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Environnement

Plus d’émissions, moins d’eau, toujours accro aux fossiles : le bilan climatique dans le rouge

5 août 2026, 16:00

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Plus d’émissions, moins d’eau, toujours accro aux fossiles : le bilan climatique dans le rouge

■ Le secteur de l’énergie demeure de loin le principal émetteur, avec 75 % des émissions totales.

Le bilan environnemental de 2025 met en évidence quelques progrès, mais confirme surtout les défis auxquels Maurice reste confronté en matière de changement climatique, de transition énergétique et de gestion durable des ressources naturelles. Les derniers chiffres publiés par Statistics Mauritius, le 31 juillet, montrent que les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter, tandis que le déficit pluviométrique et la forte dépendance aux combustibles fossiles exercent toujours une pression importante sur l’environnement.

En 2025, les émissions nationales de gaz à effet de serre ont atteint 6 774,8 gigagrammes (Gg) d’équivalent dioxyde de carbone (CO₂-éq), soit une hausse de 3,1 % par rapport à l’année précédente. Une fois l’absorption du carbone par les forêts et les autres terres prise en compte, les émissions nettes se sont établies à 6 411,1 Gg CO₂-éq, en progression de 3,4 %. Selon Statistics Mauritius, cette hausse est principalement liée à une utilisation accrue de lubrifiants, de bitume et d’autres dérivés pétroliers dans les secteurs du transport et de la construction, ainsi qu’à une baisse de la capacité d’absorption du carbone par les forêts.

Le secteur de l’énergie demeure le principal émetteur, avec 75 % des émissions totales, devant les déchets, qui représentent 13,4 %, les procédés industriels et l’utilisation des produits avec 10,5 %, et l’agriculture avec 1,2 %. La production d’électricité génère à elle seule 53,7 % des émissions du secteur énergétique, suivie du transport avec 32,6 %. Le dioxyde de carbone demeure le principal gaz à effet de serre, représentant 77,1 % des émissions totales. Viennent ensuite le méthane avec 13,8 %, les hydrofluorocarbures avec 7,5 % et le protoxyde d’azote avec 1,6 %.

Le rapport met également en évidence une transition énergétique contrastée. En 2025, la demande énergétique primaire a augmenté de 1 % pour atteindre 1 631,4 milliers de tonnes équivalent pétrole (ktoe). Les énergies renouvelables ont légèrement renforcé leur contribution, leur part dans l’approvisionnement énergétique passant de 9,1 % à 9,2 %. Cette progression est principalement portée par le photovoltaïque, dont l’apport énergétique a bondi de 29,4 %. En revanche, l’énergie produite à partir de l’hydroélectricité a reculé de 26 %, celle de l’éolien de 16,7 % et celle du biogaz de décharge de 37,5 %, tandis que la bagasse est restée pratiquement stable avec une légère hausse de 0,3 %. Au total, la production d’électricité issue de sources renouvelables n’a progressé que de 1,8 %, passant de 621 GWh à 632 GWh.

Le solaire photovoltaïque est la filière qui enregistre la plus forte progression. Sa production d’électricité a bondi de 29,8 %, passant de 178 GWh en 2024 à 231 GWh en 2025. Malgré cette évolution, les combustibles fossiles représentent encore 90,7 % de l’approvisionnement énergétique du pays. Si le recours au charbon a diminué de 10,6 %, cette baisse a été compensée par une hausse de 6,4 % de l’utilisation des produits pétroliers.

Pour Sunil Dowarkasing, consultant en environnement, ces données montrent que Maurice s’éloigne encore de ses objectifs climatiques, malgré les engagements pris ces dernières années. Il rappelle que le pays a soumis en 2025 sa troisième Nationally Determined Contribution (NDC), avec un objectif de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035. Toutefois, il estime que cette ambition contraste avec l’évolution actuelle des émissions. «Quand Maurice a signé l’Accord de Paris, nous nous étions engagés à réduire nos émissions. La précédente NDC visait une baisse de 30 %, mais aujourd’hui, les émissions continuent d’augmenter», déplore-t-il.

Selon lui, le rapport confirme que le secteur de l’énergie demeure au cœur du problème, puisqu’il représente 75 % des émissions nationales. «Maurice fait face à un double problème. D’un côté, nous n’arrivons pas à réduire nos émissions de carbone et, de l’autre, notre capacité à absorber ce carbone diminue avec la dégradation de nos puits de carbone», souligne-t-il. Il se dit également préoccupé par les hydrofluorocarbures (HFC) dont le potentiel de réchauffement est largement supérieur à celui du dioxyde de carbone.

Le consultant pointe également la persistance de la dépendance aux combustibles fossiles et les impacts de la pollution atmosphérique liée au transport, notamment dans les zones urbaines où la concentration du trafic accentue les risques pour la santé respiratoire. Dans ce contexte, il estime que l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 paraît aujourd’hui difficilement atteignable.

Sur le plan climatique, l’année 2025 a été marquée par un important déficit hydrique. Les précipitations moyennes ont reculé de 16,1 %, passant de 2 180 mm à 1 829 mm. Les volumes d’eau reçus ont ainsi diminué de 16,6 %, pour s’établir à 3 402 millions de m3 . L’utilisation totale de l’eau a également baissé de 10,5 %, principalement en raison du recul de la production hydroélectrique (-26,9 %).

