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Budget 2026-2027

Baisser les salaires des élus ?

11 juin 2026, 15:30

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Baisser les salaires des élus ?

La question paraît simple. Elle met néanmoins plus d’un élu mal à l’aise. Lundi, les députés hongrois ont voté, unanimement, une baisse de 40 % de leur salaire pour redresser les finances publiques. «Il s’agit d’humilité», a justifié le nouveau Premier ministre, Péter Magyar, élu en avril sur la promesse de rompre avec l’ère Viktor Orbán, dont la corruption aurait coûté 186 milliards d’euros au pays.

Dès juillet, le salaire de base des députés passera donc de 6 150 à 3 690 euros bruts et les indemnités annexes – téléphone, logement, loyers de bureaux – seront rabotées. Une économie équivalant à un an de fonctionnement du Parlement. Ailleurs en Europe, la Suède cultive depuis longtemps cette sobriété : ni voiture de fonction, ni chauffeur, ni assistant personnel pour ses parlementaires, rapporte la BBC.

Et à Maurice ? Sollicités par l’express sur la possibilité d’un geste similaire, à quelques jours du Budget 2026-2027, des parlementaires ont répondu du bout des lèvres, plusieurs préférant ne pas s’exprimer publiquement, qualifiant la question de «gênante», voire «maladroite» ou même «démagogique». Seule une poignée a choisi la franchise. Entre appels au consensus, rappels historiques et plaidoyers sur les charges réelles d’un député, peu se sont risqués à un oui franc. L’exemplarité salariale ne semble pas à l’ordre du jour.

Joe Lesjongard, leader de l’opposition : L’exemple doit venir d’en haut

Joe Lesjongard, leader de l’opposition «Le précédent gouvernement avait déjà mis cela en pratique pendant la période du Covid. Ministres, PPS et députés avaient accepté une réduction de 10 % de nos salaires. À l'époque, l'opposition n'avait pas suivi cette démarche. Il y a quelque temps, dans une PNQ au Premier ministre, l'une de mes questions supplémentaires portait précisément sur ce sujet : les membres du gouvernement sont-ils prêts, en cette période de crise, à venir de l'avant et baisser leur salaire ? Il avait répondu que certains hauts fonctionnaires touchaient déjà plus que des membres du gouvernement et qu'il ne prendrait pas en considération ma suggestion. En ce qui me concerne, je pense que l'exemple doit venir d'en haut. Dans ces moments difficiles, il faut donner l'exemple – peu importe le pourcentage – et montrer que nous faisons aussi un effort.»

Kushal Lobine, leader des Nouveaux Démocrates : Ce serait un sacrifice symbolique

Kushal Lobine, leader des Nouveaux Démocrates «À plusieurs reprises dans le passé, je me suis prononcé à ce sujet. Ce serait symbolique, même si cela ne va pas changer grand-chose dans la caisse de l’État. Néanmoins, ça reste un symbolisme et peut démontrer que ce sacrifice est faisable en haut de l’échelle. Je le redis, je vais soutenir toutes les lois et, si dans l’immédiat la loi vient exiger de réduire nos salaires, je l’accueillerai favorablement. J’irai plus loin : je propose qu’on amende la loi sur la pension des parlementaires pour l’aligner sur tout le monde qui touche maintenant leur pension à 65 ans. Il y a des réformes à mettre en place en ce sens. Les salaires des ministres, junior ministers et députés sont rédigés par le PRB. Réduire le salaire d’un ministre voudrait dire revoir aussi le salaire d’un permanent secretary. Cela enverra un message fort qu’il y a un sacrifice from top to bottom. Je suis favorable à cela. mais il faudrait éviter d’entrer dans un débat stérile. La paie d’un député ou ministre n’a pas augmenté ces derniers dix ou même 15 ans. Il faut aussi le souligner.»

