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Herbert de Luca : toute crise stimule le bricoleur

11 février 2008, 20:00

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Au début de 1983, l?express donne la parole à M. Herbert de Luca, grand bricoleur devant l?Eternel. Il compte bien bricoler jusqu?à la fin de ses jours. Bricoler c?est, dit-il, toute ma vie. Ce qui compte pour lui, c?est de donner vie au métal, au bois, à toute matière inerte. A 73 ans, il avoue : «Je n?ai jamais été autant occupé de ma vie. Plus une minute à perdre». Comme on le comprend.

Administrativement, il est enfin à la retraite. Mais il n?a jamais su la signification exacte de ce mot. Concrètement, cela veut dire, pour lui, ne plus avoir besoin de travailler à tel endroit précis et à des heures régulières. Cela lui laisse le loisir d?aller travailler ailleurs. Et s?il ne travaille pas, il a le temps de relire ses livres sur la mécanique et les plus récentes inventions. Il peut toujours se rabattre sur le scrabble ou la pétanque. Heureux ceux qui se plaignent de la brièveté de leurs jours et des heures qui passent trop vite. Ils ont l?éternité devant eux.

En 1983, Ireland Blyth fabrique des plaques chauffantes électriques de la marque Ibela. Mais les initiales H.L. sont apparentes sur chaque appareil. C?est qu?il s?agit d?un procédé de fabrication d?Herbert de Luca qu?IBL rachète pour le commercialiser car si H.L. est un bricoleur hors pair, il ne s?intéresse nullement à l?exploitation commerciale des prototypes qu?il met au point. Après tout, si cela intéresse d?autres personnes... Ce qui lui plaît par-dessus tout c?est d?améliorer encore et toujours ce qu?il a déjà réussi. Ce perfectionniste est également un éternel insatisfait. L?autosatisfaction ? Connait pas. En cherchant bien, il trouve toujours un détail qui cloche, un nouveau défi à relever. Corrige-moi, si tu peux.

Sa passion pour le bricolage remonte à sa tendre enfance. La mécanique l?obsède déjà. Les locomotives à vapeur le fascinent. Il décide d?en fabriquer une. En modèle réduit pour commencer. Il récupère, à cet effet, des boîtes d?Ovaltine usagées. La chaudière d?eau bouillante éclate à sa figure. A 13 ans, il met au point un appareil pour marquer, en un quart d?heure, un court de tennis. Avec planches, ficelles et chaux en poudre, cela prenait, auparavant, des heures.

Il jette son dévolu sur de vieilles horloges en panne ou hors usage. Il déshabille allégrement Paul pour vêtir Pierre. Ou l?inverse. Echange grande aiguille contre ressort de balancier. Il transforme les irrécupérables ou presque en pendules à quartz. Le bas du meuble, n?abritant plus le balancier massif, il le transforme en bar ou en réserve de bouteilles et autres précieux flacons.

Il n?a que son School Certificate et un stage de six mois au Collège d?Agriculture pour y étudier les mathématiques appliquées et la physique. Il prend ensuite de l?emploi comme technicien dans une salle de cinéma, située près du Pathé Palace, rue Leclézio, dans les hauts de Curepipe. Il touche Rs 20 par mois et ambitionne d?acheter une voiture, coûtant alors Rs 150 l?unité. Sévit alors la crise économique du début des années 1930. Une salle de cinéma réunionnaise fait appel à ses services. De la Réunion, il passe à Madagascar, toujours à des fins cinématographiques. Le paludisme le mine. Il doit rentrer à Maurice, à l?état de squelette ambulant.

Eclate la Seconde Guerre mondiale. Pour gagner sa vie, il bricole. Une indiscrétion professionnelle et même douanière lui apprend qu?on se dirige droit vers une pénurie d?allumettes. Qu?à cela ne tienne. Elle ne tombe pas dans l?oreille d?un sourd. Et Herbert de Luca met au point un briquet électrique que convoitent bientôt les ménagères en panne d?allumettes.

La guerre finie, Herbert de Luca ouvre un atelier de réparation de postes de radio. Maurice compte deux autres dépanneurs : l?agence Philips et M.D. Patel. Faut croire que le dépannage ne nourrit pas son homme car Herbert de Luca accepte parallèlement un emploi de clerc au bureau de la Mare au Vacoas, l?ancêtre de notre CWA en panne d?eau. Qu?à cela ne tienne, aurait dit Herbert de Luca. Un bricoleur a réponse à tout. Ne serait-ce que pour empêcher toute goutte d?eau douce d?aller dans la mer salée et l?on ne sait pas trop pourquoi. Il se lance dans le camionnage mais se lasse de la concurrence croissante. En 1962, il se lance dans la fabrication de lanternes de rue. Sa fabrique se trouve rue Saint-Ignace, Port Louis. Des lampadaires, il passe aux lampes de porche et même aux plaques chauffantes électriques. Il met aussi au point un système de rideau, fonctionnant grâce à une cellule photo-électrique.

On peut être bricoleur mais aussi philosophe. Herbert de Luca est formel : Toute crise économique stimule l?esprit inventif du bricoleur. Le contraire d?un bricoleur c?est le consommateur. Moutonnier de surcroît. A méditer, en ces jours de pénurie alimentaire annoncée.

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