fiction et les formats courts pensés pour les réseaux sociaux. Une voie qu’il juge «plus facile à faire» que le documentaire, où le véritable défi consiste à composer un film avec le réel.

Un budget de «plusieurs millions»

L’émotion a aussi son prix. «Chagos-La Haye, l’Odyssée d’un peuple» a nécessité un «montage financier complexe». Son budget ? Selven Naidu se contente d’évoquer «plusieurs millions de roupies».

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