Patrick Assirvaden, ministre de l'Énergie et des services publics : Pas opposé s’il y a consensus

Patrick Assirvaden, ministre de l'Énergie et des services publics «S'il y a une politique générale et un consensus pour aller dans cette direction, cela ne me dérange pas. Si cela peut apporter quelque chose de concret et bénéficier au pays, je n'y suis pas opposé. Bien sûr, j’inscris cela dans son contexte. Si cela peut aider, s'il y a un consensus général dans le pays, je ne suis pas fermé à certains changements. Donc, cela dépend. Je ne suis pas économiste ; je ne saurais dire combien cela rapporterait à l'État. Mais si cela peut aider, pourquoi pas…»

Farhad Aumeer, député PTr : Respect d’une décision collective

Farhad Aumeer, député PTr «Oui, si c’est une décision collective du gouvernement, en consultation avec toutes les personnes concernées, mais cela doit être une décision collective. Maurice et la Hongrie ont deux réalités différentes ; on ne peut pas simplement reproduire ici une réduction de 40 %. Tout dépend de notre situation économique. S’il faut faire des efforts, cela doit concerner tout le monde – des parlementaires aux dirigeants des grandes entreprises. J’aide déjà à ma manière les personnes les plus vulnérables. Si une décision collective est prise, je la respecterai. Mais une mesure isolée ne changera pas le système.»

Babita Thannoo, député Rezistans ek Alternativ : Un faux débat qui occulte la réalité

Babita Thannoo, député Rezistans ek Alternativ «Il faut comprendre que les députés ont une charge financière, dont la paie du constituency clerk, le PAYE et d’autres déductions. Chaque député a des charges différentes par rapport à ses dépenses pour sa circonscription. Le néolibéralisme a un mécanisme très factice de porter l’attention publique loin des véritables facteurs qui sont les causes de la pauvreté. Le vrai débat doit être porté sur les tax holidays de huit ans aux investisseurs. Quid des profits excessifs des monopoles, conglomérats et compagnies en temps de crise et de guerre. Le capitalisme du chaos et du désastre comme souligné Naomi Klein, a délibérément établi le contexte de crise pour profiter du prolétariat. Afin de combattre ce système meurtrier, il faudrait suivre le modèle de Mamdani : taxer les compagnies, monopoles et conglomérats qui continuent de profiter de chaque Mauricien et Mauricienne. Il faudrait protéger les petites entreprises, investir massivement dans l’agroécologie et des secteurs, comme le chanvre, capables de nous rendre résilient. On a surtout besoin d’une gouvernance financière rigoureuse, soucieuse de la peine de chaque famille mauricienne qui doit trimer pour s’en occuper. Cuba a depuis longtemps bougé vers l’agroécologie. On a des solutions viables et des exemples à suivre. Il faudrait les implémenter.»

Joanna Bérenger, députée de l’opposition FMP : Un geste solidaire et exemplaire

Joanna Bérenger «Mon appel dans mon dernier discours sur le Budget, quand j'étais encore au gouvernement était qu’il n'est pas raisonnable de demander au peuple de faire des sacrifices, surtout avec la réforme de la pension imposée dans un contexte d'urgence économique, sans une solidarité des dirigeants et une réduction du train de vie de l'État. J'avais fait le parallèle avec 1982, où la décision d'instaurer la sales tax, qui a permis le miracle économique, était aussi difficile, mais que ce sacrifice avait été accompagné de la solidarité des dirigeants – refus de la compensation salariale, abolition des privilèges duty-free, réduction de 5 % des salaire des ministres. Le geste était symbolique, solidaire et exemplaire. Cela inspirait confiance, motivation et adhésion. Ce gouvernement devrait en prendre de la graine. Mais comme pour bien d'autres choses, ma parole n'avait malheureusement pas été entendue.»

Franco Quirin, député de l’opposition : Une question d’tilisation optimale des fonds publics

Franco Quirin «Une réduction des salaires des députés aurait une portée symbolique importante, mais des économies plus significatives pourraient venir d'un examen approfondi des rémunérations, allocations et avantages de dirigeants d'organismes paraétatiques et de compagnies d'État. Les Mauriciens s'interrogent souvent sur les écarts parfois considérables entre les revenus de hauts cadres du secteur public et ceux de la majorité des travailleurs. Dans un contexte où l'on demande des efforts à la population, il est légitime de se demander si une révision des grilles salariales, bonus, indemnités, frais de représentation, véhicules de fonction et autres avantages ne devrait pas également être envisagée. La question ne concerne pas seulement les salaires des élus, mais plus largement l'utilisation optimale des fonds publics. Toute démarche de redressement budgétaire gagnerait en crédibilité si elle s'accompagnait d'un audit transparent des dépenses de l'État, des organismes paraétatiques et compagnies publiques, afin d'identifier les sources d'économies réelles sans compromettre la qualité des services aux citoyens.»

