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Halte à la persécution des dauphins
L?observation des dauphins fait partie du programme d?excursions des opérateurs touristiques. Or, les conditions dans lesquelles certains non-professionnels la pratiquent relèvent de la persécution. Si ce harcèlement persiste, ces mammifères fuiront nos côtes à jamais. Ce cri du c?ur émane de Monica Soldà, biologiste marine italienne, qui a trouvé en Karl Braunecker, Managing Director du réceptif Connections, un interlocuteur de choix sur la question de préservation des mammifères marins.
C?est lors d?une sortie en catamaran il y a peu que Karl Braunecker se rend compte du traitement cruel réservé aux dauphins à longs becs, qui viennent se ressourcer sur la côte Ouest et plus particulièrement dans la baie de Tamarin. ?Il y avait environ une vingtaine de hors-bord qui se sont mis à encercler un troupeau de dauphins. Ces mammifères, terrorisés, se sont enfuis. C?était la débandade et cela faisait peine à voir ?, relate ce dernier.
Voulant en savoir plus sur les normes à être respectées lors de l?observation des dauphins, le Managing Director de Connections contacte la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS) qui lui délègue la biologiste marine italienne Monica Soldà. La jeune italienne qui a fait ses études à l?université de Padoue, en Italie, est sous le charme des dauphins : ?Ce sont des mammifères extrêmement intelligents, joueurs et curieux.?
De redoutables prédateurs
En venant à Maurice, Monica Soldà savait qu?elle allait pouvoir étudier les dauphins à longs becs à loisir. Elle était toutefois loin de se douter du mauvais traitement dont ils font l?objet. ?C?est au cours d?une balade autour de l?île-aux-Bénitiers que j?en ai pris conscience. Dès que le skipper a aperçu un aileron de dauphin, il a foncé et le bateau est quasiment passé sur le mammifère. Je suis restée bouche bée tant j?étais choquée. J?ai eu l?occasion de me rendre dans la baie de Tamarin et là encore, c?était sidérant. Une quinzaine de hors-bord les encerclait, le bruit des moteurs les faisant fuir dans tous les sens, séparant les bébés de leur mère. De plus, comme ils doivent remonter à la surface régulièrement pour s?approvisionner en oxygène, ils courent le risque d?être blessés par les hélices. Et c?est tous les jours ainsi.?
Monica Soldà précise toutefois qu?il faut se garder des stéréotypes véhiculés par les films, notamment par Flippper le Dauphin. ?Si les dauphins sont des mammifères joueurs, ils ne sont pas des animaux domestiques ou des jouets. Ils peuvent être de redoutables prédateurs lorsqu?ils sont agressés ou se sentent menacés. Le bruit les fait fuir et perturbe leur communication et leur chasse?, affirme-t-elle. Elle explique que si le mâle dominant perçoit une menace pour son troupeau, il peut devenir très agressif et mordre.
La biologiste est surtout sensible à leur sens de l?organisation sociale car ils vivent en troupeaux pendant des années. ?Ils adoptent un schéma précis pendant leurs déplacements. La femelle dauphin nage à côté des bébés et des jeunes alors que le mâle dominant se met à l?extérieur du groupe?, décrit la biologiste. Les dauphins communiquent entre eux par des clics et chassent en émettant des ondes spécifiques qui les avertissent de la présence de bancs de poissons.
Telle que pratiquée présentement, l?observation des dauphins à Maurice équivaut selon elle, à du harcèlement. ?Les skippers mauriciens péchent par ignorance mais s?ils continuent ainsi, les dauphins qui cherchent le repos après avoir chassé la nuit, vont déserter vos côtes pour de bon et se mettront en quête d?un environnement marin plus tranquille et sûr. Je crois savoir que l?observation des dauphins constitue un atout important pour votre industrie touristique. Si vous voulez le préserver, il y a des règles à être respectées lors de leur observation.?
Adopter la bonne attitude
En revanche, quand elle s?est rendue à Albion en catamaran, elle a croisé un troupeau. ?Le catamaran a respecté les normes d?approche, si bien que ce sont les dauphins qui ont approché l?embarcation. Ils faisaient des sauts et s?amusaient dans les vagues à un mètre du deux-coques. C?était beau à voir?, raconte l?Italienne.
La bonne attitude à adopter est calquée sur les normes internationales. Il est recommandé de pratiquer l?observation à partir d?un catamaran ou d?un voilier, qui sont moins rapides et assurément plus silencieux. ?Ensuite, il faut absolument respecter une distance de 50 mètres entre le mammifère et le bateau et l?approcher de côté plutôt que frontalement. Si on veut le suivre, il faut voguer en parallèle à lui?.
Karl Braunecker et Monica Soldà veulent absolument inculquer ces bonnes pratiques d?observation aux skippers mauriciens. Ils comptent, dans cette optique, réunir la MMCS, la Reef Conservation Mauritius et les opérateurs touristiques la semaine prochaine pour tenter de dégager un consensus sur le sujet. Et pourquoi pas un plan d?action commun pour que l?observation des dauphins soit sainement gérée.
NORMES
Règles de base pour l?observation
Pour être conforme aux recommandations internationales pour l?observation des mammifères marins, il faut respecter ces conditions :
- Lorsqu?une embarcation se trouve à une distance de 500 à 200 mètres de l?animal, le skipper doit réduire la vitesse du bateau et éviter de changer abruptement de direction.
2.Trois bateaux à la fois sont recommandés pour l?observation à une distance de 200 à 100 mètres du mammifère. Les skippers doivent alors man?uvrer à vitesse réduite, éviter de faire de bruit et leur approche doit être parallèle à l?animal.
- Un seul bateau est conseillé pour l?observation allant d?une centaine à une cinquantaine de mètres du mammifère. Le moteur doit être éteint et l?hélice à l?arrêt. Aucun bateau n?est autorisé à approcher à moins de 50 mètres de l?animal.
Ces règlements sont scrupuleusement respectés dans bon nombre de pays.
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