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Hervé de Sornay découvre Maurice Rault
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Hervé de Sornay découvre Maurice Rault
Hervé de Sornay n’est pas n’importe qui. Il est un de nos rares journalistes, avec André Masson, à avoir conservé leur audience et l’estime de leurs lecteurs même après avoir eu à abandonner leurs fonctions professionnelles et médiatiques. Ses écrits sont d’une rare qualité littéraire. Il est, en outre, de ceux qui ne craignent jamais de dire ce qu’ils penseent même si cela va à l’encontre des idées à la mode. Le jugement qu’il porte sur Maurice Rault, en tant que biographe de notre Père Laval (Les 177 premières années du Bienheureux Laval) vaut son pesant d’or et ne peut que nous inciter, surtout en ces temps de Nativité, à relire cette puissante œuvre méditative.
Hervé de Sornay avoue ne pas connaître personnellement l’homme, Maurice Rault, avant d’avoir lu sa biographie du Père Laval. “Son livre nous ouvre toutes grandes les portes de son être authentique”. Se référant à des apparences, forcément trompeuses, il ne le voyait qu’à travers le légiste austère “emmuré dans l’univers glacé de la magistrature, modelé par l’intransigeance de ses règles et de ses traditions... Vivante incarnation du dura lex sed lex, l’inflexible serviteur de la Loi, un visage hermétique, rarement éclairé par la lumière d’un sourire, l’âme indéchiffrable”.
Le miracle d’une lecture lui fait découvrir le “visage d’un homme charnel capable d’émotion... qui ne cherche pas dans la seule raison, sa direction morale, mais aussi dans la sensibilité”. Les pages des 177 premières années lui permettent de pénétrer à l’intérieur de la conscience de l’auteur “pour qu’éclate l’image marmoréenne” dont il l’avait faussement attribué.
Hervé de Sornay a pourtant bien connu le père de Sir Maurice, notre chef juge d’il y a 25 ans. Marcel Rault est connu pour sa connaissance de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin (1225-74), une des œuvres théologiques de ce Docteur de l’Eglise, faisant à elle seule environ 20 000 pages. De Sornay témoigne que s’asseoir à ses côtés dans un autobus, c’était partir inévitablement à l’assaut des sommets de la pensée humaine où il suivait son mentor en haletant. Le ras des pâquerettes n’était pas sa tasse de thé. Il lui fallait d’instinct les altitudes les plus élevées. Sa vitesse de croisière se situait au niveau de l’abstraction métaphysique où saint Thomas d’Aquin établit, en plénitude, l’harmonie entre la foi et la raison. Il s’avoue subjugué par son éloquence verbale et “n’avoir jamais pu résister aux sortilèges des mots”.
Il ne considère pas les 177 premières années comme une énième biographie du Père Laval mais plutôt comme la somme de longues méditations sur une expérience exceptionnelle, faite pourtant d’humilité et d’effacement. Il s’agit, en fait, d’un feu sacré capable de transformer en citoyens modèles des personnes, au départ, rebelles au plan divin de salut qui leur est proposé. Le seul atout dont dispose le missionnaire Laval, l’apôtre de l’île Maurice, c’est l’imitation du Christ qui rayonne de sa personne et qui le transfigure. A mesure que s’écoulent ses jours, se manifeste plus clairement en lui, par lui et à travers lui, l’amour miséricordieux et paternel de Dieu pour chacun d’entre nous. La tâche est terriblement lourde pour ses frêles épaules. Mais dans son étroite poitrine bat un cœur trempé dans l’acier le plus pur. Il sait sa route parsemée d’obstacles, les uns plus insurmontables que d’autres. Il s’y engage pourtant “les mains débordantes de la sublime monnaie de la charité... afin de lancer les damnés de la Terre à l’assaut du Paradis”. De Sornay salue en Maurice Rault, “le chantre inspiré du Bienheureux Laval”.
L’hagiographe ne sublime pas son héros pour autant. Il le présente simplement prêt à toutes les luttes, “à tous les holocaustes”. De Sornay confirme n’avoir trouvé, dans cette biographie lavalienne, “aucune exaltation bigote ni aucune boursouflure”. L’auteur s’attache seulement à mettre en exergue “la pureté sans faille de son héros, les causes déterminantes de sa sainteté”. Le juge aide l’auteur “à réussir cette éclatante illumination des zones d’ombre et de clarté d’un cœur fraternel, exorable à tous les appels de la misère et de la désespérance en constante ascension vers l’apothéose des élus”.
Le livre de Maurice Rault, commente Hervé de Sornay, “frappe surtout par la richesse de sa substance, nourrie aux sources d’une érudition dont elle indique la dimension. Elle frappe également par la poésie qui, çà et là, affleure à sa surface... et y met ses notes claires. Dans cette prose si sûre d’elle, tirée au cordeau de l’intelligence, il n’y a point de mots qui soient jetés au hasard de l’aventure... Il serait difficile de surprendre Maurice Rault en flagrant délit d’infraction aux lois de la rhétorique”.
Que sommes-nous petits à côté de tels géants !
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