Ram Etwareea, député MMM :

Ram Etwareea «Dès son investiture, le nouveau pouvoir détricote l’ancien système qui se reposait sur le nationalisme d’extrême-droite. Dans ce contexte, la réduction des salaires des élus, surtout en cette période de rigueur économique, a tout à plaire. En tant que député mauricien, je ne pourrais malheureusement pas suivre. Sur les allocations mensuelles de Rs 149 000, il ne me reste pas un kopek au lendemain du versement. Je débourse Rs 75 000 en salaires (femme de ménage, chauffeur et constituency clerk) ainsi qu’une contribution de Rs 25 000 (que je vais désormais réduire à Rs 15 000) aux activités dans la circonscription. Je rembourse Rs 24 000 pour la Toyota achetée grâce à un prêt chez SICOM. L’essence coûte environ Rs 15 000. J’offre avec plaisir l’essentiel de ma pension vieillesse à une œuvre caritative. Je ne suis pas pourri et je n’accepte aucun cadeau. Je vis grâce à ma retraite à laquelle j’ai contribué pendant 32 ans de travail. La réduction des salaires des élus constitue avant tout un symbole, encore plus en cette période où une partie de nos concitoyens connaît la disette. Les symboles sont importants mais ils ne règlent pas les problèmes. Votre question se veut-elle embarrassante ? Faites gaffe qu’elle n’alimente pas la démagogie et le populisme qui gagnent du terrain dans le pays et qui représente une menace pour la démocratie.»

Tony Apollon, député MMM : 90 % de mon salaire réinvestie dans ma circonscription

Tony Apollon, député MMM «La majorité de mon salaire est déjà dépensé en aidant la population, en particulier ceux en difficulté. Lorsqu'il s'agit d'organiser des activités sociales ou de résoudre des problèmes, les députés sont souvent sollicités, ce qui montre que, même sans réduire les salaires, une part importante est déjà consacrée à l'aide communautaire. Tou dimounn kone ki ban mandan tap laport politisyen pour une activité sociale ou pour aider une personne en difficulté. La majorité de mon salaire est réinvestie dans ma circonscription, environ 90 % de ce que je gagne. Si po pa ti ena mo travay a kote, be mo mor. Si des réductions salariales sont mises en place, je crains de ne pas pouvoir remplir mes engagements en tant que député et de faire face à des critiques. Tous les jours nous avons des sollicitations pour aider tel club sportif ou lieu de culte. Je suis prêt à accepter des réductions de salaire à condition ki nou pa gagn sa bann kontrint la. Si enn presidan klub sportif telefon moi pou rod enn boul football, ki mo pou dir li, mo saler finn koupe?»

Ehsan Juman, député du PTr : Contrôler le gaspillage et rendre le secteur public plus efficient.

Ehsan Juman, député du PTr «J’étais parmi les premiers à dire qu’il fallait baisser nos salaires de 20 % par solidarité avec le peuple. Mais la Hongrie dit que c’est pour redresser les finances publiques. C’est différent. Baisser les salaires de 20 à 40 % ne va pas changer grand-chose pour redresser la situation économique. Je préfère qu’il y ait davantage d’efficience. On a environ Rs 1,6 milliard de terrains de l’État, en bord de mer ou à vocation industrielle, dont les redevances n’ont pas été payées. Il faut contrôler le gaspillage et rendre le secteur public plus efficient. Quand j’avais proposé une baisse des salaires, c’était en voyant la situation dans laquelle nous étions. On demandait au peuple de faire des sacrifices. Nous devions faire de même. La baisse des salaires des fonctionnaires et élus en Hongrie pour renflouer les caisses de l’État n’est pas applicable chez nous. Il y a, par contre, des problèmes qu’il faut redresser et, si je n’avais pas posé certaines questions, nous ne les aurions pas connues.»

Ce que gagnent vraiment les élus

Du Premier ministre au simple député, la «National Assembly Allowances Act» fixe noir sur blanc les allocations annuelles des membres de l'Assemblée nationale. Ramenées à une base mensuelle, ces sommes illustrent l'écart entre les différents niveaux de la hiérarchie parlementaire. Ces montants n’incluent pas les autres allocations et bénéfices auxquels les élus peuvent prétendre.

Baisser les salaires des élus ok

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