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Haro sur la pauvreté

19 avril 2008, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

Avec une tension permanente sur les prix, tout le débat sur la paupérisation croissante des populations vulnérables est revenu sur le tapis. Il faut cependant éviter les pièges caractéristiques des grandes théorisations. Il en est ainsi des expressions qui ont été galvaudées au point de devenir des lieux communs. On n?arrête plus, à cet effet, de parler des pauvres qui deviennent plus pauvres et inversement des riches qui ne cessent de s?enrichir. Toutes ces visions dichotomiques sont surtout réductrices dans un monde autrement plus complexe. Que cachent, en ce sens, les expressions précitées ? Un net penchant à la généralisation.

Cela dit, il est un fait que ce qu?on nomme désormais «les émeutes de la faim» rend compte d?un dysfonctionnement fondamental dans le circuit de production et de distribution de l?alimentation mondiale. Que fait-on dans un tel contexte à Maurice ? D?abord, on revient avec les bonnes vieilles intentions. Relancer une production alimentaire locale qui en passant? n?a jamais été véritablement lancée. Ensuite, on enchaîne avec les palliatifs. On étudie, à ce chapitre, les collaborations et les partenariats possibles avec les pays de la région. Des pays en lesquels en passant? on n?a jamais véritablement cru. Bref, des scénarii connus pour une situation inédite. Il n?y a pas de quoi être enthousiastes !

Cependant, la conférence sur la pauvreté et le développement des pays de la Southern African Development Community (SADC) représente un espoir pour la région. Une opportunité de matérialiser cette ambition d?une dynamique régionale trop souvent vantée, rarement exploitée. C?est une voie de sortie mais certainement pas une panacée à la sécurité alimentaire des pays de la région.

Maurice comme ses voisins est dans une situation encore plus préoccupante que les Etats riches et les pays producteurs. Depuis quelques années, on enregistre une nette fragilisation des parties inférieures des classes moyennes. Les plus pauvres vivent une précarité permanente. Les dirigeants en sont conscients et identifient, à cet effet, des stratégies qu?ils jugent adaptées à la situation. L?aide aux couches sensibles s?est intensifiée. Surtout, évitant le piège de l?assistanat, ils s?évertuent à donner les outils et les moyens qui vont permettre à ces couches de s?en sortir. Sans oublier l?effort qui est réalisé pour atteindre un seuil satisfaisant du taux d?emploi.

Tout cela est bien encourageant. De surcroît, c?est une situation qui n?autorise aucune démagogie. Cela dit, les solutions et les initiatives prises ne tendent pas toujours vers les résultats escomptés. Les efforts pour une production alimentaire locale ressemblent davantage à ces grands plans qu?on esquisse sur la comète et en lesquels on ne croit pas du tout. Il y a aujourd?hui un discours des puissants et une réalité des démunis qui sont dans un rapport d?inadéquation totale. Le hiatus est immense et toute communication semble quasiment impossible. Et malgré tout ce qu?on dit, les lourdeurs et conditionnalités administratives continuent à étouffer les velléités d?entrepreneuriat.

L?accès aux finances demeure un chemin de croix même pour ceux qui ont les idées les plus brillantes.

La question demeure également posée sur le modèle de développement. L?économie orientée vers l?exportation trouve aujourd?hui ses limites. Que faire de ces devises et des sommes recueillies si les fournisseurs et les producteurs ne veulent plus vendre ? Ceux qui ont les moyens ne souffriront pas de la faim. Par contre, l?Etat doit revoir aujourd?hui son rôle en tant que garant de l?ordre social et de tuteur en faveur des populations pauvres. Le tout-Etat était un anachronisme au sein d?une économie de marché qui fonctionnait efficacement. Le désengagement de l?Etat est une démission face à un désordre mondial croissant. C?est ainsi que la confiance dans le marché, même chez les sociétés traditionnellement libérales, commence à s?estomper.

Le ministre des Finances réitère à chaque intervention sa volonté d?éradiquer la pauvreté. Il faut seulement espérer qu?il y parviendra. Toutefois, la question se pose de savoir quel est le type d?intervention qui sera la plus efficace ? C?est une maladie d?une source nouvelle qui dérègle le monde aujourd?hui. Et on ne s?en débarrassera pas en tamponnant la plaie. Ce n?est pas dans un rafiot qu?on traverse une tempête.

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