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Halte au flux migratoire du personnel soignant
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Halte au flux migratoire du personnel soignant
?Travailler ensemble pour la santé.? Tel est le slogan choisi à l?occasion la journée mondiale de la santé 2006 organisée aujourd?hui. Le thème phare retenu est la crise accrue chez le personnel des systèmes de santé dans le monde entier.
L?Organisation mondiale de la santé (OMS), qui célèbre cette journée le 7 avril de chaque année depuis 1950, estime à plus de 4 millions le manque de médecins, de sages-femmes, d?infirmières, de pharmaciens, de dentistes et d?agents du personnel d?appui sur le plan mondial. Paradoxalement, alors que la population mondiale augmente, le nombre de soignants reste stationnaire ou, pire, diminue. Il ne fait dès lors aucun doute que le travail, certes stimulant mais combien exigeant, des agents de santé doit être mis à l?honneur.
Cette journée ?sera pour nous tous l?occasion de saluer la remarquable contribution du personnel soignant à la santé et au développement humain. Partout dans le monde, les systèmes de santé ont du mal à former, rémunérer et fidéliser leur personnel. Dans les pays développés, la demande d?agents de santé augmente à mesure que la population vieillit et que les affections chroniques gagnent du terrain. Pour répondre à cette demande, ces pays font de plus en plus souvent appel à des agents qualifiés originaires de pays en développement où, de ce fait, la pénurie de personnel s?aggrave?, spécifie le Dr Lee Jong-Wook, directeur général de l?OMS.
L?île Maurice n?en est pas à l?abri. Bien que la situation ne soit pas aussi catastrophique que dans d?autres pays, il serait opportun d?enrayer l?exode de ces professionnels des systèmes de santé mauriciens. La première vague des 300 infirmiers émigrant principalement en Arabie saoudite date de 1983.
Preuve du savoir-faire
?C?était un protocole de gouvernement à gouvernement ; ils ont ainsi bénéficié d?un contrat de trois ans avec congé sans solde (leave without pay). Ils sont presque tous revenus au pays et ont prospéré socialement et économiquement. Et, en plus d?avoir apporté des devises étrangères, ayant travaillé dans des centres sophistiqués, ils ont pu faire montre de leur savoir-faire en mettant sur pied des unités spécialisées et en entraînant dans leur sillage les infirmiers restés au pays?, rappelle Francis Supparayen, président de la National Nurses Association of Mauritius.
Aujourd?hui, les choses ont changé. Partout dans le monde, il y a une crise des effectifs de santé. Attirés par des lieux où l?herbe semble plus verte, nos infirmiers qualifiés lorgnent, à juste titre, d?autres horizons où ils bénéficieraient de conditions de travail intéressantes. ?Nous avons laissé filer 600 à 700 infirmiers qualifiés et expérimentés durant ces quatre dernières années. Ce manque a été lourdement ressenti dans les unités de pointe. Contrairement à l?exode de 1983, s?ils retournent au pays, ils devront recommencer à zéro puisque le gouvernement ne leur a pas accordé de leave without pay. Ces départs sans esprit de retour sont donc une perte énorme pour le pays?, dit encore Francis Supparayen.
Quatre priorités
Certes, le gouvernement fait montre d?effort quand il recrute de manière constante. Mais ces jeunes infirmiers auront besoin de plusieurs années d?expérience pour remplacer efficacement et qualitativement leurs aînés. ?L?erreur du gouvernement a été de miser sur le recrutement sans une politique de rétention pour freiner l?exode. Bien que nous reconnaissions l?effort du gouvernement qui, depuis août 2005, a mis en place un programme d?encouragement, ces maigres motivations sont loin de satisfaire les attentes du personnel qui continue à voler vers d?autres cieux, notamment la Grande-Bretagne, l?Australie et la Nouvelle-Zélande?, précise Francis Supparayen.
Sans ces agents de santé qualifiés, il est impossible de prévenir et de soigner efficacement les ma-ladies. ?On doit mettre un frein à cette migration des infirmiers de pays pauvres et en voie de développement vers les pays riches, ou du moins la réguler?, s?insurge le docteur Chrishna Nand Bissoonauthsing, officier de liaison de l?OMS à Maurice.
?Ces pays industrialisés viennent ici parce que nous sommes une population lettrée avec un niveau de qua-lification très haut. Toutes les parties intéressées, responsables politiques, décideurs, médecins et assimilés, société civile, doivent ?uvrer ensemble pour développer et contenir les ressources humaines dans le secteur de la santé à Maurice.? Il préconise quatre domaines d?action prioritaires : former ces agents de santé ; les soutenir et les protéger au moyen de conditions de travail avantageuses; accroître l?effica-cité du personnel en appliquant des stratégies nouvelles ; remédier aux déséquilibres et aux inégalités en matière de santé.
?L?infirmier est un maillon essentiel dans la chaîne du service, surtout dans un système de santé entièrement gratuit vers lequel se tourne environ 90% de la population mauricienne. La pénurie entrave sérieusement les mesures prises pour faire face à des si-tuations d?urgence, créées par le Sida ou celle que nous sommes en train de vivre avec le chikungunya. Aux urgences de l?hôpital Jeetoo, nous accueillons en ce moment environ 2000 patients par jour. Le système de bank nurse entre en vigueur pour pallier le manque d?effectifs?, souligne Francis Supparayen.
Si la pénurie d?infirmiers perdure, elle pourrait entraîner des si-tuations inquiétantes, allant même jusqu?au phénomène de désert médical. Cette journée internationale vise avant tout à conscientiser le public et le gouvernement pour qu?ils aient un regard nouveau sur le personnel de santé.
Il sera bien plus motivé et efficace s?il est traité avec respect et di-gnité. Ne constitue-t-il pas la pierre angulaire d?une nation saine ?
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