Dans le même temps, la température moyenne annuelle a atteint 24,4 °C, soit 0,7 °C de plus que la moyenne enregistrée entre 1991 et 2020, confirmant la tendance au réchauffement. Dans le secteur agricole, les superficies récoltées de canne à sucre ont diminué, mais la production a progressé de 5,7 % grâce à de meilleurs rendements. À l’inverse, la production de sucre a reculé de 2,3 % en raison d’un taux d’extraction plus faible. Les cultures vivrières affichent une évolution positive, avec une hausse de 11,6 % de la production. Les importations d’engrais et de pesticides ont, pour leur part, diminué de 12,4 % et de 13,5 % respectivement. La superficie forestière est restée à 42 012 hectares, soit 22,5 % du territoire mauricien, dont un peu plus de la moitié appartient à l’État. La gestion des déchets demeure toutefois un défi. Les volumes enfouis à Mare-Chicose ont augmenté de 17 % en un an, atteignant 582 798 tonnes. Chaque habitant a produit en moyenne 1,29 kg de déchets par jour, contre 1,14 kg en 2024. Les autorités ont également enregistré une hausse de 8,1 % des plaintes environnementales, principalement liées aux nuisances sonores, aux terrains nus, aux odeurs, à la pollution de l’air, aux déchets solides et aux eaux usées.

Selon Sébastien Sauvage, Chief Executive Officer d’Eco-Sud, ces données confirment que Maurice se trouve face à une double crise : une transition énergétique trop lente et des effets climatiques qui sont déjà visibles. «La hausse de 3,1 % des émissions en 2025 montre surtout que nous payons aujourd’hui le prix d’un manque de planification énergétique cohérente au cours des 20 dernières années. Notre production électrique reste alimentée à environ 82 % par le charbon, le fioul lourd et le kérosène, alors que les énergies renouvelables ne représentaient encore que 18 % du mix en 2024. Le secteur énergétique demeure ainsi, de très loin, notre première source d’émissions.»

Sébastien Sauvage estime aussi que la baisse de 16,1 % des précipitations en 2025 doit également être prise «très au sérieux». «La NDC 3.0 prévoit une diminution moyenne des précipitations de 13 % d’ici 2050, une baisse de 13 % de l’eau utilisable et un risque que Maurice devienne une région en situation de pénurie d’eau dès 2030. Elle constate aussi que les périodes sèches prolongées deviennent nettement plus fréquentes.»

La trajectoire générale du dérèglement climatique est connue depuis plusieurs décennies, souligne-t-il. «Ce que nous découvrons aujourd’hui, c’est que certains phénomènes extrêmes peuvent survenir plus rapidement et plus intensément que les moyennes annoncées. En Europe, des recherches montrent que des niveaux de chaleur autrefois associés à la fin du siècle pourraient être possibles dès les années 2030.» Il fait ressortir : «Maurice ne représente qu’environ 0,01 % des émissions mondiales. Notre responsabilité est de réduire nos émissions, mais surtout de préserver nos forêts, wetlands, récifs, mangroves, sols et ressources en eau : ce sont nos protections les plus immédiates face à la crise climatique.


Les projets du ministère pour accélérer le virage renouvelable

Face à la forte dépendance aux combustibles fossiles, le ministère de l’Énergie mise sur plusieurs projets visant à augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique national et à renforcer la sécurité énergétique du pays. En avril, le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, a présenté un ensemble de mesures visant à accélérer le développement des énergies renouvelables, avec l’objectif d’ajouter 405 mégawatts de capacité renouvelable au cours des deux à trois prochaines années.

Ce plan a été élaboré pour répondre aux principaux obstacles qui freinent le déploiement des projets, notamment les contraintes liées à la disponibilité des terrains, les délais dans les procédures administratives, les exigences techniques liées au raccordement au réseau du Central Electricity Board (CEB), ainsi que les difficultés d’accès au financement.

Parmi les projets annoncés figurent dix centrales solaires de 10 mégawatts chacune équipées de batteries ainsi que trois unités photovoltaïques de 40 mégawatts avec stockage. Le ministère a précisé que les nouveaux projets solaires devront être accompagnés de systèmes de stockage par batteries afin de garantir une meilleure intégration de l’énergie renouvelable dans le réseau et de répondre à la demande, notamment durant les heures de pointe en soirée.

Le projet de centrale photovoltaïque flottante à Tamarin Falls, d’une capacité comprise entre 17,5 et 20 mégawatts, fait également partie des initiatives prévues. Le gouvernement mise aussi sur l’agrivoltaïsme, avec 39 projets soumis à ce jour, dont 31 ont obtenu une lettre d’intention du CEB, représentant une capacité potentielle de 80 mégawatts. Le ministère a également annoncé une ouverture accrue du marché solaire aux entreprises et aux ménages.

En parallèle, la stratégie prévoit une réduction progressive de la dépendance au charbon grâce au développement de la biomasse. Le ministère vise notamment à remplacer entre 10 % et 15 % de la consommation de charbon par des sources de biomasse.

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